26 novembre 2014 / Mis à jour à 23:16 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
France - Pan Afrique - Défense
La sécurité made in France
Secopex, société militaire privée. Nouveau venu dans le secteur des Sociétés militaires privées (SMP), la Secopex a moins de trois mois d’existence. La jeune société française souhaite contrer l’offensive anglo-saxonne en Afrique et travailler dans la transparence. David Hornus, directeur commercial, revient sur la genèse, les fonctions et la déontologie des SMP, que d’aucuns seraient tentés d’assimiler à de simples mercenaires.

Les Sociétés militaires privées (SMP) ne sont pas des repères de mercenaires. David Hornus, le directeur commercial de la toute jeune Secopex, se montre catégorique. Qui sont ces SMP ? Quelles sont leurs fonctions ? S’agit-il d’entreprises indépendantes ? Existe-t-il une véritable déontologie dans la profession ? La Secopex joue la carte de la transparence et affiche ouvertement sa volonté de contrer l’hégémonie grandissante des anglo-saxons, notamment en Afrique.

Afrik : Qu’est ce qui vous différencie des mercenaires ?
David Hornus : Nous ne sommes pas des mercenaires car nous ne proposons pas d’activités combattantes. Nos personnels sont là pour faire du conseil, au profit d’entités gouvernementales, d’institutions et d’entités privées mais en aucun cas, pour des questions déontologiques, sur un conflit ouvert au profit d’un camp ou d’un autre aux côtés de tel ou tel belligérant. On interviendra uniquement en amont et éventuellement en aval d’une crise.

Afrik : Qu’est qu’une société militaire privée ?
David Hornus : Les SMP s’appelaient avant sociétés de sécurité privées. Le format des armées (en Occident) ayant été réduit, entre autre depuis la fin de la Guerre froide, les armées des Etats ne sont plus en mesure d’assurer les prestations de coopération ou d’assistance qu’elles faisaient avec un certain nombre de pays alliés ou partenaires. On note l’apparition d’un nouveau phénomène : l’externalisation ou la privatisation des fonctions de défense. Les Américains ont été les premiers à faire ça avec la première Guerre du Golfe où, pour focaliser leurs troupes sur l’aspect opérationnel de l’intervention, ils ont sous-traité à des sociétés privées : la blanchisserie, la nourriture et le gardiennage de leurs camps. Ce qui permet aux armées de mobiliser moins de monde.

Afrik : La France externalise-t-elle déjà quelques unes de ses fonctions militaires ?
David Hornus : De par la professionnalisation de son armée, la France n’a plus d’armée d’appelés. Du coup, les missions qu’elle remplissait avant en Afrique lui mobilisent plus de monde. Et peut être qu’elle va, elle aussi, devoir un jour réfléchir à la privatisation d’un certain nombre de fonctions, comme le gardiennage de ses camps ou de ses bases.

Afrik : Existe-t-il un cadre législatif particulier pour les SMP ?
David Hornus : Il existe un cadre législatif national et international que nous respectons dans son intégralité. En France, un sénateur et un député ont rapporté un projet de loi sur la répression des activités de mercenariat au mois de mars qui a été ratifié par l’Assemblée nationale. Il existe donc aujourd’hui une loi à laquelle nous souscrivons entièrement.

Afrik : Est-ce qu’il existe une véritable déontologie dans votre secteur d’activité ?
David Hornus : A priori, les SMP françaises respectent un cadre déontologique. Sinon, les médias français se seraient depuis longtemps emparés du sujet et leur auraient tiré dessus. Chez les anglo-saxons en revanche, il y a des exemples de sociétés qui n’ont pas hésité, sous couvert de conseils militaires privés, à faire de l’intervention aux côtés de troupes soit rebelles soit gouvernementales. A les encadrer, voir à faire le coup de feu.

Afrik : Quels types de personnels avez-vous ?
David Hornus : Nous avons actuellement un vivier de 200 personnes qui sont issus pour la majeur partie des unités d’élite l’armée (gendarmerie, marine ou armée de terre). Nous avons également des personnes de la police et quelques civils. L’objectif est de vendre des prestations de sécurité globale qui vont de la sécurité la plus classique sur des zones sensibles (accompagnement de personnels, encadrement, sécurisation, audits de sécurité) à des prestations au profit de gouvernements ou de forces armées. Des formations de conseil sur des thèmes précis : la protection rapproché, le déminage, le maintien de l’ordre…). Entre trois et six hommes sont nécessaires pour assurer chaque mission, guère plus.

Afrik : La majeure partie des personnels de la Secopex sont issus de l’armée française. Dans quelle mesure peut-on parler d’indépendance de la société par rapport à l’Etat français ?
David Hornus : Les gens pourront toujours se poser des tas de question sur la Secopex. Comme sur l’indépendance de certaines sociétés françaises ou anglo-saxonnes. La société américaine MPRI (Military professionnel ressource incorporation) se targue d’avoir plus de généraux au mètre carré qu’au Pentagone. Il y a 150 généraux salariés chez MPRI. La société est notamment financée par des budgets du Pentagone. Budget qui lui permet de financer des SMP, qui sont le bras armé de la politique de défense ou de la politique étrangère américaine [**] , sans que le Congrès n’ai de droit de regard ou de droit de veto, puisque ce ne sont pas des militaires du pays qui partent. Oui, il peut y avoir des confusions et des amalgames sur la question de l’indépendance. Pour notre part, nous n’avons de liens avec aucun service, ni avec aucun parti politique. La société a été montée par deux adjudants-chefs et moi même, spécialiste en intelligence militaire (David Hornus n’est pourtant pas un militaire de carrière, ndlr).

Afrik : N’y a-t-il pas tout de même une dimension patriotique dans votre démarche ?
David Hornus : Nous aimerions travaillez dans un premier temps si possible au profit des intérêts de notre pays et tenter de porter un coût d’arrêt à l’offensive anglo-saxonne par le biais des SMP sur un certain nombre de pays africains et de proposer des prestations globales au-delà de ce que proposent les sociétés de sécurité privée traditionnelles françaises (Géos, Sécurité sans frontière ou PHL Consultant).

Afrik : Qu’entendez-vous par contrer l’offensive anglo-saxonne ?
David Hornus : On note, depuis un certain nombre d’années, que les zones traditionnelles de partenariat économique et culturel en Afrique francophone et en Afrique en général de la France sont en train de se réduire comme une peau de chagrin. Il y a une forte offensive de la part des intérêts économiques et politiques des intérêts anglo-saxons -notamment américains - sur des pays où ils n’étaient pas. Comme le Sénégal ou l’Algérie. A Secopex nous trouvons dommage que les liens entre la France et l’Afrique périclitent aussi vite que ça. On a donc essayé de créer une société pour répondre à un certain nombre de besoins. Tant pour les sociétés françaises travaillant en Afrique que pour des gouvernements africains qui auraient peut être plus envie de se tourner vers une société française avec d’anciens militaires ayant une culture et une connaissance de l’Afrique.

Afrik : La Secopex a-t-elle déjà des contrats ?
David Hornus : La société est jeune. Elle a deux mois et demi d’existence. Nous avons commencé la prospection il y a un mois et demi. Nous avons contacté l’ensemble des grands groupes français, comme Total, Bouygues, Gaz de France, EDF. Nous sommes en train de nous positionner sur un certain nombre d’appels d’offres, notamment sur le Maghreb et l’Afrique noire. Beaucoup sur des projets pétroliers ou gaziers.

Afrik : Ne risque-t-il pas d’y avoir des risques de conflits d’intérêts entre la France et la Secopex ?
David Hornus : Si jamais il y a un conflit d’intérêt, les services français nous feraient rapidement savoir, d’une manière ou d’une autre, qu’on les gêne. D’une manière générale, et c’est aussi un peu notre déontologie, nous ne travaillerons pas contre des intérêts français. Si l’on voit qu’il y a conflit d’intérêt, par honnêteté vis-à-vis de notre mandataire et de notre pays, nous suspendrons sans doute la mission le temps que les choses se rétablissent. C’est une chose qu’on espère respecter.

Pour en savoir plus :
- Le remarquable (et inquiétant) article cadre de La Libre Belgique sur les dessous des SMP américaines
- Consultez aussi le site InfoGuerre.com


[**] Selon le journal La Libre Belgique, le Pentagone aurait versé cette année au moins 30 milliards de dollars ou 8% de son budget total aux SMP.


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