18 avril 2014 / Mis à jour à 09:56 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Cameroun - Cinéma
Le cinéma camerounais en quête de repères
Analyses et propositions de participants du festival de cinéma « Ecrans noirs ». La 12ème édition du festival du film Ecrans noirs s’est achevée le week-end dernier, à Yaoundé. Véritable lieu de rencontre, de création d’opportunités entre différents acteurs du monde cinématographique venus d’horizons divers, ce rendez-vous culturel suscite l’évocation des problèmes que connaît le cinéma en Afrique centrale et plus précisément au Cameroun.

Notre correspondante à Yaoundé

« Aucun film camerounais n’était à l’affiche lors de la première édition des Ecrans Noirs. Aujourd’hui, il y en a une bonne trentaine de tous les formats », affirme Basseck ba Kobhio, promoteur du festival de cinéma qui s’est tenu à Yaoundé du 31 mai au 7 juin 2008. Cette augmentation est sans doute une volonté pour le comité d’organisation de permettre aux cinéastes camerounais de présenter leurs productions afin de se faire connaître, se remettre en question et de mieux s’outiller pour évoluer.

Si le nombre de productions présentées est pour certains l’illusion d’une bonne marche ou d’une meilleure santé du cinéma camerounais, on peut cependant dire qu’il est en nette évolution. De neuf distributions lors de la 11ème édition des « Ecrans Noirs » en 2007, les productions camerounaises projetées au festival cette année ont presque doublé. Le Cameroun a compté à lui seul dix-sept distributions sur la cinquantaine de films, documentaires et courts métrages présentés en compétition et hors compétition à cette édition du festival. Pourtant, ce cinéma connaît de nombreuses difficultés tant matérielles que financières et humaines.

Les finances, principal handicap des cinéastes camerounais

Le premier problème évoqué par les réalisateurs et comédiens camerounais est celui du manque des moyens financiers. Dans une société en crise comme le Cameroun, les premiers contrecoups s’abattent sur les industries culturelles. Elles sont traitées en parent pauvre car, dit-on, elles ne produisent pas de revenus importants.

Daniel Ndoh, artiste comédien plus connu sous le nom de « Oncle Otsama »,est depuis quelques années réalisateur. Il affirme que la difficulté pour le cinéaste camerounais est de trouver des financements. « Il faut les trouver car elles sont rares et quand on les trouve, elles ne permettent pas de faire un film comme cela se doit », regrette-t-il. Malgré la relative ancienneté du cinéma camerounais en terme de production en Afrique Centrale, les cinéastes affirment à l’unanimité qu’il n’y a pas toujours l’argent nécessaire pour la production. « Les sponsors hésitent à supporter les productions, et l’Etat camerounais n’a pas encore pris conscience que le cinéma peut être un véritable ambassadeur du pays, qu’à travers lui nous pouvons vendre notre pays à l’extérieur », déclare Dominique Bihina, jeune réalisateur. Pour lui, l’Etat camerounais gagnerait à donner plus de chance au cinéma en finançant des productions et en aidant à la création de réseaux de distribution dignes de ce nom.

Les aides sont rares mais lorsqu’elles sont accordées aux cinéastes, ceux-ci ne les mettent pas à profit. Ils ne sont pas souvent tenus par l’obligation de résultat. Une méthode consisterait, par exemple, à exiger de ceux qui perçoivent des subventions qu’ils montrent leurs ré alisations, suggère Dominique Bihina.

Le manque de formation des acteurs et réalisateurs

Les acteurs n’ont généralement aucune formation en relation avec le métier qu’ils embrassent. « Quand vous avez un acteur de théâtre qui se décide à faire du cinéma, il transfert son jeu au niveau de l’image et ça pose un réel problème dans le cadre de l’esthétique du cinéma qui doit être naturelle », explique Daniel Ndoh, avant d’ajouter que « le cinéma et le théâtre sont encore un chemin tellement confus et flou où tout le monde s’engouffre. Et comme personne ne maîtrise rien, chacun se plaît à faire ce qu’il veut. » Au Cameroun, le réalisateur est lui-même scénariste et directeur de production, par contre dans les pays développés, il s’agit bel et bien de deux postes distincts et complémentaires, ce qui favorise une bonne production.

A côté de cela, il faut ajouter le manque de confiance entre les différentes composantes du milieu cinématographique. Tous se regardent en chiens de faïence, et chacun soupçonne l’autre d’actes malveillants. Un autre problème vient s’ajouter aux précédents. C’est celui de la distribution des films. Une fois les films achevés, les moyens de les écouler deviennent difficiles. Ainsi, on trouve des films produits, diffusés dans les salles privées et dans les télévisions nationales et jamais distribués à travers les réseaux réglementés et légaux. Résultat : « vous finissez de faire un film et vous vous retrouvez avec ce film dans les bras ! » se révolte Daniel Ndoh.

Les solutions pour sortir le cinéma camerounais du gouffre dans lequel il semble se trouver seraient pour Rigobert Tamwa Estu, comédien et réalisateur, de faire du cinéma pour les Camerounais. C’est-à-dire un cinéma qui évite de s’inspirer des canons de beauté et d’esthétique occidentaux, mais qui respecte les valeurs africaines et camerounaises. En effet, quelques cinéphiles approchés lors des « Ecrans Noirs » ont affirmé préférer de loin les films camerounais et africains aux productions occidentales ou canadiennes en compétition. Ces productions africaines donnent à rêver tout en vivant dans la réalité, aussi dure qu’elle puisse être.

Consulter le palmarès de l’édition 2008 sur :

- Le site d’Ecrans noirs

Lire aussi :

-  Bassek ba Kobhio : « L’implication des femmes dans le monde du cinéma pourrait permettre la promotion de certaines valeurs »
-  Le Festival Ecrans noirs bat son plein à Yaoundé
-  Plongée chez les Pygmées


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