23 octobre 2014 / Mis à jour à 22:38 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Mali - Sénégal - Danse
La police malienne traque le sabar classé X
Haro sur une danse jugée « pornographique ». La brigade des mœurs de Bamako a arrêté, vendredi dernier, « six danseuses de sabar, trois joueurs de tam-tam et un animateur » qui se produisaient quasiment nues dans la boite de nuit le Bala Night. Le coup de filet de la police devrait être le premier d’une série destinée a éradiquer une danse à la base sensuelle, mais devenue « pornographique ». Raison pour laquelle elle est devenue hors-la-loi en 2001 dans la capitale.

Ils ne l’ont pas senti venir. Des spectateurs ont été surpris par la police, vendredi dernier, alors qu’ils assistaient à un spectacle de danse de sabar dans la boite de nuit Bala Night de Kalabancoura (quartier de Bamako, Mali). Ils étaient venus arrêter des femmes qui dansaient le sabar presque nues et les joueurs de tam-tam qui les accompagnaient. Le sabar a été interdit en 2001 dans les rues par le gouverneur de Bamako de l’époque, le colonel Soumaïla Cissé, qui estimait la danse trop indécente. Si les danseuses se sont réfugiées dans des lieux privées pour échapper à la mesure, la brigade des mœurs de la capitale promet, malgré tout, de poursuivre une traque des établissements laissant cette pratique « pornographique », perdurer au sein de leurs locaux.

Une danse sensuelle devenue « pornographique »

A la base, le sabar, originaire du Sénégal, se danse au rythme des tam-tams et avec beaucoup de sensualité. Les femmes portent souvent un petit pagne qui couvre la partie intime. Elles ondulent des hanches et secouent énergiquement les fesses. « Mais lorsque le sabar est arrivé au Mali, les femmes dansaient dans la rue et, avec le temps, ont commencé à soulever leurs jupes. Certaines enlevaient leurs slips, d’autres n’en avaient pas. Des femmes se sont même mises à se déshabiller complètement pour plaire plus aux hommes. Elles en ont fait une danse pornographique », raconte Ami Kane, commissaire-divisionnaire au service de la brigade des mœurs. Aiizatou, 30 ans, témoigne et désapprouve. « J’ai vu une fois ce genre de danse dans la cour d’une maison. Ce n’est vraiment pas beau à voir. Les femmes soulèvent leurs pieds jusqu’à ce que l’on voie ce qu’il y a en dessous de leur jupe et elles ont parfois des collants ou de gros slips qui ne sont pas esthétiques. Je pense que ce n’est pas une bonne chose qu’elles montrent leur corps de cette façon », explique-t-elle.

C’est pour éviter cet étalage de chair que le gouverneur a interdit le sabar, même si son succès serait limité dans ce pays où 90% de la population est musulmane. Mais les danseuses ont trouvé la parade. « Elles se sont cachées dans les boites avec les joueurs de tam-tams pour danser comme ils l’entendent et gagner plus d’argent. A Bamako, il y a au moins une dizaine d’établissements qui les accueillent », poursuit Ami Kane. La sonnette d’alarme a été tirée par le directeur de publication du quotidien Les Echos, qui a donné le coup d’envoi d’une chasse au sabar. « Il nous a contacté vendredi dernier matin et nous avons mis en place une opération d’intervention le soir-même. Des policiers en civils et en tenue sont intervenus au Bala Night, où il y avait une centaine de personnes, dont une dizaine de filles venues voir le spectacle avec leur copain », indique la commissaire-divisionnaire au service de la brigade des mœurs.

Six danseuses arrêtées dont deux mineures

La commissaire-divisionnaire Ami Kane a déclaré que l’opération s’est déroulée sans accro. « Certains étaient impressionnés par les uniformes, mais tout s’est déroulé dans le calme », « Dans le calme ». Ce n’est pas ce que rapportent Les Echos. Amadou Sidibé écrit que, « affolés par la présence d’hommes en tenue, des spectateurs ont pris d’assaut l’unique porte de sortie. Au même moment, certains brisaient les quelques vitres à la recherche d’une échappatoire, nonobstant l’appel au calme des policiers ». Mais ils auraient aussi bien pu rester tranquillement assis, puisque les policiers étaient surtout intéressés par les danseurs et les musiciens.

Au terme de l’intervention policière, dix personnes ont été arrêtées. « Il s’agit de six danseuses de sabar (deux mineures, deux de 19 ans, une de 20 ans et une de 22 ans), trois joueurs de tam-tam et un animateur. Le propriétaire de l’établissement a pris la fuite et nous sommes à sa recherche. Les mineures ont été envoyées chez le juge des enfants, les autres ont été placés sous mandat de dépôt par le procureur de la République (Théra Sombé, ndlr) et inculpés pour ‘outrage public à la pudeur’ », poursuit-elle.

Les accusés sont-ils inculpables ?

Un chef d’inculpation qui ne serait pas adapté à cette affaire si l’on en croit l’article 224 de la loi 01-079, du 20 août 2001, du code pénal. « Son alinéa 1 stipule que ‘tout acte accompli publiquement et offensant la pudeur et le sentiment moral des particuliers qui en sont involontairement témoins, et susceptible de troubler l’ordre public et de causer un préjudice social manifeste, est un outrage public à la pudeur.’ Les personnes arrêtées ne peuvent donc tomber sous le coup de la loi que si elles ont commis l’acte qui leur est reproché dans un espace public ou assimilé comme tel, comme stade. Ce qui n’est pas le cas si elles étaient dans une boite », estime Me Soyata Maïga, avocate à la cour de Bamako et présidente de l’association des femmes juristes du Mali. Par ailleurs, il y a peu à parier que les spectateurs présents étaient « involontairement témoins » ou offensés par la prestation à laquelle ils assistaient.

Il semble que les seuls motifs qui pourraient s’appliquer aux huit accusés sont le fait que leur danse « érotiquement chargée », était « susceptible de troubler l’ordre public et de causer un préjudice social manifeste ». S’ils sont condamnés, ils risquent de lourdes peines, d’après l’alinéa 2 du même article du pénal. « Il explique que tout acte d’outrage public à la pudeur ‘commis publiquement et intentionnellement’ peut être condamné de ‘3 mois à 2 ans d’emprisonnement et à une amende de 20 000 à 200 000 FCFA ou de l’une de ces deux peines’ », souligne Me Soyata Maïga.

Après leur descente au Bala Night, les policiers ont poursuivi leur tournée dans le reste des établissements qui autorisent le sabar classé X. Sans succès. « Nous n’avons pas pu les prendre sur le fait car le bruit des arrestations de la Bala Night a dû circuler. Des policiers font le guet pour avoir des preuves et arrêter les coupables », souligne Ami Kane. Les soirs qui ont précédé la fermeture de la boite, les policiers ont, par ailleurs procédé, à des visites de contrôle au Bala Night. Mais ils n’ont pas trouvé de danseuses, et très peu de clients. Ils auraient peur que les forces de l’ordre reviennent...

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