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Culture - Afrique de l’Ouest - Burkina Faso - Côte d’Ivoire - Mode

Guerrier de la mode
Entretien avec le couturier burkinabé Pathé O.

Le styliste Pathé O. n’est plus à présenter, lui dont Nelson Mandela est devenu quasiment l’ambassadeur de choix. Pour le plus célèbre couturier du continent, la mode est un combat au quotidien pour amener les Africains « à consommer l’Afrique ».


 Dossier : FIMA 2003


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jeudi 11 décembre 2003


Propos recueillis par David Cadasse

Pathé O., couturier par vocation, démarre sa carrière en 1969 en Côte d’Ivoire. Il s’impose très vite sur la place abidjanaise mais aussi dans les grandes capitales africaines comme Dakar, Douala. Yamoussoukro, Bamako, Brazzaville et Ouagadougou où il a ouvert de nombreuses boutiques. Fier de son continent d’origine, le succès ne l’a pas empêché de garder son pragmatisme. Défenseur infatigable de la mode africaine, son combat est de la faire découvrir avant tout aux fils du continent auxquels ses créations s’adressent en premier lieu.

Afrik.com : Vous comptez parmi les plus célèbres stylistes africains. Comment expliquez-vous votre succès ?
Pathé O.  :Je ne sais pas si j’ai du succès. Mon travail est un combat. Nous nous battons pour la survie de la mode en Afrique. La mode africaine n’existe pas parce qu’elle n’a pas de consommateurs et de personnes qui croient en elle. Elle est abandonnée aux seuls créateurs. Et comme nous voulons en vivre, nous sommes obligés de nous battre pour cette mode là. Notre combat, c’est vivre, exister et résister.

Afrik. Com : Vous habillez de nombreux chefs d’états dont Nelson Mandela. Qu’est ce que cela représente pour vous ?
Pathé O. : Mandela est un homme exceptionnel, cela tout le monde le sait. Pour un créateur c’est toujours une fierté. Mais je ne prends pas les choses ainsi. Pour moi, c’est plutôt un devoir. C’est un Africain qui habille un Africain. Je ne vois pas pourquoi les gens s’en étonnent. Nelson Mandela s’est dédouané à la face du monde d’un complexe. C’est plutôt encourageant et depuis plusieurs chefs d’Etat l’ont suivi. Ces personnages médiatiques ne sont cependant pas notre cible même si ce type de clientèle est important pour le prestige d’une maison... Nous visons un plus large public qui s’étend de l’étudiant au cadre. Nous voulons amener les Africains à prendre conscience du fait que tout ce que l’on fait en Afrique n’est pas médiocre.

Afrik. com : Quelles sont vos matières favorites ?
Pathé O. : J’utilise essentiellement des matières africaines. Beaucoup de pagnes tissés. J’ai regroupé des femmes qui tissent pour moi. Ces pagnes sont parfois issus de mélanges avec des matériaux européens comme la gabardine, le lin, la soie….

Afrik. com : Quelle est votre credo : la Haute Couture ou le prêt-à-pPorter ?
Pathé O. : Les deux. Mais la Haute Couture, je ne sais pas ce que ça veut dire. Je fais de la couture de luxe et j’habille tout le monde. Pour moi, la Haute Couture en Afrique c’est un rêve. Vous ne pouvez pas vous permettre de créer un vêtement pour un client éventuel qui ne pourra peut-être l’acquérir au prix qu’il faudrait. Nous acceptons des commandes mais nous nous adressons à tout le monde. Notre objectif est d’aller vers les gens. L’Afrique doit consommer l’Afrique pour que la mode ne meure pas et qu’elle soit l’industrie de demain.

Afrik.com : Vous avez des boutiques dans plusieurs capitales africaines. Avez-vous l’intention d’en ouvrir en Occident ?
Pathé O. : Pour le moment, les marchés européen et américain ne m’intéressent pas, parce que je ne suis pas capable d’inonder ces marchés. Il faut être capable de produire en qualité, en quantité, tout en respectant les normes. Il faut également être concurrentiel en termes de prix. La main d’œuvre et les matières premières sont très chères en Afrique et l’on n’arrive pas toujours à s’approvisionner dans les quantités souhaitées. Il faut aussi surtout respecter les délais. L’Afrique n’a pas actuellement les structures de production et les ressources qualifiées pour entrer en compétition avec les autres. Même si les choses évoluent dans le bon sens. Pour nous, l’objectif reste le marché africain et ce marché existe bel et bien.


FIMA 2003

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