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Chine - Pan Afrique - Coopération - Hydrocarbures
La Chine, le pétrole et l’Afrique
L’or noir avant les droits de l’Homme. Deuxième consommateur de pétrole après les Etats-Unis, la Chine courtise les pays producteurs d’Afrique qui fournissent 10% du brut mondial. Au cours d’un voyage officiel, cette semaine, sur le continent africain, le Président chinois, Hu Jintao, s’est rendu au Nigeria où déjà 2,3 milliards de dollars ont été investis dans un champ pétrolier offshore. Après le Soudan, l’Angola, le Congo Brazzaville, le Gabon, le Nigeria et l’Algérie, Pékin prospecte désormais au Mali, en Mauritanie et au Niger.

Par Fabienne Pinel

« Dans dix ans, la Chine sera le plus grand consommateur mondial de pétrole, avec un parc automobile équivalent à celui du reste de la planète », assure un scientifique du ministère français de la Défense. « La Chine constitue des stocks considérables d’hydrocarbures faisant fortement grimper le prix du brut », précise-t-il. 40% de l’accroissement de la demande mondiale de brut depuis quatre ans est imputable au géant asiatique qui devient, en 2005, le deuxième consommateur mondial de pétrole, devant le Japon.

Avec un taux de croissance de 10,2% au 1er trimestre 2005, l’Empire du Milieu doit, pour pourvoir à ses énormes besoins, diversifier ses fournisseurs de pétrole tout en limitant sa dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient. Et l’Afrique apparaît comme une terre providentielle.

« Combattre ensemble l’hégémonisme et la domination occidentale »

Durant l’ère communiste des années 50 à 70, la Chine est très présente en Afrique. Elle y vend des armes et soutient les régimes de libération des pays idéologiquement amis. Dans les années 80, Pékin commence à développer ses investissements sur le continent, mais il faut attendre 2000 pour assister à un boom des relations sino-africaines. La Chine, guidée par des impératifs économiques, fait une incursion en règle sur le marché africain. Un analyste britannique, Christopher Clapham, note que « les relations commerciales de l’Afrique se décalent, de façon générale, du Nord vers l’Orient ». A l’aube du troisième millénaire, le premier forum Chine-Afrique est créé, réunissant chefs d’Etat et entrepreneurs pour « combattre ensemble l’hégémonisme et la domination occidentale » et établir « un nouvel ordre mondial ». Lors du second forum, à Addis Abeba (Ethiopie) en 2003, 250 accords d’assistance économique et 20 sur la protection des investissements sont signés, doublant ainsi les échanges entre les deux régions.

En 2004, les exportations de la Chine vers l’Afrique augmentent de 36%, et ses importations bondissent de 81%, selon les statistiques chinoises. En 2005, le volume total des échanges atteint 37 milliards de dollars, 600 entreprises chinoises sont désormais implantées sur le continent noir faisant appel à 78 000 expatriés. La Chine impose ses produits manufacturés à bas prix, sa main d’œuvre pour des politiques de grands travaux, mais surtout elle sait se montrer un client peu sourcilleux dès qu’il s’agit d’achat de pétrole. Ses partenaires sont souvent des pays en délicatesse avec les institutions internationales. Contrairement aux pays occidentaux qui conditionnent leurs achats d’hydrocarbures au respect des droits de l’Homme sous la pression de leurs électeurs, la Chine, elle, ne s’embarrasse pas de ce genre de détail.

« La Chine n’a jamais lié son aide à l’Afrique à des conditions politiques »

Alors que l’Angola est limité dans ses échanges commerciaux par la Banque Mondiale qui souhaite que le pays affiche plus de transparence sur ses revenus tirés des hydrocarbures, la Chine met à la disposition de Luanda 2 milliards de dollars sur 17 ans avec un taux d’intérêt privilégié, en échange de 10 000 barils par jour ! Et le pragmatisme chinois porte ses fruits. En 2005, le géant d’Asie supplante les Etats-Unis et devient le premier importateur de pétrole angolais. Et le pays lusophone est aussi devenu, en 2006, le premier fournisseur de la Chine avec 456 000 barils par jour.

Autre sujet de discorde entre la communauté internationale et Pékin : le Soudan. En 2004, face au Conseil de sécurité de l’Onu qui menace Khartoum de sanctions sur sa production pétrolière, la Chine brandit une menace de veto et s’abstient, en septembre, de voter l’embargo sur les armes. Malgré les accusations portées par le gouvernement américain à l’encontre du régime soudanais sur le déplacement de milliers de civils des zones pétrolières, la Chine opte pour la protection d’un pays, fournisseur de 7% de ses importations de brut. Aujourd’hui, 13 des 15 plus importantes sociétés étrangères au Soudan sont chinoises. Selon des experts, la China National Petroleum Corporation a investi 3 milliards de dollars dans le plus important projet chinois à l’étranger avec la mise en route du champ pétrolier de Muglad (500 000 barils par jour), d’une raffinerie (capacité : 2,5 millions de tonnes par an) et d’un oléoduc long de 1 500 kilomètres pour l’exportation de brut à partir d’un terminal sur la Mer Rouge. « La Chine n’a jamais lié son aide à l’Afrique à des conditions politiques », justifiait l’agence de presse officielle, Chine Nouvelle, en décembre 2005. Les seules exigences de Pékin : reconnaître l’unicité de la Chine et que les partenaires africains rompent avec Taipei.

Opération séduction en Afrique

Déjà en 2004, Hu Jintao avait effectué une tournée africaine, au Gabon, gros producteur de pétrole, mais aussi en Algérie. A Libreville, le numéro un chinois avait présenté les bases d’un programme d’échanges économiques sino-africains reposant sur le principe du « gagnant-gagnant ». Mais il a surtout participé à la signature d’un protocole d’accord en matière de coopération entre la Société générale de l’industrie pétrochimique de Chine (Sinopec) et le ministre gabonais des Mines, de l’Energie, du Pétrole et des Ressources hydrauliques. La Sinopec affirme, depuis, son désir d’accroître ses importations de pétrole brut gabonais.

L’entreprise chinoise manifeste aussi sa volonté d’investir dans des blocs pétroliers terrestres et maritimes. Le but : découvrir des réserves additionnelles nécessaires à l’augmentation de la production pétrolière du Gabon, donc aux importations chinoises. L’Algérie suscite également la convoitise de Pékin. Dès 2003, deux compagnies chinoises avaient signé plusieurs gros contrats : un plan d’importation pour 350 millions de dollars, un accord de 31 millions de dollars autorisant les Chinois à prospecter sur les hydrocarbures algériens et un autre de 525 millions de dollars pour l’exploitation du gisement de Zarzaïtine.

La diplomatie au service des intérêts chinois

Alors que les pays occidentaux sont implantés de façon quasi monopolistique au Nigeria, la Chine tente de pénétrer ce marché par le biais de la diplomatie. Après deux protocoles d’accord relatifs à la prospection chinoise dans le bassin du Tchad et le delta du Niger, signés en 1997 et 1998, l’Etat chinois cherche à s’octroyer une part du brut nigérian. Pour ce faire, il s’engage dans divers projets locaux, comme la remise en état des chemins de fer nationaux. Mais Pékin a surtout marqué des points grâce à une diplomatie tout en souplesse. La Chine soutient l’élargissement du Conseil de sécurité et proclame la nécessité d’accorder des sièges aux pays africains, une volonté clairement affichée par le Président nigérian, Olesegun Obansanjo. Cette déclaration de principe tend, avant tout, à favoriser la coopération économique et commerciale entre les deux pays. Hu Jintao, au Nigeria du 25 au 27 avril, a obtenu des contrats exceptionnels : quatre licences d’exploitation dans le delta du Niger, en échange d’un investissement de 4 milliards de dollars dans la raffinerie de Kaduna. La Chine était déjà présente dans le pays avec des parts au sein d’une concession au large des côtes nigérianes pour un montant de 2,7 milliards de dollars. Et les entreprises chinoises sont très bien placées pour remporter le prochain appel d’offre (19 mai) concernant quatre nouvelles licences d’exploitation.

Dernier pays visité par le Président chinois, le Kenya qui lui aussi attise l’intérêt chinois. La Chine vient d’ailleurs d’obtenir une participation dans la prospection de pétrole dans la zone de Lamu, sur la côte kenyane. Le continent noir est d’ores et déjà un partenaire, non seulement politique, économique et commercial, mais aussi sécuritaire pour l’Empire du Milieu. Dans l’avenir, outre l’élargissement de ses sources d’approvisionnement, la Chine doit assurer la sécurité de ses acheminements. Ainsi, elle développe des stratégies de relations amicales avec les pays traversés par des convois pétroliers, comme Djibouti. Mais du côté africain, des mécontentements commencent à se faire entendre : les entreprises chinoises ne créent aucun emplois locaux. Pour honorer leurs commandes, elles exportent quasiment tout et ne réalisent aucune sous-traitance. La main d’œuvre, constituée largement de détenus chinois, ne coûte que leur nourriture, rendant cette concurrence imbattable et faisant pencher la balance commerciale des Africains en leur défaveur. Mais un nouvel ordre mondial se dessine de plus en plus. Et reste à espérer que la fièvre de l’or noir ne génère pas de nouvelles sources de tensions sur un continent qui n’en a vraiment pas besoin.



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