13 décembre 2017 / Mis à jour à 02:48 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Pan Afrique - Commerce
A la découverte du commerce équitable
Pour en savoir un peu plus sur ce commerce qui privilégie les producteurs. La France célèbre depuis le 30 avril dernier, la quinzaine du commerce équitable. Une façon de promouvoir un commerce dont l’ambition est de permettre aux producteurs, plus particulièrement ceux du Sud de vivre avec dignité de l’usufruit de leur travail. C’est un défi que l’association Max Havelaar France, à l’instar de ses 19 autres homologues répartis dans le monde, tente de relever. Mais à quoi renvoie cette notion de commerce équitable ? Voici quelques réponses.

La quinzaine du commerce équitable, sous l’égide de l’association Max Havelaar France, bât son plein, depuis le 30 avril dernier, dans l’Hexagone. A quoi renvoie cette notion qui, depuis plus d’une dizaine d’années, nous est devenue de plus en plus familière. Selon la définition du Fine, regroupement international des associations qui œuvrent pour la promotion du commerce équitable, « c’est un partenariat commercial, basé sur le dialogue, la transparence et le respect, qui vise plus d’équité dans le commerce international ». Il contribue par ailleurs au « développement durable en proposant de meilleures conditions commerciales aux producteurs marginalisés, essentiellement dans les pays du Sud, et en sécurisant leurs droits ».

Plus d’équité en faveur du monde agricole

Autrement dit, c’est un commerce où ce sont les intérêts des producteurs qui priment. Alors que le commerce international fait aujourd’hui la part belle aux acheteurs, le plus souvent des multinationales, dont le pouvoir annihile toute capacité de négociation. Ce sont eux qui imposent leur prix et aux producteurs de se plier pour survivre. Le cas du café dans les années 80, où le cours mondial de cette matière première s’effondre, donne tout son sens à la philosophie qui elle celle du commerce équitable. Ce sera d’ailleurs le premier produit de ce nouveau label. La notion de commerce équitable existe depuis les années 50, mais l’idée se concrétise en 1988 grâce à des producteurs mexicains de café en association avec une agence de développement hollandaise dénommée Solidaridad. C’est ainsi que le « café équitable » fait son apparition aux Pays-Bas sous le label Max Havelaar [1]. Il existe actuellement, en Europe, 20 associations de ce type que l’on retrouve aussi un peu partout dans le monde.

Les règles du commerce équitable sont définies par la Fairtrade Labelling Organizations (Flo), une organisation internationale basée en Allemagne. Ce sont des auditeurs indépendants mandatés par elle qui certifient donc les produits et les producteurs éligibles au label commerce équitable. C’est ce que nous explique Hélène Sainte-Catherine de l’association Max Havelaar France. « C’est très simple, les produits certifiés répondent à trois types de critères. Ils sont d’ordre social, environnemental et organisationnel. » Les producteurs qui obtiendront leur certification sont ceux qui, pour ne prendre que cet exemple là, ne font pas travailler d’enfants. Le rôle de l’association Max Havelaar, qui gère la filière française du commerce équitable, est celui d’un intermédiaire entre les producteurs du Sud et leurs futurs clients du Nord. L’association, qui perçoit pour son intermédiation de la part des acheteurs « un infime pourcentage » du volume de la transaction, s’assure que les producteurs sont effectivement rémunérés et cela à « un prix juste ». Ce concept est fondamental dans le commerce équitable.

Une bonne idée encore marginalisée

« Ce prix juste et équitable », se fixe selon Hélène Sainte-Cathérine, à l’aune « du coût de production et de l’accès aux besoins essentiels » que sont, entre autres, l’éducation, le logement, la nourriture. Le prix du produit commerce équitable sera toujours strictement supérieur à celui qui est déterminé par les marchés internationaux. Bien évidemment, ces produits sont plus chers. En France, selon Max Havelaar, il le sont de 15%. La tasse de café, produit phare du commerce équitable, coûterait 0,01 centime plus cher qu’une tasse de café dont le cours est normalement fixé sur le marché international. Mais le consommateur agit en connaissance de cause, il fait gagner au producteur, labellisé commerce équitable, deux fois plus selon l’association Max Havelaar. A noter que les produits du commerce équitable sont souvent ceux - comme la banane, le café, le cacao ou le coton - dont les producteurs sont à la merci des multinationales. Pour le Malien Soloba Mady Keita, producteur de coton et président du Syndicat des Paysans du Cercle de Kita (SPCK), qui inaugurera la filière coton équitable de Max Havelaar France, la seule à ce jour dans le monde, « chaque fois qu’un consommateur français achète un article du commerce équitable, il doit s’avoir qu’il a contribué à envoyer un enfant à l’école ».

En outre, le commerce équitable offre une prime dont le but est de servir à la réalisation de projets utiles à la collectivité. Cette nouvelle filière coton profitera, pour la saison 2005/2006, à 20 000 producteurs africains regroupés en 80 coopératives. Une modalité à laquelle les producteurs du commerce équitable font souvent appel. Car il est stratégique de pouvoir jouer sur les quantités offertes parce que le commerce équitable reste du commerce. Ce sont 26 coopératives (sur un total de 95) qui fournissent le marché français en produits du commerce équitable. En Afrique, elles interviennent notamment dans le domaine du cacao (Ghana), de la mangue (Burkina Faso) et du café (Rwanda, Ethiopie, Congo). Le commerce équitable ne représente qu’environ 1% du commerce mondial. Commercer autrement, le parti pris de cette initiative a encore une longue route devant elle avant de rallier les irréductibles capitalistes qui gouvernent notre planète.


[1] Monsieur Max Havelaar n’existe pas ! C’est le titre et le nom du personnage principal d’un roman publié en 1860 à Amsterdam par Eduard Douwes Dekker sous le pseudonyme de Multatuli. Le Max Havelaar de Multatuli est un héros idéaliste et passionné qui dénonce l’oppression des cultivateurs de café en Indonésie. Ce roman a eu un retentissement énorme et Max Havelaar symbolise encore aujourd’hui la solidarité avec les cultivateurs des pays en développement. Source : Association Max Havelaar France



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