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Société - Afrique Australe et Océan Indien - Zimbabwe - Télécommunications

La commission électorale du Zimbabwe discréditée
Le pouvoir comme l’opposition la contestent

Huit jours après les élections présidentielles au Zimbabwe, l’opposition juge qu’il est grand temps de publier les résultats et demande à la Haute cour de justice d’intervenir auprès de la commission électorale. De son côté, le parti du président sortant l’accuse d’avoir commis des erreurs et demande le recomptage des voix. L’opposition craint une montée de violence.



lundi 7 avril 2008, par Natalie Forite


Morgan Tsvangirai, candidat de l’opposition aux présidentielles du 29 mars, en a eu assez d’attendre les résultats du premier tour. Samedi, fort du résultat encourageant des élections sénatoriales –son parti, le Mouvement pour le changement démocratique, a obtenu 30 sièges, c’est à dire autant que celui du président sortant- et de sa victoire aux législatives la semaine dernière, il s’est autoproclamé vainqueur.

Dimanche, huit jours après le passage aux urnes, le MDC s’est tourné vers la Haute Cour de justice zimbabwéenne pour qu’elle exige la publication des résultats des élections présidentielles et municipales. « Je requiers que les résultats soient publiés tout de suite, les résultats du scrutin présidentiel ont été affichés à l’extérieur des bureaux de vote de chaque circonscription (...) et étaient disponibles dès le 30 mars » a déclaré l’avocat du MDC, Alec Muchadehama, devant le tribunal d’Harare.

Mais Robert Mugabe ne l’entend pas de cette oreille. Le président sortant l’avait déclaré publiquement avant même le déroulement des élections, malgré ses 84 ans, il n’est pas prêt à lâcher un pouvoir qu’il détient depuis l’accession à l’indépendance de l’ex-Rhodésie du Sud britannique, en 1980. Devant la victoire annoncée de l’opposition, son parti, l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique, cherche à gagner du temps, et du terrain. La Zanu-PF demande à la commission électorale de repousser l’annonce des résultats de la présidentielle et de procéder à un nouveau comptage des voix.

La crédibilité de la commission mise à mal

Le MDC s’insurge contre le procédé, estimant que Robert Mugabe est prêt à tout pour garder le pouvoir. « C’est ridicule de demander un nouveau décompte quand les résultats n’ont même pas été annoncés », a déclaré samedi le porte-parole du MDC, Nelson Chamisa, pour qui les partisants de la Zanu-PF « essaient (clairement) de tripatouiller dans les urnes. » Pour Tendai Biti, le secrétaire général du parti, la Zanu-PF « n’a pas le droit légalement de réclamer un recomptage, le code électoral prévoit que l’on peut demander un recomptage dans les 48 heures du dépouillement. » Le délai serait donc largement dépassé, a-t-il déclaré dans des propos rapportés par l’agence de presse Reuters, dimanche.

Dans cette bataille, la commission électorale du Zimbabwe a perdu toute crédibilité. L’opposition l’accuse ouvertement de partialité « Au lieu de vérifier les résultats, elle les modifie » affirme Nelson Chamisa à l’AFP. Même le pouvoir, qui a pourtant nommé les membres de la direction de la commission, dénonce, en exigeant le recomptage des voix, son incompétence. L’avocat de la Zanu-PF en personne écrit, pour justifier sa requête auprès du tribunal, que : « les agents électoraux dans les circonscriptions ont commis des erreurs de calcul tellement énormes qu’elles ne portent pas seulement préjudice à nos clients, mais aussi, parfois, à leurs adversaires ».

L’avocat de la commission électorale du Zimbabwe (qui a été mise en place en 2006 pour remplacer le précédent organe de contrôle électoral, accusé de fraude en faveur de la Zanu-PF) expliquait dimanche, devant le tribunal d’Harare, la lenteur de la procédure par le temps nécessaire à la vérification des chiffres affichés par les différentes circonscriptions.

Une attente à risque

Convaincu de sa victoire au premier tour, Morgan Tsvangirai, laissait entendre dans un communiqué télévisé, samedi, qu’une attente prolongée de la publication des résultats pourrait mener à une situation très critique : « Ce deuxième tour est une nouvelle arme pour détourner la volonté du peuple. On sait que des milliers de paramilitaires ont été recrutés, on apprend que des anciens combattants ont été rappelés, et que des personnes qui prétendaient jouer les arbitres dans le processus sont train de s’agiter. La ZANU-PF prépare une guerre contre le Zimbabwe comme en 2000 et en 2002. Le deuxième tour est en fait un rouleau compresseur qui se met en route. [Le président Mugabe] ne peut pas prendre le pays en otage et l’empêcher d’avancer. » Tandis qu’il tenait ces propos, la Zanu-PF semblait vouloir lui donner raison en usant de la force pour rappeler la politique du président Mugabe. Après avoir accusé l’opposition de vouloir annuler la redistribution des terres aux noirs, des membres Zanu-PF ont occupé l’une des dernières exploitations détenues par un blanc.

La Haute cour, qui avait rejeté par deux fois la requête de Morgan Tsvangirai a annoncé qu’il devrait statuer rapidement sur la question cruciale de la publication des résultats. Sa décision est attendue lundi dans la journée.

Lire aussi :

- Zimbabwe : le régime et l’opposition fourbissent leurs armes
- Zimbabwe : l’alternance n’est pas au programme de Mugabe



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