28 juin 2017 / Mis à jour à 04:19 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Argentine - Histoire - Autre Afrik
L’histoire des Afroargentins

La population noire en Argentine, issue de la traite des esclaves durant les siècles de la domination espagnole de la vice-royauté du Río de la Plata a joué un rôle important dans l’histoire argentine. Elle est allée jusqu’à former plus de la moitié de la population de certaines provinces durant les 18 ème et 19 ème siècles et a eu un impact profond sur la culture nationale. Même si elle a diminué en nombre de façon marquée tout au long du 19ème siècle, à cause de l’effet conjoint de l’afflux migratoire organisé par la Constitution de 1853 et le taux de mortalité élevé des morenos (bruns, sous entendu noir), son apparente disparition a plus été le résultat d’une représentation historiographique qui les donnait pour exterminés que d’une réalité empirique.

En 2006, un recensement pilote sur cette question, dans les quartiers de Monserrat à Buenos Aires, et à Santa Rosa de Lima Santa Fe, a permis de vérifier que 5% de la population argentine sait qu’elle a des ancêtres originaires d’Afrique noire et qu’il y a 20% de personnes qui considèrent qu’elles pourraient en avoir, mais ne le savent pas à coup sûr.

Ce recensement vient en appui à l’étude du Centre de Génétique de Philosophie et de Lettres de l’Université de Buenos Aires qui a estimé que 4,3 % des habitants de Buenos Aires et de la banlieue ont des marqueurs génétiques africains.

Histoire

Comme élément du processus de conquête, le régime économique des colonies européennes en Amérique développa différentes formes d’exploitation forcée du travail des natifs. Cependant, la faible densité de peuplement relative de certains des territoires américains, la résistance opposées par certains groupes aborigènes à l’acculturation et surtout le taux de mortalité élevé que la soumission, le type de travail et les maladies introduites par les européens provoquèrent sur la population native mènera les européens à compléter la main d’œuvre que cette population fournissait par des esclaves originaires d’Afrique subsaharienne.

Jusqu’à très loin dans le 19ème siècle, l’exploitation minière et l’agriculture constituèrent le gros de l’activité économique en Amérique. Une bonne partie de ce travail fut réalisé par une main d’œuvre en régime d’esclavage ou assimilé. Les africains offraient aux conquistadors l’avantage d’avoir déjà été exposés aux maladies européennes à cause de leur proximité (géographique) et en même temps d’être adaptés au climat des colonies.

L’entrée des esclaves africains a commencé dans les colonies du Río de la Plata en 1588, même si ces premières arrivées furent en grande partie l’œuvre de la contrebande, et le trafic prospéra à travers le port de Buenos Aires lorsque l’on concéda aux britanniques le privilège de faire entrer un quota d’esclave à travers ce port. Les rois d’Espagne España signaient, pour pourvoir en esclaves les Indes Orientales, des contrats d’ “ établissement” avec diverses compagnies, principalement portugaises et espagnoles. En 1713, l’Angleterre, victorieuse de la Guerre de Succession espagnole (la Guerra de Sucesión española) exerça le monopole de ce commerce. Le dernier établissement fut signé avec la Real Compañía de Filipinas en 1787. Jusqu’à la prohibition en 1784, les noirs étaient mesurés et par la suite marqués au fer.

En ce qui concerne leur provenance avant le 16ème siècle, il y avait eu un nombre relativement réduit d’esclave en provenance des îles du Cap Vert, mais la majorité des africains introduits en Argentine venaient des territoires de l’actuelle Angola, de la République Démocratique du Congo, de Guinée et de la République du Congo et appartenaient au groupe ethnique qui parle la famille des langues bantus. L’immigration des groupes yoruba et ewe introduits en grand nombre au Brésil fut réduite (en Argentine).

On estime que 60.000.000 d’africains furent emmenés en Amérique, parmi lesquels seuls 12.000.000 y arrivèrent vivant. Ils entraient par les ports de Buenos Aires, Montevideo, Valparaíso et Río de Janeiro.

Les esclaves étaient destinés aux travaux agricoles, l’élevage, au travail domestique et dans une moindre mesure à l’artisanat. Dans les zones urbaines, beaucoup d’esclaves développaient des activités artisanales pour la vente dont les intérêts étaient perçus par les patrons. Les quartiers San Telmo et Montserrat à Buenos Aires abritèrent un grand nombre de noirs, même si la majorité d’entre eux était destinée à l’intérieur du pays. Le recensement mené par Juan José de Vértiz et Salcedo en 1778 laissait apparaitre des résultats très élevés dans les provinces ayant une production agricole importante : 54% en la province de Santiago del Estero, 52% dans la province de Catamarca, 46% dans la province de Salta, 44% dans la province de Córdoba, 42% dans la province de Tucumán, 24% dans la province de Mendoza, 20% dans la province de La Rioja, 16% dans la province de San Juan, 13% dans la province de Jujuy, 9% dans la province de San Luis. Dans d’autres provinces, ils représentaient une partie importante de la population ; un des quartiers situés au bas de la ville de Corrientes porte encore le nom de Camba Cuá —du guaraní kamba kua, "refuge, tanière de noirs".

Quant à la ville de Buenos Aires, le même sondage chiffrait à 15.719 le nombre d’espagnols, à 1.288 celui des métisses et des indiens et à 7.268 celui des mulâtres et des noirs, tandis qu’en 1810, on comptait 22.793 blancs, 9.615 noirs et mulâtres et seulement 150 indigènes. La zone la plus densément peuplée de noirs était située dans le quartier de Montserrat, également appelé Barrio del Tambor (Quartier du Tambour), à quelques blocs de l’actuel Congrès de la Nation.

Les nations

Les noirs avaient l’habitude de se regrouper en sociétés qu’ils appelaient nation, parmi lesquelles Conga (de morenos), Cabunda, Africana argentina, Mozambique etc.

Leurs sièges avaient en commun le fait d’être des lieux ouverts aplanis artificiellement et sabler pour la danse ; et d’autres étaient fermés avec un espace intérieur libre. Dans certains cas, les salles étaient recouverte d’un tapis et avait des rideaux grâce à la générosité d’un maître. La nation avait son roi et sa reine, (qui en réalité étaient élus démocratiquement et ne possédaient pas de cour) et disposaient d’un trône que l’on dressait dans le plus beau coin de la salle avec son drapeau, puisque chaque nation en possédait un.

Il y avait une estrade ou au moins un podium qui était utilisé entre autres choses pour recevoir les grands dignitaires, comme Juan Manuel de Rosas, épouse et fille comme on peut le voir sur un tableau de Martín Boneo. Des réunions et des danses étaient organisées au siège.

Les sociétés de noirs s’aggloméraient également dans les quartiers, comme celui de Mondongo ou del Tambor. Le premier (Mondongo) fut l’un des plus importants à Buenos Aires et était composé de 16 blocs dans le quartier de Monserrat. Son nom provenait du fait qu’ils en consommaient de grandes quantités que les vendeurs proposaient au cri de¡Mondongo, Mondongo ! (Mondongo : les tripes). Quand au nom du deuxième quartier, Tambor, il était très commun qu’il y ait une ville ayant une nation qui portait ce nom, étant donné que le tambour était l’instrument préféré pour accompagner les danses et les chansons.

Des fois, les esclaves étaient achetés directement à l’extérieur par des particuliers par le biais d’un mandataire. Une lettre envoyée de Rio de Janeiro disait par exemple

Citation :

Très cher Monsieur : je vous envoie par la goélette Ávila la petite négresse que vous m’avez demandé d’acheter ici. Elle a entre treize et quatorze ans, elle est née au Congo et s’appelle María. Je vous signale que j’ai reçu les cinq cent pesos, le coût de l’achat. Un salut à vous. Affectueusement.

Les noirs dans la formation de l’Argentine

Malgré leur réduction à l’esclavage, des témoignages de l’époque soutiennent qu’à Buenos Aires et à Montevideo, les esclaves étaient traités avec moins de cruauté qu’à d’autres endroits. José Antonio Wilde, à Buenos Aires depuis 70 ans (1810-1880) disait ceci : Les esclaves avaient été traités avec beaucoup d’affection par leurs maîtres, et ça n’a rien à voir avec le traitement donné dans d’autres colonies.

Cela ne l’empêchait cependant pas de reconnaitre que : Les maîtresses tourmentaient plus ou moins cette portion malheureuse du genre humain (et qu’ils) étaient entre nous en général mal habillés.

Les étrangers qui venaient ont laissé la même opinion quant aux meilleurs traitements. Par exemple, Alexander Gillespie, capitaine de l’armée britannique durant les invasions anglaises écrivit dans ses mémoires qu’il fut surpris par le bon traitement qu’ils recevaient contrairement à leurs planteurs et ceux d’Amérique du Sud et poursuivait ainsi :

Citation : "Ces malheureux arrachés à leur terre, lorsqu’ils sont achetés Buenos Aires, le premier soin du maître est d’instruire son esclave dans la langue maternelle de l’endroit, ainsi que dans les principes généraux et sur le credo de sa foi "...."Les maîtres, d’après ce qu’on peut voir, s’occupaient également de leur morale domestique. Tous les matins avant le départ de la maîtresse à la messe, elle les femmes noires en cercle sur le sol, jeunes et vieilles, leur distribuant pour leur tâche aiguille et tissu selon leurs capacités. Toutes semblaient joviales et je ne doute pas que la réprimande pénétrait également dans leur cercle. Avant et après le souper de même qu’au dîner, un de ces derniers se présentaient pour demander le bénédicité et remercier, ce qu’on leur enseignait à considérer comme des devoirs importants et ils les accomplissaient toujours avec solennité ". Mémoires d’Alexander Gillespie, Capitaine de l’Armée Britannique

En 1801 les premières milices de noirs s’organisèrent et réglementèrent la Compañía de Granaderos de Pardos y Morenos comme un corps militaire discriminé séparé du reste.

Pendant les Invasions Anglaises (1806), s’organisa à Buenos Aires un soulèvement d’esclaves noirs encouragés par la montée de l’abolition de l’esclavage en Angleterre. Ils pensaient que l’expédition anglaise venait principalement pour leur donner leur indépendance. Mais le général anglais William Carr Beresford ne considéra pas ce mouvement avec sympathie : le porte-parole des habitants créoles de Buenos Aires Juan Martín de Pueyrredón (qui organisa la reconquêtes quelques jours plus tard), affirmait que la ruine menaçait le pays si on n’enlevait pas l’illusion des esclaves, il lui réclama des mesures en faveur de leurs haciendas et le général émit par conséquent un arrêté dans lequel il ordonnait que l’on fasse comprendre aux noirs que leurs conditions ne changerait pas (“On les a arrêté à temps se los atajó a tiempo”, écrivait Pueyrredón en juillet 1806 dans une lettre à son beau-père à Cádiz). Cette mesure contribua à la déroute des anglais, car elle incita les esclaves à combattre contre eux.

Après la défaite anglaise, le Conseil Municipal de Buenos Aires déclara comme principal objectif“de trouver le moyen de bannir l’esclavage sur notre sol ”. L’Assemblée de l’An XIII, le premier corps constituant d’Argentine décréta la liberté des ventres, mais ne reconnut pas le droit à la liberté des esclaves existants. Beaucoup d’entre eux intégrèrent les milices et les troupes irrégulières qui constitueraient possiblement l’Armée Argentine, toujours dans des escadrons séparés. Ils pouvaient, s’ils n’étaient pas bien avec leur maître, solliciter d’être vendus et même chercher eux-mêmes un acheteur.

Jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1853, la Ley de Rescate (Loi de Rachat) obligeait les propriétaires d’esclaves à céder 40% d’entre eux pour faire le service militaire. Ceux qui faisaient cinq années complètes de service obtiendraient la liberté, mais ce fut rarement le cas.

Dans l’Armée du Nord, commandée par José de San Martín et Manuel Belgrano, les noirs affranchis représentèrent jusqu’à 65% des troupes. San Martín considéra même qu’il y avait 400.000 afroamércains qui pouvaient être recrutés dans les armées de la patrie.

Les armées de l’indépendance recrutèrent la grande majorité des esclaves qui se trouvaient sur les territoires conquis aux royalistes, en leur offrant la liberté en échanges. Beaucoup d’entre eux intégrèrent le Bataillon Nº8, qui faisait partie de la ligne de choc lors de la bataille de Chacabuco au cours de laquelle ils subirent de nombreuses pertes.

Sous le gouvernement de Juan Manuel de Rosas, la population noire de Buenos Aires allait atteignait 30%. De cette époque date la célébration des carnavals sous leur forme américaine, et le développement de rythmes comme le candombe et la milonga qui deviendront des parties intégrantes du folklore argentin. On raconte que De Rosas appréciait beaucoup la population noire et qu’il assistait fréquemment aux candombes. De nombreux gaucho qui travaillaient à cette époque étaient afroargentins.

En 1837 Rosas approuva une loi qui interdisait de manière explicite l’achat et la vente des esclaves sur le territoire national et en 1840, il rendit public sa déclaration d’abolition des esclaves du Río de la Plata dans toutes ses formes. La Constitution Nationale de 1853 abolit l’esclavage, mais c’est seulement avec la réforme de la Constitution en 1860 que l’abolition sera légalement totale avec l’établissement de la liberté des esclaves des étrangers introduits par leurs maîtres sur le territoire argentin.

Domingo F. Sarmiento, défendit des idées racistes et était président durant la période à laquelle on attribue la mort massive des afroargentins

Pendant la présidence de Domingo F. Sarmiento (1866-1872) allaient se produire des faits que l’histoire traditionnelle indique avoir causé la mort massive des afroargentins : la Guerre du Paraguay (1865-1870) et l’épidémie de la fièvre jaune (1871). Sarmiento avait exprimé de fortes idées racistes et pris clairement position quant à la nécessité d’éliminer la composante afroargentine de la population.

L’un des passages fondamentaux du Martín Fierro, écrit en 1872 et considéré comme le livre national de l’Argentine se résume à deux rencontres de l’acteur avec des gauchos noirs : il assassine le premier avec un évident dédain raciste dans la première partie du livre et il engage plusieurs années plus tard une célèbre payada (joute verbale) avec l’autre qui s’avère être le fils du premier, plusieurs années plus tard soutient une fameuse .

Après l’abolition de l’esclavage, les afroargentins vécurent dans des conditions misérables et discriminés. Une preuve de cela est que, parmi les quatorze collèges existants à Buenos Aires en 1857 seuls deux admettaient des enfants noirs, malgré le fait que 15% des élèves cette année là étaient de couleur. De même, 1829 à Córdoba, seuls deux afrodescendants pouvaient intégrer les collèges secondaires chaque année ; et ils n’ont eu accès à l’université qu’en 1853.

Les afroargentins commencèrent à publier des journaux et à s’organiser pour la défense commune. Un des journaux, “El Unionista”, publia en 1877 une déclaration d’égalité des droits et de justice à toutes les personnes sans importer la couleur de la peau. Dans un de ses numéros, il était écrit :

Citation : la Constitution est lettre morte et les comtes et les marquises abondent, suivant l’ancien et odieux régime colonial essayent de traiter leurs subalternes comme des esclaves ; sans comprendre que parmi les hommes qu’ils humilient, il y en a beaucoup qui cachent sous leurs grossiers vêtements une intelligence supérieure à celle de celui qui offense.

D’autres journaux furent “La raza africana, o sea el demócrata negro” et “El proletario” (tous de 1858). Jusqu’en 1880 dans la ville, il y avait environ vingt journaux de ce type.

Du fait cette activité organisationnelle, certains chercheurs spécialistes des mouvements sociaux ont considéré que afroargentins furent ceux qui introduisirent le socialisme et l’idée de justice sociale dans la culture argentine.

Le Génocide Noir en Argentine (LINK)

Ils ont également fait une incursion dans la politique. Par exemple José M. Morales, un colonel mitriste actif a réussi à devenir député provincial, membre de l’assemblée constituante et par la suite sénateur provincial en 1880, tandis que le lieutenant colonel parvint à devenir député à deux occasions et membre de l’assemblée constituante en 1853.

Catégories raciales coloniales

Pendant la Colonie, les autorités espagnoles qualifièrent comme "variétés" de "croisements" différentes les dérivations de l’union de personnes noires africaines avec des personnes d’autres origines ethniques. Les noms utilisés étaient les suivants :

Mulato (provient de “mula” : mule) : croisement d’un(e) noir/e et d’un(e) blanc/he. Tercerón : croisement blanc/he et mulata/o.

Cuarterón : croisement blanc/he et tercerona/o.

Quinterón : croisement blanc/he et carterona/o

Zambos : croisement noir/e et indien/ne

Zambos prietos : qui avaient une peu noire foncée.

Salto atrás (Saut en arrière littéralement) : quand un enfant était plus noir que ses parents.

Avoir un "croisement" dans son arbre généalogique était du point de vue social une tache. Ces classifications, de même que d’autres fréquentes dans la culture coloniale comme "mestizo" ou cholo, étaient utilisées pour stigmatiser les gens et empêcher leur ascension sociale. Dans certains cas, des personnalités historiques connues se retrouvèrent dans cette situation, comme Bernardo de Monteagudo et Bernardino Rivadavia, furent qualifiés de "mulatos".

Qu’est-il arrivé à la population afroargentine ?

On a traditionnellement affirmé que la population noire en Argentine a diminué dès le début du XIXème siècle jusqu’à disparaitre complètement. Cependant, le recensement pilote réalisé dans deux quartiers argentins en 2006 sur la connaissance des ancêtres en provenance d’Afrique Noire a permis de vérifier que 5% de la population sait qu’elle descend d’africains et un autre 20% pense qu’elle pourrait descendre, mais le sait pas avec certitude. Si l’on prend en compte le fait que l’immigration européenne expliquait plus de la moitié de la croissance de la population argentine en 1960, certains chercheurs soutiennent que avant leur diminution, il y eut un processus d’ "invisibilisation" de la population afroargentine et des ses racines culturelles. D’autres chercheurs ont soutenu qu’il a existé une politique délibérée de génocide des afroargentins, exprimée ouvertement par le Domingo F. Sarmiento, et qui s’est exécutée par le biais de politiques répressives en utilisant les épidémies et les guerres comme outils d’extermination de masse. Les théories qui soutiennent le génocide, de même que celles qui soutiennent la diminution de la population utilisent les mêmes arguments, mais ils se différencient par l’attribution d’intentionnalité que la première attribue aux classes dirigeantes. Parmi les causes exprimées se distinguent : On a attribué à la sanglante Guerre du Paraguay (1865-1870) la diminution drastique de la population afroargentine

- les nombreuses pertes causées par les combats : les noirs faisaient partie de manière disproportionnée de l’armée argentine dans la longue et sanglante Guerre du Paraguay (1865-1870), au cours de laquelle les pertes des deux côtés durent élevées. L’historiographie officielle soutient que cette circonstance a produit la disparition de la population noire, tandis que celle qui soutient le génocide affirme que le recrutement disproportionné fut intentionnel.

- les épidémies, particulièrement la fièvre jaune de 1871 : l’histoire traditionnelle soutient que les épidémies ont eu un grand impact dans les zones habitées par la population la plus pauvre, tandis que la vision qui soutient l’existence d’un génocide met en avant les mécanismes répressifs qui permirent au groupes de la classe bourgeoise de quitter les zones touchées alors qu’ils obligèrent dans le même temps les afroaméricains à rester enfermés et aggraver leurs conditions de salubrité.

- l’émigration en particulier en Uruguay, où la population noire avait été historiquement plus nombreuse et jouissait d’un climat politique plus favorable ;

- l’immigration massive en provenance d’Europe entre 1850 et 1950, fomentée par la Constitution Nationale de 1853 qui multipliera rapidement la population du pays. Les immigrants européens auraient déplacés concrètement et symboliquement les noirs, en droite ligne du projet de la classe dirigeante d’européisation de l’Argentine.

Domingo F. Sarmiento, qui fut président durant la grande épidémie de fièvre jaune et la Guerre du Paraguay, des faits auquel on attribue l’extermination des afroargentins, avait une position fortement raciste et soutenait la nécessité d’éliminer la population noire. En 1848, il écrivit dans son journal de voyage aux États-Unis :

Citation : L’esclavage aux États-Unis est un problème – une question sans solution possible ; il y a 4 millions d’esclaves noirs et dans 20 ans, ils seront 8 millions. Les récupérer ?q ui payera les 1.000 millions de pesos qu’ils valent ? Affranchis, que fera-t-on de cette classe noire détestée par la race blanche ?... L’esclavage est une végétation parasite que la colonisation anglaise a laissée accroché à l’arbre luxuriant des libertés. Ils n’osèrent pas l’arracher à la racine quand ils ont élagué l’arbre, laissant le temps le tuer, et le parasite a grandi et menace d’arracher l’arbre entier...

Quelques années plus tard, le même Sarmiento écrivait : "J’arrive heureux dans cette Chambre des Députés de Buenos Aires, dans laquelle il n y a ni gauchos, ni noirs, ni pauvres"

Les déclarations de Sarmiento sont un exemple de l’attitude prise par l’État argentin après l’abolition de l’esclavage, en modifiant les classifications des recensements pour qu’aucun registre de leur (les afroargentins) présence disparaissent, en éliminant les catégories de population "noire" ou "morena", pour les fusionner avec d’autres groupes sous l’étiquette de "trigueña



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