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Pourquoi me tutoyez-vous ?
Le brûlot de l’avocat antillais Alex Ursulet contre les abus policiers. Alex Ursulet a été victime de policiers qui ont clairement violé ses droits. Dans un livre critique, mais qui se veut objectif et mesuré, l’avocat d’origine martiniquaise raconte sa mésaventure. Il rapporte également des témoignages édifiants et dispense de précieux conseils pour ceux qui sont arrêtés, humiliés ou violentés par les forces de l’ordre. Un ouvrage plus que d’actualité.

Alex Ursulet n’a plus besoin de prouver qu’il est un homme respectueux des lois. Pourtant, le 6 janvier dernier à Paris, l’avocat d’origine martiniquaise a vécu de près ce que certains de ses clients lui avaient déjà rapporté, sans l’émouvoir outre mesure. Maître Alex Ursulet a été arrêté et traité comme un vulgaire criminel durant un « banal » contrôle de police. Un contrôle caractérisé par la condescendance sans bornes et les tutoiements humiliants de l’un des trois représentants des forces de l’ordre, apparemment saoul au moment des faits. L’homme de loi finira au commissariat, où il entrera menotté alors qu’il ne représente pas de danger. Il n’aura notamment pas le droit de téléphoner, sera humilié et illégalement gardé à vue, sans que le motif de cette décision ne lui soit signifié. Ses droits élémentaires ont été violés.

Tous les policiers ne sont pas mauvais

Cette affaire a tellement marqué le brillant avocat, qui a reçu de nombreux témoignages de sympathie, que son travail en a pâti. Il lui a fallu une semaine pour se remettre psychologiquement des brimades et humiliations subies. De toute cette histoire, qui relevait pour lui au départ d’une « série B », il sera ressorti une bonne chose : Pourquoi me tutoyez-vous, le livre dans lequel Alex Ursulet raconte sans pudeur sa mésaventure, qui concernerait, selon lui, de plus en plus de personnes. Un ouvrage dont le début se lit comme un roman, mais qui n’est malheureusement pas une fiction. Alors pas besoin d’artifices pour que l’émotion et le sentiment de révolte soient intenses. Comment des hommes qui sont sensés protégés tous les citoyens de France peuvent-ils en arriver là ?, ne cesse-t-on de se demander. L’avocat le justifie notamment par le fait que les policiers ne sont pas suffisamment bien formés et lâchés souvent trop jeunes dans des quartiers difficiles sans « chaperon ».

Mais Alex Ursulet prend soin de ne pas mettre tous les policiers dans le même fourgon. Après avoir rapporté divers témoignages édifiants d’abus policiers, il souligne dans son livre que ce ne sont pas seulement les étrangers ou les personnes issues de l’immigration qui sont victimes : « On a compris, au travers de ce petit florilège, que ce genre d’histoires peut arriver à tout le monde : les femmes ne sont pas plus à l’abri que les hommes ; et si les noirs et les arabes sont davantage exposés à l’humiliation et la violence, cela peut aussi arriver à des ‘gaulois’, à des jeunes comme à des vieillards, à des smicards comme à des nantis ».

Porter plainte contre la police, c’est David contre Goliath

L’auteur, qui se défend bien d’être un « anti-flic » et qui a déjà défendu un policier, souligne toutefois que toutes les victimes ne connaissent pas leur droit, ce qui explique qu’elles ne portent pas toujours plainte. D’autres facteurs découragent d’entamer des poursuites judiciaires. Comme le fait que la parole d’un policier pèse souvent plus lourd que celle des plaignants, que certains syndicats de policiers et la police des polices mentent parfois pour protéger leurs confrères, que le parquet traîne des pieds pour lancer des informations judiciaires de peur de se mettre les forces de l’ordre à dos. Ceux qui se sentent le courage d’affronter toutes ces difficultés sont en plus loin d’être sûrs d’avoir gain de cause. « 7 plaintes sur 10 sont finalement rejetées comme infondées. Et les trois autres n’aboutiront pas forcément à la satisfaction pleine et entière du plaignant »...

Pour ne pas donner aux policiers l’occasion de l’accuser d’« outrages à agent et rébellion », même s’ils le poussaient à bout, Alex Ursulet est resté d’un calme olympien. Si calme que les policiers en étaient excédés. Pour être irréprochable face à des agents hargneux, l’avocat a publié à la fin de son livre, en plus d’extraits de rapports sur la police d’Amnesty International et de la Commission nationale de déontologie de la sécurité, une sorte de « huit commandements » appelé : « Que faire si l’on est victime de violences policières ? ». Un condensé clair et explicite de l’attitude à tenir et des droits auxquels nous avons tous droits dans ce cas.

Voici quelques recommandations : « Rester calme : ne JAMAIS céder à la provocation », « veillez à ce qu’il y ait des témoins. Une interpellation ou un contrôle musclés attirent souvent les badauds. Essayer de susciter au moins un témoin et de préférence deux », « tant qu’il ne vous a pas été signifié que vous êtes placé en garde à vue, vous avez le droit de téléphoner. Ce droit, utilisez-le ! Appelez vos parents, des amis, votre avocat si vous en avez un... ». A l’heure où la colère gronde quant aux contrôles réguliers et abusifs, Pourquoi me tutoyez-vous ? peut faire office de guide pour se protéger contre la violation des droits civiques.

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