13 décembre 2017 / Mis à jour à 02:52 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Maroc - Politique - Femmes - Droits de l’Homme
Maroc : Nabila Mounib dénonce « une démocratie de façade »
La secrétaire générale du Parti socialiste unifié est une pionnière dans la sphère politique marocaine. Nabila Mounib, la nouvelle secrétaire générale du Parti socialiste unifié, connue pour ses "coups de gueule", estime que le nouveau gouvernement marocain n’est qu’une « démocratie de façade ». D’après elle, le pouvoir est toujours entre les mains du roi et des membres du gouvernement de l’ombre.

Fraîchement élue à la tête du Parti socialiste unifié (PSU), Nabila Mounib n’aura pas mis très longtemps à se faire entendre. La première femme leader d’un parti politique au Maroc débute son mandat sur les chapeaux de roues. Un look BCBG, sorti tout droit des salons de la gauche caviar, Nabila Mounib s’est fait remarquée pour son nerf militant et ses prises de position pour plus de démocratie. Selon elle, le gouvernement d’Abdelilah Benkirane du Parti justice et développement (PJD) « essaye de donner une crédibilité à une démocratie de façade ». Cette professeur d’endocrinologie à l’Université Hassan II de Casablanca estime qu’il s’agit d’un « gouvernement menotté depuis le haut, et où il n’y a qu’une seule femme ministre ». En effet, dans ce nouveau gouvernement, qui se voulait être le visage d’un Maroc nouveau, une femme seulement occupe un poste de ministre. « Une régression démocratique », d’après les mouvements féministes marocains.

Le gouvernement de Benkirane est « une démocratie de façade » estime Nabila Mounib. Selon elle, le parti islamiste du PJD « essaye de se donner une crédibilité ». La secrétaire générale du PSU rappelle que les décisions importantes se prennent « dans un autre lieu », faisant référence au gouvernement de l’ombre : le Makhzen. Elle a fait partie de ceux qui ont appelé au boycott des élections du 25 novembre. Ces élections n’ont pas été suffisamment « libres et transparentes », avait-elle alors indiqué à la presse locale. Et même si elle reconnaît que la nouvelle Constitution marocaine est une avancée, elle considère qu’ elle n’a pas donné lieu à une monarchie parlementaire comme n’ont cessé de le réclamer les militants du Mouvement du 20 février et les associations de défense des droits de l’Homme.

Nabila Mounib, une victoire pour toutes les Marocaines ?

Nabila Mounib est aussi et surtout une féministe avérée. Elle pense d’ailleurs que les filles étudient mieux que les garçons. Elle a déclaré au quotidien espagnol El Pais que « Les filles sont souvent les meilleures étudiantes, même en sciences. » Une intelligence au féminin peu exploitée par les entreprises regrette-t-elle, car la majorité de ces filles sont poussées vers des postes de femmes au foyer. En cause, une société « trop conservatrice ». Elle juge son arrivée à la tête du PSU comme une « victoire pour toutes les Marocaines », pensant faire évoluer à grands coups de pioche les mentalités.

Cette philosophie est loin d’être partagée par l’ensemble des Marocaines. Certaines affirment que « son arrivée n’est en rien une victoire ». Mieux, « son arrivée ne changera absolument rien pour le quotidien d’une grande majorité de Marocaines », affirment Amel et Leïla, deux étudiantes casablancaises. Elles pensent que « les Marocaines pourront crier victoire le jour où au Parlement les femmes seront aussi nombreuses que les hommes ». Les jeunes femmes appellent aussi à la parité au sein des ministères.

Nabila Mounib a peut-être encore du chemin à parcourir pour représenter l’ensemble des femmes marocaines. Mais son accession au poste de secrétaire générale d’un parti politique marocain est un évènement historique.

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