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Société - Afrique Australe et Océan Indien - Afrique du sud - Sida

Sida : la méthode Zuma
Se laver après l’amour ne réduit pas les risques de contagion

Accusé de viol, Jacob Zuma a expliqué mercredi, devant la haute cour de Johannesburg, qu’il s’était douché après avoir fait l’amour pour réduire les risques de contracter le sida. L’ancien vice-président sud africain était interrogé sur les circonstances qui l’ont amené à avoir un rapport non protégé avec une femme qu’il savait séropositive. Celui qui présidait le Conseil national de lutte contre le sida désole les activistes, qui le jugent irresponsable.



jeudi 6 avril 2006, par Saïd Aït-Hatrit


« Je me suis douché après avoir fait l’amour pour minimiser les risques de contracter de la maladie. » C’est ce qu’a déclaré Jacob Zuma, mercredi, devant la Haute Cour de justice de Johannesburg, où il comparaît depuis le 13 février pour viol. Le procès de l’ancien vice-président sud-africain a repris depuis le 28 mars, après que la défense ait tenté sans succès de faire enterrer la procédure pour défaut de preuve. L’ex numéro un de l’ANC (African national congress) et successeur désigné de Thabo M’Beki ne conteste pas avoir fait l’amour, sans protection, avec la fille séropositive d’un ami défunt, mais nie toute idée de viol. Il a même expliqué mardi que « la nuit en question, elle a insisté (...) et vraiment pris l’initiative », et qu’il était prêt à la prendre pour femme.

Zuma irresponsable

Charin de Beer, la procureure, lui avait demandé « Pourquoi [lui], un homme qui pourrait encore être président de ce pays, étiez vous prêt à prendre ce risque ? ». Depuis le début de la semaine, les débats sont centrés sur les raisons qui ont poussé Jacob Zuma, ancien président du Conseil national sur le Sida, à avoir des relations sexuelles avec une femme qu’il savait séropositive. Le ministère public considère que s’il avait effectivement été séduit et envisageait de faire l’amour avec la jeune fille, en l’invitant à son domicile, il aurait disposé de préservatifs, ce qui n’était pas le cas. « Je savais que les chances étaient minces de contracter la maladie... quand vous aviez des relations avec une femme infectée », a expliqué Jacob Zuma à son avocat, Kemp J Kemp, qui lui demandait s’il était conscient des risques de transmission femme-homme.

Or, si la transmission de la femme vers l’homme est statistiquement moins fréquente que de l’homme vers la femme, le risque reste élevé. Et les associations de lutte contre le sida craignent que cette déclaration soit mal interprétée et mette à mal des années de campagnes d’information. L’Afrique du Sud compte cinq millions de séropositifs, mais les autorités se sont décidées très récemment à lutter efficacement contre cette pandémie, qu’ils ont longtemps sous-estimée voire ignorée. « De tels propos peuvent mettre à mal des années de travail », regrette Vicci tallis, membre du Gender Aids Forum. Quant à l’institut Soul City, il « exprime sa consternation face au témoignage de Jacob Zuma sur son attitude vis-à-vis du VIH/Sida ». Ses propos constituent « le comble de l’irresponsabilité dans un pays où une personne sur neuf est séropositive, poursuit l’ONG, qui mène des actions de sensibilisation en matière de santé. C’est pourquoi elle réaffirme « sans équivoque que toute personne (homme ou femme) qui a des relations non protégées prend un risque de contracter le VIH ».

S’il est jugé coupable, Jacob Zuma encourt une peine de cinq à quinze ans de prison. Dans le cas contraire, il pourra se rendre le cœur léger à son autre procès, pour corruption, qui débute le 31 juillet prochain à Durban.



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