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Société - Afrique de l’Ouest - Mali - Pollution

Les foyers maliens utilisent une huile de cuisine empoisonnée

Une huile de cuisine bon marché utilisée dans la plupart des foyers maliens contiendrait du gossypol, une substance toxique connue pour provoquer la stérilité, le cancer et un retard de croissance.



dimanche 10 février 2008, par notre partenaire IRIN


D’après les conclusions d’une mission technique menée en novembre 2007 par les autorités maliennes, seules deux des 57 huileries inspectées dans le pays disposaient d’une chaîne complète de raffinage capable de produire de l’huile de cuisine propre à la consommation humaine. Les autres huileries produisaient de l’huile contenant du gossypol, un poison dangereux.

« Les résultats sont alarmants [...] après une évaluation des unités de production d’huile, nous nous sommes rendu compte que la plupart d’entre elles ne disposaient pas des équipements adéquats capables de produire de l’huile raffinée », a expliqué à IRIN Adama Konaté, le directeur national des industries.

Le gossypol est produit naturellement par les plants de coton pour freiner la reproduction des insectes qui se nourrissent des graines de coton, et cette substance toxique est éliminée lorsque le processus de raffinage de l’huile est effectué correctement.

La majorité des Maliens achètent l’huile de graines de coton pour faire la cuisine puisque le litre leur coûte en moyenne 1,25 dollar américain, soit environ la moitié du prix des huiles importées.

Décision du gouvernement

Réagissant à la menace que fait peser cette huile sur la santé des consommateurs, le 15 janvier, le gouvernement a ordonné la fermeture de 104 huileries dans le pays, une décision que certaines associations de consommateurs jugent inefficace si elle ne s’accompagne pas de mécanismes permettant de contrôler la qualité de l’huile.

Au Mali, une bonne partie de l’huile de graines de coton est produite par de petites unités artisanales, mais un petit nombre d’huileries industrielles disposant d’équipements adéquats comptent exploiter la fermeture de ces unités artisanales pour accroître leurs parts de marché.

Selon le docteur Sanagaré Ibrahim, nutritionniste et membre de l’ASCOMA, l’association des consommateurs du Mali, le gossypol provoque de nombreuses maladies, notamment une stérilité permanente chez les hommes, l’irrégularité des menstruations et des interruptions de grossesse chez la femme, ainsi que des problèmes gastriques.

Ce que confirme le docteur Adama Haidara de la clinique de l’Espoir, à Sikoro, près de Bamako, qui explique que le gossypol provoque aussi des arrêts cardiaques et certains cas de cancers. « Les risques pour le consommateur après une longue période d’absorption de l’huile non-raffinée sont énormes ».

Les systèmes de raffinage trop onéreux

Bien que le gouvernement ait ordonné aux promoteurs producteurs d’huile de doter leurs unités de production d’équipements adéquats, tous n’ont pas les moyens de se payer un système de raffinage complet et certains ont été contraints de cesser définitivement leurs activités.

« Personnellement, puisque je n’ai pas les moyens d’installer un système de raffinage, j’ai fermé mon usine et je vais la vendre », a confié à IRIN Seydou Traoré, producteur d’huile de graines de coton installé à Fana, à 120 kilomètres à l’est de Bamako.

Pour Adama Tangara, qui travaille dans l’une de ces huileries, la réponse est claire : « Les petits producteurs d’huile doivent acheter de nouveaux équipements ou disparaître du marché ».

Parallèlement, les Maliens reportent leur colère sur le gouvernement, qu’ils accusent de ne pas réglementer le secteur. « Il n’y a aucun contrôle, pas de suivi, rien […] La qualité de l’huile produite, la santé des consommateurs importaient peu pour lui [le gouvernement] », a dénoncé Seydou Samaké, un habitant de Bamako qui utilisait régulièrement l’huile de graines de coton pour faire la cuisine.

« Le médecin après la mort, c’est toujours ainsi. Il a fallu attendre que ces huileries nous empoisonnent pour que le gouvernement intervienne », s’est désolé Oumar Traoré, un membre du regroupement de défense des consommateurs du Mali (REDECOMA).

Quant à M. Konaté, le ministre de l’Industrie, il a défendu la décision du gouvernement. « Tous les producteurs qui avaient reçu un agrément étaient loin de respecter les conditions requises pour produire une huile de qualité […] d’où notre décision de fermer immédiatement toutes ces unités de production qui ne respectaient ces normes ».

Une politique de commercialisation

Les membres de l’ASCOMA, l’association de consommateurs qui dit avoir été la première à attirer l’attention des autorités maliennes sur les dangers de la présence du gossypol dans l’huile de cuisine, s’accordent à dire que le gouvernement devra prendre certaines mesures pour éviter que les Maliens ne soient confrontés de nouveau à une crise similaire.

« Nous saluons la décision du gouvernement de fermer ces unités de production artisanales, mais cela ne suffit pas. Il va falloir mettre en place un mécanisme efficace de suivi de la qualité de tous les produits de consommation mis sur le marché », a expliqué à IRIN Coulibaly Salimata Diarra, présidente de l’ASCOMA.

Mme Diarra a par ailleurs recommandé au gouvernement de mettre en place un système d’étiquetage pour assurer la traçabilité de l’huile que les consommateurs achètent, d’informer la population sur les risques sanitaires possibles, et de définir une politique nationale en matière de commercialisation de l’huile alimentaire.

Toutes les attentions sont désormais portées sur les prochaines décisions du gouvernement. Si la situation n’évolue pas, certains consommateurs envisagent d’employer les grands moyens. « Si l’Etat ne fait pas ce qu’il faut faire, les consommateurs doivent faire un bloc commun pour traduire l’Etat devant les tribunaux », a dit M. Traoré.



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Les foyers maliens utilisent une huile de cuisine empoisonnée - Gafou
Bonjour chers maliens, Je vous demande tout d'abord prudence en matière de santé. Le gouvernemnt doit normalement controler l'etat des huiles par les laboratains avant la mise au marché. Que (...) - Lundi 11 Février 2008 - 11:55

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