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Documentaire - Femmes - Famille
« Tunisie, Histoire de femmes »
Arabes, musulmanes et (plus) libres. La Tunisie est l’exception arabo-musulmane en matière de condition féminine. C’est ce que l’historienne et réalisatrice Fériel Ben Mahmoud montre dans « Tunisie, histoire de femmes », un documentaire où elle dresse le portait de quelques unes de ses compatriotes, dans leur quotidien, à la maison, dehors, entre amies ou au travail. Mais leurs acquis ne sont pas immuables, particulièrement dans le contexte international actuel, et d’autres combats restent à gagner.

« Tunisie, histoire de femmes », ou comment faire rimer monde arabe, islam et liberté de la femme. L’histoire que raconte Fériel Ben Mahmoud dans ce documentaire d’une cinquantaine de minutes commence peu après l’indépendance de son pays (le 20 mars 1956), lorsque le Président Habib Bourguiba promulgue, le 13 août 1956, le Code du statut personnel. Une série de lois qui veut libérer la famille et accorde une liberté à la femme encore jamais vue à ce jour dans le monde arabe. Les Tunisiennes acquièrent le droit de vote et d’éligibilité et ne seront plus jamais humiliées par la procédure de répudiation, qui permettait au mari de rejeter sa femme sur une simple déclaration, en gardant meubles et enfants ; celle-ci est remplacée par le divorce, en même temps qu’il est mis fin à la polygamie. L’avortement a été autorisé dès 1963, pour les femmes ayant plus de cinq enfants, avant d’être généralisé en 1973.

« 8% des chefs d’entreprise sont des femmes »

Dans un film d’archives, on aperçoit le Président défunt dénouant à l’occasion d’un bain de foule les foulards de mères de familles au regard fuyant, gênées par tant de légèreté. Fériel Ben Mahmoud filme les siennes à leur plus jeune âge, sur la route de l’école, au lycée, lors d’un entretien d’éducation sexuelle, au travail, ouvrières dans une usine de textile ou dans les bureaux, patronne d’une boîte de communication. A la maison, elles mijotent des petits plats pour le repas du week-end entre amis, et sortent entre copines dans les restaurants branchés de Tunis.

Le documentaire est entrecoupé d’extraits de films français noir et blanc d’époque, aux commentaires naïfs et paternalistes, comme dans ce reportage sur l’apparition du stérilet, alors appelé le « scoubidou », nous enseigne la voix-off. « Mon mari est vieux, mais il n’arrête pas. Moi je n’ai pas assez de travail et trop d’enfants », raconte une femme du pays profond à ses amies, toutes bardées de tatouages, dans un centre de planning familial. Le narrateur égrène les données : le nombre moyen d’enfants par femmes a chuté de sept, dans les années soixante, à deux aujourd’hui, 8% des chefs d’entreprise en Tunisie sont des femmes. « On entend parfois dire que nous sommes de mauvais musulmans, en Tunisie, mais nous avons seulement adapté l’Islam à la société moderne », commente l’une de ces patronnes.

Le tabou du sexe hors mariage

Ces acquis restent néanmoins fragiles, tempère l’historienne réalisatrice, filmant dans les rues de Tunis des femmes recouvertes d’un voile noir de la tête aux pieds. Des tenues qui ne doivent rien à la tradition tunisienne, mais ont été importées depuis quelques années des pays du Moyen-Orient. L’après 11 septembre a poussé certains à s’interroger sur leur identité, qui ont trouvé une réponse dans la religion. Par ailleurs, le combat des femmes en ce qui concerne le droit à la succession, toujours inégalitaire, reste à remporter.

Et si certains tabous sont tombés, d’autres ont la vie dure, comme celui des relations sexuelles hors mariage, qui pousse de nombreuses filles à se faire recoudre avant de prendre mari. « Je n’ai jamais vu un homme accepter de se marier avec une fille non vierge, dans la région », témoigne un gynécologue de Kairouan. Cela doit exister... mais je n’en ai jamais vus. Même s’ils disent au début de leur relation que ce n’est pas un problème, ils finissent par partir. » Une des jeunes femmes dont Fériel Ben Mahmoud dresse le portrait, la trentaine et une forte personnalité, témoigne : « C’est parce que je n’ai pas trouvé un homme assez fort pour m’imposer à sa famille que vous me voyez seule. Eux écoutent ce qui se dit à gauche et à droite... »

- « Tunisie, Histoire de femmes », 2005, Alif production
Diffusion mardi 28 mars à 15h40 sur France 5

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Illustration : le Président Habib Bourguiba dénouant le foulard d’une femme.


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