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Société - Afrique de l’Est - Djibouti - France - Justice

Le juge Borrel a bel et bien été assassiné
Le procureur de la République a annoncé, mardi, à Paris, que la thèse du suicide ne tenait plus

La femme du juge Bernard Borrel a enfin obtenu satisfaction : l’Etat français a reconnu que la mort de son mari, en 1995, à Djibouti, était consécutive à un assassinat et non un suicide. Les investigations vont se poursuivre pour trouver les responsables de ce crime, dans lequel serait notamment impliqué le président du petit pays est-africain.



mercredi 20 juin 2007, par Habibou Bangré


« Le procureur de la République de Paris (…) précise que si la thèse du suicide a pu un temps être privilégiée, les éléments recueillis notamment depuis 2002 militent en faveur d’un acte criminel », a annoncé, mardi, dans un communiqué, le procureur Jean-Claude Marin. Cela faisait douze ans qu’Elisabeth Borrel attendait une telle reconnaissance pour son défunt époux, le juge Bernard Borrel, dont le corps avait été retrouvé à moitié calciné au fond d’un ravin à Djibouti, le 19 octobre 1995.

« Lésions osseuses sur le crâne »

Ce qui a poussé la France à explorer un autre scénario, ce sont « les expertises anthropologiques, médico-légales et de police scientifique », annonce le procureur. Elles « concluent à l’existence de lésions osseuses sur le crâne et sur l’avant-bras gauche, faites à l’aide d’un objet contondant, et à la découverte de deux produits inflammables de nature distincte versés sur le corps », précise-t-il, en soulignant que la victime était couchée lorsque les liquides ont été déversés sur elle.

Ces précisions arrivent près d’une semaine après que la vice-présidente chargée de l’instruction de l’affaire Borrel a demandé au procureur que soient rendus publics ces conclusions. Objectif de Sophie Clément : éviter « la propagation d’informations inexactes ». Le président français a promis de faire la lumière sur ce retard de communication lors d’un entretien avec Elisabeth Borrel, mardi, à l’Elysée.

Recherche pour « identifier les auteurs »

Cet entretien avec Nicolas Sarkozy a ragaillardi l’auteure de Un juge assassiné (Flammarion). « Je voulais le remercier car c’est le seul qui m’ait reçue depuis douze ans, je n’ai jamais été reçue par qui que ce soit, aucun ministre, aucun garde des Sceaux auparavant, dans une affaire qui concerne pourtant l’assassinat d’un magistrat. C’est vrai qu’il m’a un peu, sur ce plan-là, réconciliée avec mon pays », a-t-elle déclaré. Il faut dire que l’affaire Borrel est un sujet sensible, à cause duquel diverses pressions politiques et médiatiques auraient été exercées. Des soupçons indiquent en effet que le président de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh, et une partie de son entourage sont impliqués dans l’assassinat. Or, la France dispose dans ce petit pays est-africain d’une base militaire stratégique…

Le communiqué du procureur n’établit pas de responsabilités. « En l’état, l’instruction vise à compléter ces éléments par des auditions et de nouvelles expertises afin, notamment, d’identifier les auteurs et de connaître leurs mobiles », souligne son communiqué. « Le président Sarkozy va également demander à ce que l’on fasse des recherches pour savoir pour quelles raisons des documents classés secret défense de 1995 à 1997 n’ont pas été retrouvés », a précisé Me Olivier Morice, avocat de la veuve, à l’AFP. L’affaire Borrel semble prendre une autre dimension.

- Lire aussi :
- Affaire Borrel : Sarkozy fera-t-il primer la justice sur la raison d’Etat ?
- Deux personnalités de Djibouti dans la ligne de mire de la justice française



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