Société - Afrique de l’Ouest - Sénégal
Menace pédophile
Le Sénégal touché par le tourisme sexuel
Le tourisme sexuel touche de plus en plus de petits Sénégalais. Un fléau pédophile dont sont témoins chaque jour les organisations de défense des droits de l’enfant. De son côté, le ministère du Tourisme estime que ce type d’exploitation n’existe pas dans le pays.

Jeudi 2 octobre 2003, par Habibou Bangré

Le tourisme sexuel en pleine expansion au Sénégal. Les associations de défense des droits de l’enfant constatent chaque jour l’ampleur de ce phénomène pédophile. Elles luttent contre les causes de cette exploitation, dont l’expansion est difficilement quantifiable. Paradoxalement, le ministère du Tourisme estime que le pays est pour l’instant épargné par le fléau. Une situation qui, selon lui, ne devrait pas durer. De quoi justifier les appels à la prudence et à la prévention du ministre du Tourisme Ousmane Masseck Ndiaye lors d’une consultation régionale africaine sur ce problème mondial.

Les terreaux de l’exploitation

Amer constat au lendemain de la fermeture à Dakar de la consultation régionale pour l’Afrique sur la protection des enfants contre l’exploitation sexuelle dans le tourisme. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) annonce que des millions d’enfants dans le monde sont victimes de voyageurs peu scrupuleux. Au Sénégal, les associations luttent à coup de prévention. Objectif : protéger les enfants à risque.

Certains facteurs favorisent le tourisme sexuel. La pauvreté, le manque d’éducation, le développement d’Internet (et donc des réseaux pédophiles) et la baisse des prix du transport aérien participent à son expansion. En matière de tourisme, le Sénégal est d’ailleurs victime de son succès. « Depuis 1999, le pays connaît une croissance touristique très rapide. Notamment dans la région de Dakar, du Cap Skiring (à la frontière bissau-guinéenne, ndlr), à Saint Louis ou encore sur la Petite Côte située dans la région de Thiès. Toutes ces zones sont donc potentiellement à risque », explique Roberto Benes, l’administrateur de la protection à l’Unicef Sénégal.

Attouchements en pleine rue

Plus qu’un risque : une réalité. Le plus souvent souterraine. Certains touristes viennent de l’étranger régulièrement pour piéger de jeunes Sénégalais désœuvrés. Dans d’autres cas, les intermédiaires rôdent devant les hôtels et les lieux touristiques. Puis ils proposent les services sexuels de petites filles à des clients potentiels. Une pratique dont Bemba Thiam, Secrétaire général de Solidarité sans frontières, a déjà été le témoin indirect. Il y a près de trois ans, il avait reçu des partenaires allemands à Saint Louis et les avaient fait héberger dans une auberge. « Un soir, l’un d’entre eux est venu me trouver. Il m’a raconté qu’un homme lui avait proposé de venir voir le sexe d’une petite fille, de s’y frotter ou d’avoir des relations intimes avec elle », se souvient-il.

Certains estiment que de telles activités ne sont pas réalisables sans l’accord tacite des gérants des établissements accueillants les touristes. Peut-être est-ce là le moyen de ne pas incommoder les clients. Difficile à prouver tant les intermédiaires et les rabatteurs sont nombreux et cachent l’identité des chefs de réseaux. Mais il n’est pas rare que les voyageurs fassent eux-mêmes leur marché. « On voit souvent de pauvres garçons graviter autour des touristes dans l’espoir d’avoir de l’argent. Ils représentent des proies faciles pour les pédophiles qui élaborent toute une stratégie pour les attirer. Ils leur donnent tout ce dont ils ont envie pour obtenir des faveurs sexuelles. Certains touristes ont même des contacts physiques avec des enfants dans la rue », commente Bemba Thiam.

Quel tourisme sexuel ?

En pleine rue. Parfaitement visible, donc. Pas pour tous apparemment. « Le tourisme sexuel n’existe pas au Sénégal, ni en Afrique. Il ne faut pas confondre ce phénomène avec la prostitution », affirme Ibrahima Sady, l’attaché de presse du ministre du Tourisme. « Mais le risque d’expansion du phénomène est réel : avec la mondialisation, ce qui touche un pays en touche un autre » reconnaît Ibrahima Sady. Le mot d’ordre serait donc : mieux vaut prévenir que guérir.

Une prévention dont les effets risquent d’être aussi efficaces qu’un coup d’épée dans l’eau. On ne parle pas clairement de ce qu’est le tourisme sexuel, explique-t-on dans les murs du ministère. Une attitude très ambiguë et rendue encore plus floue par l’adoption d’une Charte du tourisme et la création prochaine d’une police touristique « pour veiller à la sécurité des touristes et observer ce qu’ils font ». Les pédophiles encourent jusqu’à dix ans de prison, qu’ils soient étrangers ou nationaux. Avec une peine minimale de trois ans si le mineur a moins de treize ans. Mais pendant que le ministère ferme les yeux sur la réalité du problème, les touristes peu scrupuleux et les rabatteurs ont le champ libre.

Lire aussi :
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