Armes contre liberté dans l’affaire des infirmières bulgares


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Interrogé par Le Monde, Saïf Al-Islam Kadhafi révèle le rôle clef joué par un accord militaire entre la France et la Libye dans la libération des infirmières et du médecin bulgares détenus par Tripoli. Le fils du colonel Kadhafi évoque aussi une décision de justice britannique concernant un des responsables de l’attentat de Lockerbie. La France, comme la Grande-Bretagne, dément.

Saïf Al-Islam Kadhafi révèle qu’un contrat d’armement passé par la France et une décision de justice en Grande Bretagne ont été déterminants dans la libération des infirmières et du médecin bulgares détenus par Tripoli. Les confidences du président de la fondation Kadhafi entretiennent l’image d’une diplomatie libyenne imprévisible. Ces informations, publiées par Le Monde, offrent néanmoins un nouvel éclairage sur les négociations menées ces dernières semaines par Paris avec Tripoli.

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, comme le président Sarkozy, s’est pour le moment borné à déclarer qu’aucune contrepartie financière n’avait été versée par la France à la Libye. Pour sa part, le fils du colonel Kadhafi dément le rôle supposé majeur du « mémorandum d’entente » signé entre Paris et Tripoli sur la fourniture d’une centrale nucléaire, qui « n’est pas essentielle pour La Libye », précise-t-il.

Les infirmières ? « Une occasion en or »

L’accord militaire, jamais évoqué par les officiels français, couvrirait plusieurs volets : « D’abord, (…) des exercices militaires conjoints (…). Puis, nous allons acheter à la France des missiles antichar Milan, à hauteur de 100 millions d’euros je pense. Ensuite, il y a un projet de manufacture d’armes, pour l’entretien et la production d’équipements militaires. » La France deviendrait ainsi le premier pays à entériner un accord militaire avec la Libye depuis la levée de l’embargo en 2004.

Saïf Al-Islam Kadhafi dénonce néanmoins la persistance d’ « un embargo non dit. (…) Les Allemands, surtout, étaient réticents pour des ventes d’armes. Mais avec les Français, nous avons été en négociations depuis longtemps. Nous avons demandé à Sarkozy d’accélérer les choses. Maintenant que le cas des infirmières est réglé, c’est une occasion en or qui survient ».

Le fils du président libyen assure que des « représentants » des groupes français Thalès et Sagem « sont en Libye en ce moment même » et que son père « devrait se rendre en France pour signer les contrats en question ». Il évoque aussi l’engagement qu’aurait pris la France d’assister militairement son pays en cas de risque pour la sécurité nationale libyenne.

« Aucun argent libyen versé »

L’homme poursuit ses révélations en affirmant « qu’aucun argent libyen » n’a été versé aux familles des enfants morts du sida. « Ce que je peux dire, c’est que les Français ont arrangé le coup. Les Français ont trouvé l’argent pour les familles. Mais je ne sais pas où ils l’ont trouvé ».

Au total, 460 millions de dollars ont été versés au titre de dédommagement. La commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, avait déclaré qu’il s’agissait de fonds libyens. Sur cette question, le jour même de la libération des soignants bulgares, Nicolas Sarkozy avait renvoyé les journalistes vers les négociateurs qataris. Pour Saïf Al-Islam Kadhafi, la Libye a obtenu un « bon deal » dans une « histoire compliquée » où les infirmières « ont malheureusement servi de boucs émissaires ».

L’autre élément clef dans la libération des prisonniers serait, selon le président de la fondation Kadhafi, la décision prise par la justice britannique d’autoriser le libyen, Abdel Basset Ali Al-Megrahi, à faire appel de sa condamnation à vie pour son implication dans l’attentat de Lockerbie (270 morts en 1988). Un rebondissement qui pourrait permettre après négociations l’extradition du détenu vers son pays d’origine. Pour ensuite y être gracié ?

La France, comme la Grande-Bretagne, ont démenti les propos du fils Kadhafi dès mercredi soir.

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