21 janvier 2018 / Mis à jour à 21:30 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux

Les Comores - Conflit - Politique
Comores : la fronde des Mohéliens
Interview d’El Amine Ali Mbaraka, président de la Coordination des jeunes patriotes mohéliens. Fomboni est une « ville morte ». Dans le chef-lieu de l’île de Mohéli, dans les Comores, les magasins sont fermés, les marchés désertés, et ce jusqu’à nouvel ordre. Depuis trois jours, environ cinq cent jeunes manifestants de tous les quartiers de l’île participent à un mouvement de contestation. Ils sont issus de la Coordination des jeunes patriotes mohéliens qui souhaite que leur île prenne la tête de l’Union des Comores. Afrik.com revient avec leur leader, El Amine Ali Mbaraka, sur les événements.

Président de la Coordination des jeunes patriotes mohéliens depuis trois mois et maire de Fomboni depuis mars, El Amine Ali Mbaraka a lancé un appel à la manifestation, à la suite des récentes déclarations du président de l’Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi, qui a prolongé son mandat et annoncé la nomination d’un nouveau gouvernement. Cet homme de 38 ans n’en est pas à son coup d’essai. Il raconte qu’il a toujours « œuvré pour que l’on reconnaisse les droits de Mohéli ». « C’est une question de dignité, en vertu de la présidence tournante, notre île doit gouverner », explique-t-il. Jeudi, les négociations entre les représentants des trois îles (Anjouan, Mohéli, Gande Comore) et la présidence sur la mise en place d’un calendrier électoral se sont soldées par un échec. Un nouveau coup dur selon El Amine Ali Mbaraka : « Les présidentielles devaient être organisées en novembre mais Sambi a refusé. Il souhaite que cela se fasse en 2011. Il ne veut pas quitter le pouvoir », fustige-t-il. Interview d’un Mohélien en colère.

Afrik.com : Comment expliquez-vous l’échec des négociations entre la présidence et les gouverneurs des trois îles ?
El Amine Ali Mbaraka :
Les délégations des îles s’étaient mis d’accord sur le mois de novembre pour la tenue des élections en novembre 2010, mais Sambi a décidé qu’il voulait les fixer pour 2011, voire 2012. Il ne veut pas lâcher sa place. Le dialogue est donc rompu.

Afrik.com : Depuis trois jours, des jeunes manifestants issus de la coordination des jeunes patriotes mohéliens dont vous êtes le président protestent dans les rues de Fombona. Que réclament-ils ?
El Amine Ali Mbaraka :
Nous réclamons la présidence tournante comme le stipule la Constitution de 2001. On en a marre du comportement du président Sambi qui s’accroche au pouvoir, de la nomination de son nouveau gouvernement alors que des négociations étaient en cours entre la présidence et les représentants des autres îles (Grande Comore, Mohéli et Anjouan). C’est un comportement qui n’est pas acceptable. Il nargue tout le monde. Manifester, c’est une question de dignité. Toute la population mohélienne est d’ailleurs derrière nous. Même la Grande Comore nous soutient, et des manifestations se déroulent actuellement sur cette île. Depuis trop longtemps, on nous minimise parce-que notre île est trop petite et parce-que nous sommes peu nombreux. Notre minorité ne prouve pas notre incapacité à gouverner. On a déjà instauré trois embargos. Le premier en 1991, le deuxième en 1997 et le troisième en 2010. En 1991, pour demander l’égalité des trois îles, en 1997, pour exiger que Sambi ne cumule pas la présidence de l’Assemblée et celle de l’Union des Comores, et enfin en 2010, pour que soit appliquée la présidence tournante des îles.

Afrik.com : Pensez-vous à un embargo économique ?
El Amine Ali Mbaraka :
On n’est pas encore passé à cette phase, qui est la plus élevée, mais on va y réfléchir. C’est possible que l’on bloque le transport maritime entre les deux îles. Cela pourrait être un coup dur pour les autres îles car Mohéli est le grenier des Comores.

Afrik.com : Certains observateurs avancent que le président Sambi ne peut pas quitter le pouvoir en raison des accords économiques qu’il a passé avec des pays arabes. Qu’en pensez-vous ?
El Amine Ali Mbaraka :
Sambi a passé des accords avec des voyous, il est piégé et il se sent en danger. Il a permis à des investisseurs arabes d’exploiter les richesses des Comores, et maintenant il est pieds et poings liés. S’il s’en va, il devra leur rendre des comptes. Il a vendu la nationalité comorienne à des personnes, sans se soucier de ce qu’ils allaient faire aux Comores. Il doit en payer les frais.

Afrik.com : Qui sont les jeunes qui manifestent sur l’île de Mohéli ?
El Amine Ali Mbakara :
Ce sont des jeunes issus de la Coordination des jeunes patriotes mohéliens, ils viennent de tous les quartiers de l’île. Certains sont affiliés à des partis politiques. Les jeunes Mohéliens ont appris très tôt à avoir une conscience politique. Et pour cause, Mohéli a toujours été minimisée, et ce depuis la fin de la colonisation. Même si nous avons le même sang, la même culture et la même langue, chacune des îles des Comores défend ses intérêts, c’est pour cela que Mohéli est toujours rabaissée. Ils ne veulent pas que l’on dirige le pays, parce-que l’on est en minorité.

Afrik.com : Des drapeaux français ont été hissés à Fomboni. Qu’est-ce que cela signifie ?
El Amine Ali Mbaraka :
Nous voulons interpeller la communauté internationale qui était présente lors de la révision de la Constitution en 2001 pour faire valoir la présidence tournante des îles. On a choisi de hisser les drapeaux français parce qu’on souhaite que ce pays, ancienne puissance colonisatrice, intervienne en faveur de Mohéli.

Afrik.com : Si la situation ne se débloque pas, que comptez-vous faire ?
El Amine Ali Mbaraka :
Nous allons exercer une désobéissance physique sans précédent puisque Sambi n’est pas légitime.

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dossier
L’annonce de la prolongation du mandat du président Ahmed Abdallah Sambi, en mars 2010, a plongé les Comores dans une crise politique. La tension est palpable sur l’île de Mohéli qui réclame la place qui lui revient en vertu du principe de « présidence tournante ». Les racines de la crise politique sont profondes.


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