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France - Mali - Diplomatie - Politique
Azawad : l’indépendance pour le MNLA, l’autonomie pour la France
Les Touareg maliens pourraient obtenir de la France ce qu’ils réclament depuis les indépendances. Les Azawadis ont proclamé leur indépendance dans la nuit de jeudi à vendredi par la voix du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), la rébellion du Nord-Mali. Leur démarche s’appuie notamment sur les revendications autonomistes exprimées au moment de l’indépendance des colonies françaises. Sourde aux doléances touareg de l’époque, la France semble favorable aujourd’hui à « une forme d’autonomie » de l’Azawad.

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), la rébellion touareg qui s’est emparée du Nord-Mali, a proclamé dans la nuit de jeudi à vendredi son indépendance. « Nous, le peuple de l’Azawad, proclamons irrévocablement l’Etat indépendant de l’Azawad à compter de ce jour vendredi 6 avril 2012 », indique un communiqué publié ce vendredi. Dans ce document, le MNLA rappelle que les Azawadis ont toujours souhaité être autonomes par rapport à l’Etat malien. Leur communiqué insiste sur « la volonté explicitement exprimée dans la lettre datée du 30 mai 1958 adressée au président français (le général de Gaulle) par les notables, guides spirituels de toutes les composantes de l’Azawad » et souligne qu’« à l’occasion de l’octroi de l’Indépendance aux peuples Ouest-Africains, la France a rattaché sans son consentement l’Azawad à l’Etat malien qu’elle vient de créer ».

En proclamant leur indépendance, les Touareg du Nord-Mali ont, semble-t-il, réalisé un vieux rêve dont les origines remontent aux années 60. Le 10 janvier 1957, la France adopte une loi portant création d’une Organisation commune des régions sahariennes (OCRS), rapporte l’historien Patrice Gourdin dans un article publié sur le site Tamoudre. « Cette instance, destinée à définir et conduire une politique commune à l’ensemble du "Sahara français", devait englober les départements sahariens d’Algérie (des Oasis et de Saoura, créés en août 1957), les régions saharo-sahéliennes du Soudan (devenu le Mali, en 1960), du Niger et du Tchad. Dès février 1959, le champ fut restreint aux seuls départements algériens car le statut d’autonomie des territoires d’Afrique subsaharienne adopté en 1956 interdisait d’interférer dans l’administration de leur bande saharo-sahélienne ». Par ailleurs, il n’est pas question pour le Front de libération national (FLN) que le nouvel Etat soit amputé de la frange saharienne de son territoire. Le général de Gaulle s’aligne sur la position du mouvement indépendantiste lors d’une conférence de presse le 5 septembre 1961. Ses déclarations constituent une fin de non-recevoir pour les Touareg qui avaient réclamé, un an plus tôt, après avoir tenté de rallier le FLN à leur cause, « un statut politique au sein de l’OCRS ». « Puisque vous quittez le pays touareg, rendez-nous notre bien tel que vous nous l’avez arraché [...] Nous ne voulons pas que les Noirs ni les Arabes nous dirigent […] Puisque l’indépendance s’annonce et que vous la donnez, alors nous les Touaregs nous voulons nous diriger nous-mêmes et rassembler notre société tout entière là où elle se trouve, dans notre pays. Nous voulons que notre pays soit un seul pays », écrivent les Touareg au général Charles de Gaulle. Cette lettre réitère des doléances déjà exprimées dans la lettre du 30 mai 1958, auxquelles s’ajoute, cette fois-ci, une demande d’autonomie.

un Etat « autonome » de l’Azawad

« Ce n’est pas acceptable pour nous qui sommes très attachés à l’intégrité territoriale du Mali », a déclaré ce mardi Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, au sujet de l’indépendance de l’Azawad. Mais la France n’a pas fermé la porte aux revendications des Touareg, comme elle l’avait fait au moment des indépendances. « Cette revendication pourrait conduire, dans le cadre d’un dialogue national, à une forme d’autonomie assortie d’une politique ambitieuse de développement, a ajouté le responsable français. Le Nord n’a pas assez bénéficié pour l’instant d’efforts de développement aussi importants que le Sud du pays ». Cette « autonomie » semble avoir été également envisagée dans les rangs du MNLA. S’exprimant sur les ondes de RFI à propos des revendications indépendantistes des Touareg, Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, député de Bourem et proche du MNLA, avait estimé qu’il fallait « plutôt aller vers une indépendance (...) interne, sur le plan culturel, sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan politique et sur le plan sécuritaire ».

Paris a réagi ce vendredi à la déclaration d’indépendance de l’Azawad. Elle la considère « nulle et non avenue », selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero, cité par l’AFP. « La France défend l’unité et l’intégrité territoriale du Mali », a-t-il poursuivi. « Une déclaration d’indépendance unilatérale qui ne serait pas reconnue par les Etats africains n’aurait pas de sens », avait déclaré plus tôt le ministre français de la Défense, Gérard Longuet.

Le nouvel Etat de l’Azawad, quant à lui, met en avant son « adhésion totale à la charte des Nations unies » et s’engage « à créer les conditions de paix durable ». Cette proclamation intervient au moment où la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) envisage de déployer une force de 2 à 3 000 hommes dans le Nord-Mali. Alain Juppé a déclaré que la France serait « prête à assurer la logistique de la force de la Cédéao ». Pour le MNLA, toute intervention militaire de l’organisation sous-régionale serait considérée comme une « agression raciale » contre les berbères touareg, selon le porte-parole du mouvement, Moussa Ag Assarid. « C’est là que l’on arriverait à un embrasement de la sous-région », a-t-il ajouté ce jeudi dans les colonnes de France-Soir.

Le comité exécutif du MNLA devrait administrer le nouvel Etat « jusqu’à la mise en place de l’Autorité du Territoire de l’Azawad ».



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