|
Culture
- Pan Afrique
- Art
Premiers pas imaginaires
"A l’occasion de la parution prochaine du hors série de la revue Cassandre/Horschamp Un rêve d’Afrique découvrez en exclusivité sur Afrik.com des extraits de l’ouvrage conçu et rédigé par Nicolas Roméas, journaliste et directeur de la revue." "Cette semaine, introduction à l’ouvrage par Nicolas Roméas : Premiers pas imaginaires"
|
|
 jeudi 5 novembre 2009 / par Rêve d'Afrique chez Cassandre/Horschamp, pour l'autre afrik
C’est L’Afrique fantôme, mon entrée secrète dans ce monde. Et les
autres textes de Leiris liés à l’expédition Dakar-Djibouti de 1931, en
particulier celui où il nous fait vivre sa rencontre, en Éthiopie [1] avec les rituels zars, consacrés aux « génies » qui possèdent les êtres et les font sans cesse passer d’un rôle, d’un personnage l’autre. L’un des nombreux avatars de ce qu’on appelle vaudou.
Plongée en apnée dans les soubassements de l’imaginaire humain.
Fragile et puissante confirmation d’un faisceau indéterminé de ressentis
et de mémoire, personnelle autant que collective. « S’il est une
chose, écrit Leiris, qu’un homme possède quelque titre à connaître et
puisse prétendre formuler, c’est lui-même, donc les ombres du monde, de
ses êtres et de ses choses, telles qu’elles se projettent sur son esprit. »
La prise de conscience d’un noyau enfoui – j’écris cela sans céder à un
essentialisme facile –, d’une matrice de l’être social qui nous relie aux
techniques d’existence que l’Homme ne cesse de véhiculer et d’inventer
dans son parcours à travers siècles et continents. Puis ce fut la rencontre
avec quelques-uns de ces êtres qui luttent courageusement – en
particulier par le moyen de l’art – pour la défense de valeurs primordiales.
Et l’éblouissement d’expériences qu’aucune langue ne peut
vraiment décrire, sinon celle du poète.
De cette lecture et de moments vécus, de cet ensemble de désirs, de
sensations et de pensées, je voudrais, en considérant l’Afrique noire
comme un allié précieux, dégager quelques pistes pour surmonter les
obstacles qu’affrontent les Européens d’aujourd’hui que nous sommes,
dans le rapport à ce que nous appelons art. Loin des sabres et des goupillons, c’est le chemin de l’art qui mène vers l’Afrique.
Le postulat que je veux défendre et illustrer donne à l’artiste un rôle
majeur – qui ne manquera pas d’être contesté. Je le résume ainsi : celui
qui assume en Occident ce rôle d’artiste est l’un des ultimes témoins
d’un mode de relation au monde où les premières valeurs sont la spiritualité, le sens du collectif et l’importance donnée à l’autre.
Un mode de relation symbolique qui signe une conception de l’humain radicalement opposée à cette obsession du chiffre dont l’Occident moderne inonde aujourd’hui la planète. Et qui reste proche de
cette modalité d’échange que Marcel Mauss – dont les recherches
influèrent sur la création en France des grands systèmes de mutualisation
– nomme don et contre-don [2].
Un mode d’échange qui échappe à l’ordre de l’économique.
Et le dépasse.
Celui que nous qualifions de « primitif » est un poète du quotidien
qui appartient à un univers relié, tandis que le poète d’Occident, isolé
dans un monde hostile, se rêve en « primitif ».
Pour commander Les armes de l’art 1 : Un rêve d’Afrique |
Ce premier ouvrage de la collection est aussi un chemin personnel suivi par Nicolas Roméas sur les traces de Michel Leiris, poète et auteur qui participa avec Marcel Griaule à l’expédition Dakar-Djibouti de 1931, et dont la vie et l’œuvre ont fortement contribué à notre connaissance de nous-même et des autres.
Sur ce chemin, l’auteur a rencontré les travaux du grand africaniste Georges Balandier. L’œuvre majeure de ce chercheur a conforté et nourri une démarche qui s’inscrit dans une volonté de revalorisation des cultures d’Afrique noire par l’approfondissement des connaissances que nous en avons.
Nicolas Roméas a rapporté d’Afrique noire plusieurs témoignages et y a découvert, au Mali, des expériences décisives de rencontre entre l’art et le soin qui sont une confirmation en acte de la quête d’un art de la relation menée depuis 15 ans par Cassandre/Horschamp. Il s’est aussi appuyé sur la remarquable thèse de l’écrivain et homme de théâtre Koulsy Lamko sur le théâtre de participation en Afrique.
Ces chercheurs d’or ont été des compagnons de route précieux dans cette première incursion en ces terres. Avec eux, et également avec l’aide des travaux d’Adame Ba Konaré, ce livre veut porter ce message : nous avons besoin de l’Afrique noire. Nous, Occidentaux modernes qui ne nous résignons pas à subir un monde marchandisé, nous devons non seulement respecter ses valeurs, mais il faut, en ces temps de destruction programmée de l’humain, prendre la pleine mesure de leur force civilisationnelle.
et ouvrage inaugure une nouvelle série consacrée à l’exploration par Cassandre/Horschamp de ce que nous appelons « les armes de l’art ».
Cette revue culturelle qui se consacre à l’art en tant qu’outil de société, c’est-à-dire non seulement d’un point de vue esthétique, mais en prenant en compte ses implications anthropologiques, sociales et politiques — s’attarde sur quelques actions passionnantes menées aujourd’hui dans ce domaine.
Cette série portera, au plan mondial, sur les équipes et les artistes qui considèrent leur art comme un moyen de réfléchir et d’agir sur l’état du monde contemporain.
Dans la période que nous traversons, il est important de faire entendre au plus grand nombre, et en particulier aux responsables politiques, l’importance des outils immatériels que sont la culture et les pratiques de l’art dans le combat aujourd’hui vital pour une réhumanisation de nos sociétés.
[1] La Possession et ses aspects théâtraux chez les Éthiopiens de Gondar, Plon, 1958..
[2] « Essai sur le don », Sociologie et anthropologie, (1923), PUF, 2001.
 Un rêve d’Afrique |
|
|
|
|
|