28 avril 2017 / Mis à jour à 10:09 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
dossier : Chikungunya

Pan Afrique - Réunion - Monde créole
Le Chikungunya ou le mini palu
Interview de Isabelle Schuffenecker, directrice adjointe du Centre National de Référence (CNR) des Arbovirus. Une épidémie due au virus Chikungunya frappe l’île de la Réunion depuis le mois de février 2005. Cette maladie se transmet, comme le palu ou la dengue, par un moustique et se caractérise notamment par de fortes fièvres et des douleurs articulaires intenses. Elle reste toutefois non mortelle. Eclaircissements d’Isabelle Schuffenecker, directrice adjointe du Centre national de référence des Arbovirus, à Lyon (Est de la France).

Chikungunya. Un nom barbare pour une maladie qui peut se révéler très douloureuse, voire handicapante, pendant plusieurs jours. L’infection à Chikungunya se transmet par un moustique et provoque notamment de fortes fièvres et des douleurs articulaires qui peuvent s’étendre sur plusieurs jours. Actuellement, la maladie sévit sur l’île de la Réunion. Le dernier bulletin de la Cellule Inter-Régionale d’Epidémiologie (CIRE) de la zone Réunion-Mayotte fait état, du 22 février au 11 décembre 2005, de 5 668 cas signalés, dont 1 933 confirmés biologiquement. Isabelle Schuffenecker, directrice adjointe du Centre national de référence des Arbovirus à Lyon (Est de la France), nous précise ce qu’est le chikungunya et comment il fonctionne.

Afrik.com : Quand a-t-on découvert le virus Chikungunya ?
Isabelle Schuffenecker :
La première grosse épidémie a été documentée en Tanzanie en 1952. Le nom de la maladie vient d’ailleurs du swahili (notamment parlé en Tanzanie, ndlr) : Chikununya signifie en français « qui brise les os ». Cette appellation à un lien direct avec les arthralgies (terme médical pour douleurs articulaires, ndlr), qui sont l’un des symptômes prédominants dans cette maladie. Lorsque les malades ressentent des douleurs aiguës, ils ont parfois du mal à marcher. Il arrive que les arthralgies persistent ou réapparaissent sur des périodes de temps variable. Certaines personnes ont toutefois du mal à effectuer les tâches du quotidien.

Afrik.com : Quels sont les autres symptômes ?
Isabelle Schuffenecker :
Une fièvre, qui commence souvent brutalement, et qui est souvent de plus de 39°C. Les malades ont aussi des myalgies (douleurs musculaires, ndlr) et, dans 50% des cas, on note une éruption cutanée qui ressemble à la rougeole et qui peut provoquer des démangeaisons. Elle peut toucher le visage, le cou, le tronc ou les membres.

Afrik.com : Les gens doivent-ils se soigner dans les hôpitaux ?
Isabelle Schuffenecker :
Dans la plupart des cas non. Mais certains malades présentant de petites hémorragies au niveau du nez, des gencives, consultent parfois à l’hôpital. Il n’existe pas de traitement spécifique de la maladie. Les gens prennent en général des médicaments contre la douleur ou la fièvre : paracétamol, aspirine, anti-inflammatoires.....

Afrik.com : Le Chikungunya a-t-il déjà tué ?
Isabelle Schuffenecker :
Pas à ma connaissance. Cette maladie n’est pas mortelle ou alors dans de très faibles proportions. A la Réunion, quelques formes cliniques graves ont été observées, mais aucun décès n’a été recensé.

Afrik.com : La fièvre à virus Chikungunya peut-elle être confondue avec d’autres maladies infectieuses tropicales ?
Isabelle Schuffenecker :
Oui, elle peut être confondue avec la dengue ou le paludisme. Cependant, la présentation clinique la plus habituelle avec douleurs articulaires intenses est très caractéristique de l’infection à virus Chikungunya. Les examens biologiques permettent ensuite de confirmer le diagnostic. Au CNR des Arbovirus, la recherche du virus Chikungunya n’est pas effectuée de façon isolée. D’autres arbovirus sont recherchés. Pour la Réunion, il s’agit du virus de la dengue et du virus West Nile.

Afrik.com : Existe-il un lien entre le paludisme et le Chikungunya ?
Isabelle Schuffenecker :
A priori, les vecteurs de ces deux maladies sont différents, je ne vois donc pas de lien direct entre les deux.

Afrik.com : Comment le virus a été introduit à la Réunion ?
Isabelle Schuffenecker :
Nous ne le savons pas. A priori, il s’agit de la première épidémie à virus Chikungunya que connaît l’île. Fin 2004, une épidémie a également eu lieu aux Comores, mais il n’existe pas d’argument pour dire que le virus a été introduit depuis les Comores.

Afrik.com : L’épidémie qui y sévit a-t-elle permis de découvrir d’autres données sur le Chikungunya ?
Isabelle Schuffenecker :
Nous avons découvert que le virus pouvait être associé à des formes cliniques plus graves. Cela avait été évoqué dans les années 60 (2 cas cliniques). A la Réunion quelques rares cas d’atteintes neurologiques, à type d’encéphalite, ont été observés. Ces cas fort heureusement sont rares par rapport au nombre total de cas.

Afrik.com : Quels autres pays ont été touchés par le virus Chikungunya ?
Isabelle Schuffenecker :
Les zones à risque sont celles où circule le virus et où le vecteur de la maladie est présent. On compte parmi les zones à risque l’Asie du Sud-Est, l’Afrique de l’Est (Ouganda, Tanzanie), de l’Ouest (Sénégal, Nigeria), du Centre (République Démocratique du Congo, République Centrafricaine)... Les dernières épidémies majeures ont été documentées en République Démocratique du Congo en 2000 en l’Indonésie en 2001-2003.

Afrik.com : Quels sont les facteurs de risque pour l’apparition d’une épidémie ?
Isabelle Schuffenecker :
Trois conditions sont nécessaires pour l’apparition d’épidémies : la présence de l’agent infectieux (le virus), la présence d’un moustique vecteur en grand nombre et la population exposée doit être non immune ou « naïve », c’est-à-dire non immunisée contre l’agent infectieux. Par ailleurs, la densité de population joue aussi un rôle puisque les épidémies massives de chikungunya se produisent le plus souvent en zone urbaine.

Afrik.com : Peut-on imaginer que le virus Chikungunya touche un jour d’autres zones, comme l’Afrique du Nord ou le long des côtes méditerranéennes ?
Isabelle Schuffenecker :
Il n’y a pas de signes d’alerte en Afrique du Nord ou le long des côtes méditerranéennes. Mais il faut signaler que l’aire de répartition d’Aedes albopictus (nom de l’un des moustiques pouvant transmettre la maladie, ndlr), un des vecteurs possibles de la maladie a tendance à s’étendre.



lire aussi
En moins d’un mois, un troisième cas de chikungunya a été confirmé ce vendredi en Guyane, par le directeur de l’Agence Régionale de Santé (ARS).


dossier
Longtemps sous estimée par les autorités sanitaires françaises, la maladie du chikungunya a frappé, en moins d’un an, plus d’un cinquième de la population de l’île de La Réunion. Le virus, inoculé par les moustiques, a déjà officiellement tué plus de 70 personnes. Et la gestion de la crise est loin de faire l’unanimité.


à la une




communiqués

afrik-foot