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La Russie du football face au phénomène du racisme
A la suite d’un nouvel acte raciste, en l’occurrence le jet d’une banane sur Christopher Samba (Anzhi Makhachkala), la Ligue de football russe a donné l’ordre de mener une enquête sur cet événement et d’étudier les vidéos tournées dans le stade. L’instance du football russe a donc décidé de passer à l’action pour tenter de résorber le problème du racisme dans le championnat. Une initiative qui vise surtout à préparer le terrain pour la Coupe du monde 2018, qui se déroulera de l’autre côté de l’Oural.

La scène n’est pas passée inapercue et a largement été reprise par les médias. A sa sortie du terrain après le match contre le Lokomotiv Moscou (1-0), Christopher Samba, arrivé dans le championnat russe cet hiver en provenance de Blackburn, reçoit une banane lancée depuis les tribunes. Un geste loin d’être anodin et qui vient s’ajouter à une interminable liste d’actes à caractère raciste visant les joueurs de couleur. Déjà par le passé, ses coéquipiers Samuel Eto’o et Roberto Carlos, avaient respectivement été victimes de cris de singe et de jets de bananes. Des attitudes qui font tâche dans un pays qui accueille de plus en plus de joueurs de couleur et qui sera l’hôte du Mondial en 2018.

Le quotidien de beaucoup de joueurs de couleur

Car c’est bien là le paradoxe. Si la Russie est malheureusement réputée pour le racisme qui gangrène son championnat, les clubs locaux n’ont cessé de faire venir des footballeurs de couleur ces dernières saisons. Et les joueurs en question ne se sont pas fait prier pour rejoindre l’Est et signer des contrats en or pour faire gonfler leurs émoluments de façon considérable. Dans un entretien accordé à CNN au moment de son arrivée à l’Anzhi Makhachkala, Samuel Eto’o avait plus que conforté cette thèse : "Je me moque de ce que les gens pensent. Tout le monde veut travailler et être payé à sa juste valeur. Dans mon cas, Anzhi a fait une offre à la hauteur de mon talent et me paye par rapport à ce que mon talent vaut selon eux." Mais si l’international camerounais bénéficie de conditions de vie hors norme et d’une protection rapprochée assez impressionnante, la situation est loin d’être évidente pour de nombreux autres joueurs.

Chidi Odiah (Nigeria), Seydou Doumbia (Côte d’Ivoire), Anis Boussaïd (Tunisie) ou encore Mbarak Boussoufa (Maroc) ont tous migré vers l’ex-URSS et essuient fréquemment des actes à caractère raciste. Après deux saisons passées en Premier Liga, le Camerounais André Bikey avait expliqué, au moment de son départ, le choc qu’il avait subi : "La mentalité est différente là-bas. C’est très dur d’y vivre en tant que noir. J’ai un pistolet pour me protéger. On peut être blessé. J’ai failli être gravement blessé une fois quand trois personnes m’ont suivi. Mais j’ai couru et je me suis réfugié dans un taxi. Des amis à moi ont été attaqué dans la rue. C’est un endroit effrayant." A côté de ce témoignage, le jet de banane sur l’international congolais Christopher Samba passe presque pour une stupide blague. Sauf que les autorités du football russe ont décidé de lancer la riposte.

Le Mondial 2018 en ligne de mire

Pays hôte de la Coupe du monde en 2018, la Russie veut en finir avec cette sale réputation qui lui colle à la peau. Et c’est la raison pour laquelle une enquête a été ouverte pour que l’auteur du jet de banane soit retrouvé et condamné. Lors de ce Mondial russe, les nations avec des joueurs de couleurs dans leurs effectifs seront légion. Dès lors, le pays se doit de prévenir les dérapages qui pourraient se produire, d’autant plus que la FIFA surveille de près la situation. Interrogé par RFI, Thierry Weil, le directeur du marketing de l’instance mondiale du football avait déclaré : "On veut que ça s’arrête. C’est une éducation en permanence. Même si c’est votre voisin, même si ce n’est pas vous, ça porte préjudice à la perception de votre club, de votre pays. Des mesures ont été prises ici en Russie, ils vont sûrement en prendre plus."

De son côté, le ministre des Sports Vitaly Mutko s’est montré plus mesuré et a souligné que "les actes racistes se produisent dans le monde entier. Cela n’est pas très glorieux. La Russie n’est pas une exception", avant toutefois d’annoncer la couleur pour les années à venir : "Oui, il y a des incidents, bien sûr c’est mal, et la Russie va combattre ces formes de racisme." Le temps presse pour la fédération et la Russie dans son ensemble car accueillir un événement tel qu’une Coupe du Monde ne se prépare pas en quelques mois. D’autant plus que quand la présidente du Lokomotiv Moscou, Olga Smorodskaya, affirme qu’il "n’y a pas eu d’incidents au stade", concernant l’affaire Samba, cela donne une idée du chemin qui reste à parcourir d’ici 2018.


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