18 décembre 2014 / Mis à jour à 16:55 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux

Madagascar - Conflit - Diplomatie - Politique
Madagascar : la guerre des chefs tourne au bain de sang
Au moins 28 personnes ont été tuées par la garde présidentielle. Le conflit politique vire au drame à Madagascar. Le ministre de la Défense malgache, Cécile Manorohanta a démissionné, lundi, à la suite des événements tragiques du week-end. Selon la gendarmerie, au moins 28 personnes ont été tuées, samedi, par les militaires, alors qu’ils marchaient, à l’appel du maire d’Antananarivo, sur le palais présidentiel.

Madagascar compte ses morts. Antananarivo est pratiquement déserte. Les commerces sont pour la plupart fermés. C’est une journée de deuil national. Un communiqué, diffusé sur la radio privée Radio Antsive, a annoncé, lundi, la démission de la ministre de la Défense du pays, Cécile Manorohanta : « en cette période de crise politique, je compatis et je soutiens moralement toutes les familles qui ont eu des décès ». Le ton est donné. La ministre a rompu avec le président malgache, Marc Ravalomanana.

Le ministre de la Défense quitte le gouvernement

Samedi, au moins 28 personnes avaient été tuées et 212 blessées, à Antananarivo par la garde présidentielle lors d’une manifestation appelée par le maire de la capitale malgache, Andry Rajoelina. « Selon ce qui avait été convenu au niveau du gouvernement, les forces de l’ordre étaient censées protéger la population et ses biens. Alors après tout ce qui s’est passé, je décide de ne plus faire partie de ce gouvernement à partir de ce moment », conclut Cécile Manorohanta. Cette décision porte un coup au pouvoir. Il discrédite le président et conforte la population dans son choix : renverser le gouvernement en place. Mais, Marc Ravalomanana ne s’avoue pourtant pas vaincu. La démission de la ministre annoncée, le conseil des ministres a désigné un remplaçant : Mamy Ranaivoniarivo, vice-amiral et ancien directeur du cabinet militaire du président.

Fusillade sanglante

La crise ouverte entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina a pris un autre tournant pendant le week-end. Samedi, des partisans d’Andry Rajoelina sont tombés sous les balles de la garde présidentielle. A l’appel du maire d’Antananarivo, le principal opposant au régime, les manifestants ont décidé de marcher sur le palais présidentiel pour renverser le pouvoir. Ils ont franchi « la zone rouge » bordant le bâtiment. Et les militaires, sans aucune somation, ont tiré sur une foule désarmée. « Ils ont commencé à tirer sur les gens qui étaient montés sur des arbres et après ils s’en sont pris à la foule. », indique une source jointe par Afrik.com, témoin de la fusillade. Cet événement tragique s’est passé en l’absence des principaux instigateurs de l’instabilité politique. Les militaires, dont le rôle est de protéger le président, ont ouvert le feu sur la population alors que Marc Ravalomanana n’était même pas dans son palais. Et Andry Rajoelina n’a pas rejoint ses partisans, par crainte sans doute des représailles… Les partisans auraient-il été amenés au « casse-pipe » pour servir les ambitions du maire qui appelé, encore dimanche, à « la lutte contre le pouvoir » ?

Intervention de l’Union africaine

Face à cette conjoncture politique alarmante, l’Union africaine (UA) a décidé de dépêcher un émissaire à Madagascar, a annoncé, lundi, l’UA dans un communiqué. Amara Essy, l’ancien ministre ivoirien des Affaires étrangères, « arrivera incessamment à Madagascar (...) où il s’emploiera à évaluer la situation avec toutes les parties concernées », ajoute le communiqué qui appelle une nouvelle fois les « parties malgaches (...) à la plus grande retenue ».

De son côté, l’émissaire dépêché à Madagascar par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a réclamé lundi « une solution pacifique et démocratique » à la crise lors d’un entretien avec le chef de l’Etat, a indiqué un communiqué de la présidence malgache. Selon des propos attribués par le communiqué à Haïlé Menkerios, M. Ravalomanana a accepté « le rôle du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, en tant que facilitateur » dans la crise.

Au regard des événements, un dialogue entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina est compromis. Les deux hommes restent campés sur leurs positions, quitte à faire « au passage » des centaines de morts…

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dossier
Le président malgache, Marc Ravalomanana, et le jeune maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, ont engagé un bras de fer en janvier 2009. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées au cours des manifestations qui ont émaillé le mouvement de contestation engagé par le maire de la capitale.


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