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Société - Afrique Australe et Océan Indien - Afrique du sud

L’Apartheid disculpé
Le Docteur la Mort disculpé

La Cour d’appel de Bloemfontein a rejeté mardi la révision du procès d’un des plus grands criminels sud-africains sous le régime d’Apartheid : le Docteur Wouter Basson, dit " Docteur la Mort ". Le responsable du programme militaire secret d’armes chimiques et biologiques, Project Coast, avait été acquitté le 12 avril 2002 des charges qui pesaient contre lui, à l’issu d’un procès controversé.



dimanche 8 juin 2003, par Saïd Aït-Hatrit


Le Docteur Wouter Basson, dit " Docteur la Mort ", ne sera pas rejugé. Le 11 avril 2002, le chercheur avait été acquitté des charges de fraudes au fisc, production massive de drogue et de meurtres (46 selon Amnesty International) qui pesaient contre lui, à l’issu d’un procès très controversé. " Un jour sombre pour l’Afrique du sud ", avait commenté Monseigneur Desmond Tutu, président de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR). Mardi, la Cour d’appel de Bloemfontein a jugé que le ministère public n’est pas parvenu à prouver la partialité du juge qui a acquitté Basson.

Ce dernier était sous l’Apartheid le responsable du programme militaire secret d’armes chimiques et biologiques appelé Project Coast. Un programme qui visait, entre autre, à créer " une molécule mortelle, sensible à la mélanine qui pigmente la peau des Noirs. Autrement dit, une arme d’extermination éthniquement sélective ", explique Tristan Mendès-France, journaliste auteur de Dr la Mort : Enquête sur un bioterrorisme d’Etat en Afrique du sud.

Toupet

12 ans après l’abolition de l’Apartheid, ce dénouement prouve que la justice n’est pas prête d’être rendue sur les exactions commises durant cette période de l’histoire sud-africaine. Aujourd’hui, ultime humiliation pour ses victimes, Wouter Basson demande même à être rétabli dans ses fonctions au sein de la Force nationale de défense sud-africaine (SANDF), dont il a été évincé en 1992. La boucle est bouclée. L’Apartheid est disculpé, peuvent penser les nostalgiques de la doctrine politique.

Durant les trente mois du procès Basson, l’accusation a présenté d’innombrables preuves, constituées de déclarations de plus de 200 témoins et de milliers de pages de documents. Côté défense, un seul témoin : Wouter Basson. Le juge Willie Hartzenberg, qui fit part à de nombreuses reprises de son ennui devant certaines preuves apportées par l’accusation, accordera finalement crédit à la version de l’accusé. La cour conclu notamment que " le ministère public n’avait pas prouvé de manière irréfutable que le Dr Basson avait participé à un complot en vue de fournir des produits dangereux à des agents de l’armée ", explique l’ONG Amnesty International.

Amnistie pour les meurtres

Pour ce qui est des accusations de meurtres, le juge Hartzenberg, nommé sous l’Apartheid, conservateur et controversé, s’était déjà employé à réduire leur nombre. Une de ses premières décisions fut de considérer que le Docteur Basson n’avait pas à répondre des accusations de crimes présumés commis en Namibie, en raison d’une amnistie, concernant les forces de sécurité, proclamée en 1990, à la veille de l’indépendance de ce pays. Le ministère public a bien introduit une requête en vue d’obtenir la récusation du juge pour partialité, mais ce dernier a pris soin de la rejeter.

Les procès qui ont aboutit, par le passé, sont rares, expliquent Amnesty International et Human Rights Watch (Vérité et justice : un processus inachevé, février 2003). Parmi ceux-ci, ont peu citer le procès Eugène de Kock, ancien chef de l’unité secrète de la police basée à Vlakplass, reconnu coupable en août 1996 de six meurtres et de 83 autres crimes. Afin de bénéficier de circonstances atténuantes, l’ancien responsable n’avait pas hésité à faire part à la justice de ses secrets, poussant d’autres policiers à parler et solliciter l’amnistie auprès de la CVR.

" Impunité totale "

Mais ce cas est une exception. En octobre 1996, le procès de l’ancien ministre de la Défense Magnus Malan, de l’ancien chef des services de renseignements militaires et de leurs 18 comparses, pour le massacre en 1987 de 14 membres de la famille d’un dirigeant de l’ANC (African national congress), a débouché sur l’acquittement ou une dispense de peine pour tous les accusés. " L’échec de ce procès, selon Amnesty International et Human Rights Watch, a été l’une des principales raisons pour lesquelles peu d’anciens membres de l’armée ont collaboré avec la CVR. Ces échecs, poursuivent les deux ONG, ont " permis à certaines branches des anciens services de sécurité de bénéficier d’une impunité quasiment totale, pour des violations graves des droits humains ".



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