22 septembre 2014 / Mis à jour à 21:47 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Sénégal - Lutte
Yékini, la légende vivante de la lutte sénégalaise
Le lutteur invaincu depuis neuf ans. Nom Diop, prénom Yakhya alias Yékini. Age 32 ans, mensurations : 1m92 pour 130 kg. Signe particulier : lutteur hors pair qui agrippe et jette ses adversaires à terre en souriant. Palmarès de 1997 à 2006 : 14 combats, 14 victoires. Que dire de plus si ce n’est qu’il est le maître par excellence de la lutte sénégalaise. Bienvenue dans l’antre de la terreur des arènes, qui nous parle de sa carrière sportive inégalable.

Par Badara Diouf

Qui peut se targuer d’avoir terrassé et accrocher à son tableau de chasse les lutteurs les plus prestigieux tels que Bombardier ou Tyson, si ce n’est Yékini ? La liste de ses victimes est longue : Kadd Gui, Pouye, Pape Cissé , Mor Nguer, Mohamed Ali, Balla Bèye, Khadim Ndiaye, Baye Fall, Mor Fadam, Lac de Guiers... Surnommé « Le Grec » par certains experts pour sa maîtrise et sa connaissance de la lutte gréco-romaine, mais aussi de la lutte avec frappe, il est le pilier de son écurie Ndakarou et chouchou des amateurs du cercle ensablé de la lutte sénégalaise. Il demeure pour l’heure invaincu depuis presque une décennie. Tel César il est venu, il a vu et il a vaincu.

Afrik.com : D’où vous vient votre pseudo ?
Yékini :
Je le tiens de mes amis qui m’ont surnommé ainsi car, dans les années 92, je jouais au football et on disait que j’avais la même morphologie que cet attaquant nigérian du nom de Yekhini. Plus tard en me mettant dans la lutte, j’ai gardé ce pseudonyme.

Afrik.com : Vous avez pratiqué la lutte gréco-romaine. Avez-vous un palmarès dans cette discipline ?
Yékini :
En 1999, à Johannesburg (Afrique du Sud) dans le cadre des Jeux Africains, j’ai décroché une médaille d’argent en lutte gréco-romaine. J’ai également remporté plus de 7 médailles d’or en tant que champion d’Afrique pour des compétitions qui ont eu à Niamey, Cotonou ...J’ai été deux fois meilleur lutteur africain des plus de 130 kg.

Afrik.com : Après avoir battu Bombardier à deux reprises, le 28 mars 2004 et le 14 mai 2005, et Tyson, le 1 janvier dernier, revendiquez-vous le titre de Roi de l’Arène ?
Yékini :
Pour ma part, nul besoin de réclamer le titre de Roi de l’arène, car cela va de soi. Le titre me revient de droit pour avoir battu mes adversaires Bombardier et Tyson qui font partie des poids lourds de ma catégorie. Et je reste le champion toute catégorie confondue. D’autre part, je dois recevoir le Lion d’or 2005, de la part du président Wade, prix du meilleur sportif de l’année. Distinction votée à l’unanimité par les gens de la presse.

Afrik.com : Pourquoi un combat contre Tyson a mis tant de temps à être programmé ?
Yékini :
Tyson a longtemps retardé l’échéance et l’éventualité d’un combat contre moi, mais après avoir battu tous mes adversaires il n’avait pas d’autre choix que de m’affronter étant donné que nous ne nous étions jamais rencontrés. Et l’issue de notre rencontre vous la connaissez.

Afrik.com : Avant et pendant le combat contre ce dernier, avez-vous été inquiété par votre adversaire ?
Yékini :
Disons comme dans tout combat, la pression est toujours présente, mais une fois que le coup de sifflet de l’arbitre retentit, il faut en découdre.

Afrik.com : Votre victoire sur Tyson a été sans appel. La fête n’a-t-elle pas été amère étant donné qu’il y aurait eu un mort suite aux célébrations ?
Yékini :
Concernant cette nouvelle liée à un décès suite à ma victoire, cela reste une rumeur mais les faits restent infondés. Mais si tel était le cas, un accident ayant entraîné la mort d’un jeune dans cette ambiance de liesse générale, je serais attristé et je compatirais sans aucun doute à cet évènement tragique.

Afrik.com : 1997 à 2006, presque une décennie de victoires (14 sorties et 14 victoires)... La défaite vous fait-elle peur ?
Yékhini :
Peur non ! Car je considère, en tant que sportif, qu’on ne peut pas être éternellement au sommet dans son art. La compétition sportive vous fait et vous défait. Et si une défaite devait m’arriver, je prendrais cela comme le destin. Néanmoins, je travaille dur pour que cela ne m’arrive pas jusqu’à mon retrait de l’arène.

Afrik.com : En parlant de retraite vous y pensez ou êtes-vous encore dans le cercle pour longtemps ?
Yékini :
Pour le moment je suis bel et bien présent comme lutteur et j’ai de beaux jours devant moi. Je suis dans une belle forme, et je suis sur le point d’avoir 32 ans.

Afrik.com : Donc d’autres combats à l’horizon ?
Yékhini :
Certainement et je l’espère.

Afrik.com : A propos de combat, comment faites-vous pour garder votre sourire avant chaque combat et lorsque vous jetez vos adversaires avec ironie à terre ?
Yékini :
La pression est tellement forte avant chaque affrontement qu’il est préférable pour ma part de sourire et d’être relâché, sinon cela risque d’être trop lourd à gérer comme tension. Ainsi par cette décontraction mentale, je suis à même de donner le meilleur de ma technique au combat pour remporter la victoire. C’est une méthode qui me réussit et que je continue de pratiquer (rires).

Afrik.com : A combien estimez-vous votre prix pour honorer un combat ?
Yékini :
L’organisation du tournoi de gala contre Tyson a coûté plus de 200 millions Cfa (305 000 euros) au promoteur mais mon cachet et celui de mon adversaire était de 60 millions pour chaque lutteur (91 000 euros).

Afrik.com : Considérez-vous Tyson comme un éventuel adversaire pour une revanche ?
Yékini :
Il est probable que cette revanche puisse avoir lieu, mais on prendra le temps de laisser aux lutteurs désireux de se mesurer à moi de pouvoir avoir leur chance de me défier. Je n’ai pas envie que le cercle des combattants poids lourds tels que Bombardier, Tyson et moi-même, soit toujours le même, donc fermé aux autres chalengeurs potentiels.

Afrik.com : Comment vous entraînez-vous ?
Yékini :
De manière générale, je fais du jogging le matin et le soir au sein de l’équipe, je suis un programme de musculation, suivi de séances de boxe anglaise et de lutte traditionnelle avec mes coéquipiers.

Afrik.com : Vous entraînez-vous parfois à l’étranger avant un combat important comme celui contre Tyson ?
Yékini :
Oui ! Cela arrive parfois. Et les séjours d’entraînement se font soit en France soit aux Etats-Unis dans la ville de New York. Un séjour qui peut aller d’un mois à un mois et demi. Dans le cas du combat avec Tyson, ma préparation a pris plus de quatre mois et je me suis rendu à New York. Les sponsors nous aident parfois à financer ces entraînements à l’extérieur du Sénégal.

Afrik.com : Quelle est votre préparation mystique avant un combat ?
Yékini :
La part mystique fait partie de notre patrimoine culturelle. Ce sont des cérémonies que j’ai trouvées dans la sphère de la lutte et que je perpétue. Il y a aussi des guides spirituelles dont vous êtes proche qui prient pour vous afin d’essayer de vous garantir la victoire sur votre adversaire. En revanche, il existe d’autres personnes que vous ne connaissez pas forcément qui vous adressent des prières de réussite dans l’arène. Et évidemment vous ne manquerez pas de les rétribuer en signe de reconnaissance.

Afrik.com : A l’heure actuelle, votre écurie Ecole d’Elite Ndakarou compte-t-elle en son sein des prodiges capables de vous succéder ?
Yékini :
Notre structure compte 40 lutteurs et il y a quatre lutteurs dont Cheikhou Diene, Yékhini Junior, Youssou Ndour et Alain Ndoye, pour ne citer qu’eux, qui figureront, si le temps leur donne raison, parmi les futurs grands combattants d’ici trois à quatre ans. Ces quelques membres de mon écurie ont un potentiel sportif indéniable.

- Réagissez à l’actualité sur le Forum d’Afrik


  


à la une




communiqués


en bref




image du jour

dossiers

liens utiles