1er novembre 2014 / Mis à jour à 11:52 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Swaziland
Swaziland : recrudescence de circoncision pour contrecarrer le sida ?
La tendance serait à la hausse depuis une étude sud-africaine indiquant que l’ablation du prépuce protégerait à 60% contre le virus. Depuis plusieurs semaines, l’Hôpital gouvernemental de Mbabane accueille de plus en plus d’hommes soucieux de se faire circoncire. A l’origine de cette tendance, une étude sud-africaine qui concluait que ceux qui n’avaient pas de prépuce avaient 60% de chances en moins de contracter le virus du sida. Des acteurs de santé craignent que les Swazis circoncis, se croyant immunisés, délaissent le préservatif, alors que la maladie ravage le pays.

La circoncision nouvelle arme de prévention contre le sida ? Les Swazis semblent y croire. Ils seraient de plus en plus nombreux à se faire couper le prépuce pour se protéger de la maladie, dans ce petit pays où « 39% de la population est séropositive », faisant de lui celui qui « détient le triste record du plus fort taux de séroprévalence au monde », rapportait en 2005 le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef). Qui précisait qu’« en cinq ans, l’espérance de vie est passée de 58 à 39 ans ». L’augmentation de la circoncision serait née d’une étude menée en 2005 dans la province sud-africaine du Gauteng, qui concluait que les hommes circoncis âgés entre 18 et 24 ans avaient 60% de chances en moins de contracter le virus du sida.

Forte augmentation des circoncisions près l’étude sud-africaine

« Lorsque nous discutons avec les différents hôpitaux, on note une hausse de la circoncision. Nous n’avons pas de statistiques sur la hausse des circoncisions car nous poursuivons la rédaction du rapport. Mais j’ai moi-même demandé à un infirmer de me parler de cela, et il m’a dit que les gens invoquent des raisons d’hygiène, mais que les gens pensent aussi qu’ils seront moins contaminés par le VIH », indique Mamba Sibusiso, chargé pour le ministère de la Santé et la Sécurité Sociale de collecter les données des hôpitaux du pays.

Un médecin généraliste de l’Hôpital gouvernemental de Mbabane rapporte, pour sa part, que l’augmentation est vraiment forte. « Une semaine après l’annonce à la radio de l’étude faite en Afrique du Sud, les gens sont venus en masse et de façon soutenue et ça n’a pas baissé depuis, assure-t-il. Il y a surtout des jeunes d’une vingtaine d’années et des parents qui viennent avec leurs bébés ou des enfants en bas âge. Les parents disent le faire pour des raisons religieuses, mais ils veulent aussi protéger leur enfant contre un mal auquel il sera confronté plus tard. Les adultes disent qu’ils veulent ‘se protéger de la maladie’, sans citer le sida, ou ‘être propres’ ».

Le Docteur Mark Mills, l’administrateur de la Clinique de Mbabane cité par l’agence de presse Reuters, commente que : « Il a eu une précipitation. Il n’y a pas une famille au Swaziland qui ne soit pas affectée par le VIH et les gens sont désespérés... Dans certains pays, il y a des émeutes pour la nourriture, ici nous avons presque eu une émeute pour la circoncision ». Cette institution pratiquerait aujourd’hui dix circoncisions par semaine contre une par mois avant la médiatisation de l’étude sud-africaine. Il y aurait même des listes d’attente. Une tendance d’autant plus étonnante que, rappelle l’agence de presse, la circoncision ne fait pas partie des coutumes du pays, où elle a été interdite à la fin du 19e siècle par le roi Mswati II pour que les hommes soient en pleine possession de leurs moyens en temps de guerre.

Le port du préservatif en danger ?

Alors qu’un militant associatif nous a expliqué que l’ampleur des circoncisions est exagérée, certains acteurs de santé craignent que l’étude sud-africaine ne fasse reculer l’usage du préservatif et que les circoncis se sentent immunisés contre la maladie, dans un pays où, comme dans beaucoup d’autres en Afrique, le port du condom n’est déjà pas un réflexe. « Nous craignons que les gens se protègent moins, alors nous essayons de les encourager à rester fidèles, à utiliser le préservatif, à se dépister et nous leur expliquons que la circoncision n’arrête pas le sida. Si nous ne le faisions pas, ce serait une grosse erreur », commente notre médecin généraliste.

Lui-même considère « qu’associée à d’autres modes de vie, la circoncision peut réduire l’exposition au sida. On remarque que dans les régions où la circoncision est très pratiquée, les gens sont moins atteints. Ce qui peut être dû à l’observance d’une religion qui fait qu’ils sont moins touchés ». Mais la circoncision pourrait, au lieu de protéger si cette vertu est avérée, causer de graves problèmes sanitaires. Comme la contamination par le sida, si les règles d’hygiène ne sont pas respectées, ou même la mort, en cas de ratage de l’opération par de soit disant circonciseurs. Par ailleurs, on craint que la promotion des relations sexuelles protégées ne tombe aux oubliettes.

L’Ouganda et le Kenya mènent aussi une étude

D’ici quelques semaines, d’autres résultats sont attendus. L’Ouganda et le Kenya ont mené une expérience similaire à celle de l’Afrique du Sud. Le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (Onusida) ne manquera certainement pas de se pencher dessus : suite aux conclusions sud-africaines, dévoilées lors de la troisième Conférence de la société internationale sur le sida et le VIH de Rio de Janeiro (Brésil, 24 au 27 juillet 2005), il a commencé à développer, avec notamment d’autres organismes onusiens, un Plan de travail des Nations Unies (Onu) sur la circoncision.

Si les essais kenyans et ougandais révèlent les mêmes résultats que ceux effectués en Afrique du Sud, le travail de l’Onu « fournira aux pays le contexte pour déterminer la place potentielle de la circoncision masculine dans une stratégie de prévention complète du VIH, la manière la plus sûre de pratiquer l’opération et comment assurer qu’elle ne remplace ou ne mine pas les actuels outils de prévention comme l’usage correcte et régulier du préservatif », explique l’Onusida sur son site.

Et dans un communiqué commun de l’Onusida, de l’Unicef, de l’Organisation mondiale de la santé et du Fonds des Nations Unies pour la population, diffusé lors de la conférence de Rio de Janeiro, les signataires indiquent que « les gouvernements et d’autres parties intéressées devront étudier les résultats de ces essais pour déterminer s’il faut inclure la circoncision dans les interventions de santé publique pour diminuer le risque de transmission du VIH par voie sexuelle ». Bientôt des campagnes de prévention basées sur la circoncision des hommes ?


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