22 juillet 2014 / Mis à jour à 09:10 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux

Madagascar - Conflit - Politique
Le coup de force d’Andry Rajoelina tourne court
Les forces de l’ordre ont repris le contrôle des ministères occupés par ses partisans. Les partisans d’Andry Rajoelina viennent de perdre une bataille dans la guerre qu’ils livrent depuis le 26 janvier au président malgache, Marc Ravalomanana. Les forces de l’ordre les ont délogés, tôt vendredi, des locaux des ministères investis la veille, où ils ont installé des ministres nommés par le maire déchu d’Antananarivo.

Marc Ravalomanana reprend la main. Sans violence, les forces de sécurité malgaches sont parvenus à reprendre le contrôle, vendredi très tôt le matin, des locaux de quatre ministères investis la veille par les partisans du maire destitué d’Antananarivo, Andry Rajoelina. Selon des témoignages, hormis quelques tirs sporadiques de sommation vers 03h30, la situation restait calme aux alentours des ministères vendredi matin, après l’intervention de l’armée qui a interpelé une cinquantaine de manifestants, selon l’AFP. « Les ministères occupés par l’opposition ont été repris et les barricades érigées tout autour déblayées. Les fonctionnaires peuvent retourner à leurs postes », a ainsi annoncé à la télévision le ministre de la Sécurité intérieure, Désiré Rasolofomanan. Jeudi après-midi, les partisans d’Andry Rajoelina avaient annoncé avoir pris possession de quatre ministères : la Sécurité intérieure, l’Intérieur, l’Education nationale et l’Aménagement du Territoire. L’opération s’est déroulée sans heurts, les forces de sécurité ayant laissé les manifestants, installer les « ministres » de la « Haute autorité de transition » (HAT), le gouvernement parallèle proclamé par le maire déchu de la capitale. Un coup de force qui n’a finalement pas fait long feu.

Andry Rajoelina, le jeune maire d’Antananarivo, accuse Marc Ravalomanana de dérive dictatoriale, de dilapider les deniers publics et d’être responsable de la mort d’au moins 28 personnes tuées par la police lors d’une manifestation le 7 février. Plus de 100 personnes ont trouvé la mort, depuis le 26 janvier, date de début de la crise politique, la plus grave que traverse la présidence de Ravalomanana. Des négociations ouvertes entre l’ancien maire et le président le 11 février sous la pression de la communauté internationale ont tourné court, Rajoelina ayant demandé à son rival d’abandonner le pouvoir. Du moins officiellement. Incrédule, le quotidien électronique malgache La Tribune souligne dans un éditorial paru vendredi que les « négociations sont en cours, mais aucun des camps en présence ne veut l’admettre honnêtement et publiquement ». Une catastrophe pour l’économie du pays, s’inquiète l’auteur de l’édito, rappelant que « pendant ce temps, les artistes continueront de chômer, les activités économiques et financières de tourner au ralenti et les hôtels de se vider… »

« Deux gouvernements qui coexistant pendant plusieurs mois »

Après la tentative de prise de pouvoir avortée, l’avenir de l’île reste plus que jamais incertain. Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), analyse sur les colonnes du Point : « Si la situation s’envenime, avec de nouveaux mouvements de violence, on peut imaginer que l’armée prenne le pouvoir provisoirement, pour remettre de l’ordre, avant de le rendre à des civils. Mais si les choses s’enlisent, on peut très bien avoir deux gouvernements qui coexistent à Madagascar pendant plusieurs mois ». Un scénario ubuesque sur lequel La Tribune ironise : « Les deux "ministres" avec leur SG respectif vont-ils devoir jouer à la Playstation ou aux cartes pour se départager leurs fonctions ? »


dossier
Le président malgache, Marc Ravalomanana, et le jeune maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, ont engagé un bras de fer en janvier 2009. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées au cours des manifestations qui ont émaillé le mouvement de contestation engagé par le maire de la capitale.


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