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France - Justice - Autre Afrik
Harkis Vs Sarkozy
Manifestation mercredi 15 septembre. Depuis 16 mois (oui, vous avez bien lu…), Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, assiègent l’Assemblée nationale, à Paris. Afin d’obliger Nicolas Sarkozy à tenir sa promesse de campagne, et reconnaisse les responsabilités de l’Etat français dans la tragédie de leurs pères. Ils appellent à une grande manifestation de soutien, ce mercredi 15 septembre, pendant la séance des questions au gouvernement.

En cette année 2010, Cinquantenaire des « indépendances » africaines, il est de plus en plus difficile de contester qu’il y a cinquante ans, le mot magique « indépendance » permit de masquer le largage des populations africaines de la France, au nom du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », qui fut en réalité totalement bafoué. Voir en particulier l’Affaire gabonaise (1958), la Loi 60-525 (1960), et les conditions du référendum en Algérie (1962), avec pour résultat 99,72% de OUI pour l’indépendance…

De même, il devient très compliqué de nier que les populations africaines de la France furent mises au ban de la République par Charles de Gaulle, au gré d’étranges critères, raciaux, culturels et religieux. Afin d’éviter la « bougnoulisation » de la France (selon l’expression du Général, en coulisses…), mais aussi pour faire de substantielles économies (« cartiérisme », « complexe hollandais »), et accessoirement organiser le néocolonialisme qui détruit l’Afrique depuis un demi-siècle (voir La Tragédie du Général, de JR Tournoux, Plon, 1967 ; C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte, Fayard, 1994 ; la Françafrique, de FX Verschave, Les Arènes, 1999).

La tragédie des Harkis

Dans ces conditions, il serait bon que l’Etat français reconnaisse ses responsabilités la tragédie qui frappa les Harkis et les Algériens francophiles. Ceux-ci furent interdits de rapatriement en 1962 par Charles de Gaulle. Désarmés, abandonnés, parfois livrés, et finalement voués collectivement au massacre, selon un scénario dès longtemps annoncé. En parfaite connaissance de cause de la part des autorités françaises. Mais c’est qu’il fallait éviter à tout prix la « bougnoulisation » de la France, justement…

Selon les historiens, de juillet à octobre 1962, entre 45.000 et 200.000 Harkis et Algériens francophiles (voire davantage…) furent massacrés ou suppliciés, dans un immense déchaînement de terreur et de barbarie. Objectif : que plus jamais l’Algérie ne soit française, et que chacun en soit désormais bien d’accord… Il faut reconnaître que l’opération a parfaitement fonctionné, en particulier dans les banlieues françaises. Les Harkis y sont d’ailleurs souvent détestés…

Bravant les ordres et les menaces, au péril de leur carrière, certains officiers, conscients du désastre humain qui se préparait, aidèrent leurs hommes à gagner la métropole. Ces rescapés et leurs familles (à peine 15.000 personnes en octobre 1962, à la fin des trois grandes vagues de massacres ; par la suite, 70.000 rescapés reçurent l’autorisation de gagner enfin la France) furent aussitôt enfermés dans des camps dans le Midi, dans un extrême dénuement matériel et moral. Il est bon de réécouter le Bachaga Boualam, ancien vice-président de l’Assemblée nationale.

Gibier électoral

Aujourd’hui, l’inacceptable largage de l’Afrique comme le criminel abandon des Harkis, sont parfaitement connus des hommes politiques français.

A telle enseigne que pendant sa campagne présidentielle, en grand besoin de voix, Nicolas Sarkozy avait promis aux Harkis et à leurs descendants (aujourd’hui 500.000 personnes, donc pas mal d’électeurs potentiels…) : « Si je suis élu président de la République, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis et d’autres milliers de musulmans français, et je le veux afin que l’oubli ne les assassine pas une nouvelle fois ».

Malheureusement, une fois installé à l’Elysée, Nicolas Sarkozy, sixième président de la Ve République blanciste, leader de l’UMP (ex-RPR gaulliste) a subitement perdu la mémoire. Plus de trois ans après son élection, il n’a toujours pas tenu parole…

Deux de Gaulle, deux Pétain

On peut comprendre le silence de Nicolas Sarkozy. Car au petit jeu du fil et de la pelote, la reconnaissance par l’Etat de ses éminentes responsabilités dans la tragédie des Harkis induirait presque nécessairement la mise en examen du Charles de Gaulle de la « décolonisation ». Or devant le tribunal de l’Histoire, il se pourrait bien que ce deuxième de Gaulle soit condamné aussi lourdement que le deuxième Pétain... Car à regarder les choses en face et dans leur pénible entièreté, il apparaît qu’il y eut deux De Gaulle, comme il y eut deux Pétain : d’abord un incontestable héros (France Libre pour de Gaulle, Verdun pour Pétain) puis un personnage terrifiant (le de Gaulle de la « décolonisation », le Pétain de la collaboration). A l’heure où le culte médiatico-politique voué à de Gaulle atteint des sommets, de telles réalités historiographiques incitent l’Elysée, évidemment, à préférer l’abstention…

En attendant, les Harkis de France ont vécu le parjure de Nicolas Sarkozy comme une énième marque de mépris.

Seizième mois de siège

C’est pourquoi, depuis 16 mois, Zohra Benguerrah et Hamid Gouraï, fille et fils de Harkis, assiègent l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une manifestation à durée illimitée. Afin d’obliger le président de la République à honorer sa promesse de campagne.

Au fil des mois, de loin en loin, les soutiens directs ou indirects se sont accumulés. André Genissieux pour le MRAP, Marie-George Buffet pour le PCF, Frédéric Mitterrand Ministre de la Culture, Jean-Marie Le Pen pour le FN, et quelque 70 députés de tous bords… Un attelage hétéroclite et clairsemé, le plus souvent extrêmement discret, qui n’a d’égal que celui des rares médias à avoir couvert l’événement : Rue89, Afrik.com, Camer.be, Radio Courtoisie, Présent, La Dépêche du Midi, et bien plus tard La Provence, France Culture, France Inter… Enfin, subrepticement, Libération et le Point.

Malheureusement, pour en arriver à ce fragile écho médiatique, il a fallu tenir mois après mois, au soleil comme dans l’hiver glacial, dans des conditions matérielles de plus en plus difficiles… Car à mesure que la mayonnaise médiatique et politique commençait de prendre, l’affrontement avec le système sarkozyen est allé crescendo. Jusqu’à la saisie de leur véhicule, qui leur servait de logement, et une mise en garde à vue, menottes aux poignets. Ils ont déposé plainte à chaque fois. En vain.

Pour les soutenir, Hamid et Zohra appellent à une grande manifestation de soutien, le mercredi 15 septembre, jour de débats à l’Assemblée nationale. Afin que Nicolas Sarkozy respecte ses engagements, et reconnaisse enfin les responsabilités de l’Etat français dans la tragédie des Harkis.

Avec à la clef, espérons-le, une véritable Révolution pour la France, qui en aurait tellement besoin…

Manifestation de soutien aux Harkis du Palais Bourbon, mercredi 15 septembre 2010, de 10h à 19h, Place Edouard Herriot, Paris. Métro Assemblée Nationale.



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