Bénin : qui éduque encore la jeunesse à la citoyenneté ?


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Illustration jeunesse et civisme au Bénin
Illustration jeunesse et civisme au Bénin

Employabilité, entrepreneuriat, intelligence artificielle, insertion professionnelle : ces sujets occupent une place croissante dans le débat public. Mais une question plus discrète, et peut-être plus fondamentale encore, mérite d’être posée : qui éduque aujourd’hui la jeunesse béninoise à la citoyenneté ?

Il suffit parfois d’un feu rouge pour mesurer l’état d’une société.

Le signal passe au rouge. Quelques conducteurs s’arrêtent. D’autres accélèrent. Certains empruntent le trottoir. Des motocyclistes se faufilent entre les véhicules. Chacun cherche à gagner quelques secondes, souvent au détriment de tous les autres.

La scène paraît banale. Elle ne l’est pas.

Derrière ces comportements se cache une interrogation plus vaste que le simple respect du code de la route. Ainsi, que reste-t-il du sens de la règle lorsque chacun finit par considérer l’intérêt collectif comme une contrainte personnelle ?

Cette question concerne particulièrement notre jeunesse béninoise

Nous parlons beaucoup d’employabilité, de diplômes, d’entrepreneuriat, d’intelligence artificielle ou d’insertion professionnelle. Ces sujets sont essentiels. Mais une nation ne se construit pas uniquement avec des compétences techniques. Elle se construit aussi avec des femmes et des hommes capables de respecter le bien commun lorsqu’aucun policier ne les observe.

Or, de nombreux signes interpellent.

Dans certains établissements scolaires, la fraude est parfois perçue comme une preuve d’habileté plutôt qu’une faute. Sur les réseaux sociaux, l’injure obtient souvent davantage d’attention que l’argument. Dans la vie quotidienne, l’espace public est fréquemment traité comme un bien qui n’appartient à personne, alors qu’il appartient à tout le monde.

Une crise des repères qui dépasse le seul Bénin

Le phénomène n’est pas propre au Bénin. Mais il mérite d’être observé avec clarté de conscience.

Pendant longtemps, l’éducation à la citoyenneté provenait simultanément de plusieurs sources : la famille, l’école, les communautés religieuses, les associations, les autorités traditionnelles et les institutions publiques. Chacune transmettait une part de responsabilité, de respect et de devoir.

Aujourd’hui, beaucoup de ces espaces connaissent des mutations profondes.

Les écrans occupent parfois davantage de temps que les conversations familiales. Les modèles les plus visibles ne sont pas toujours les plus exemplaires. La réussite rapide tend parfois à éclipser la valeur de l’effort patient. Et l’on forme souvent davantage au métier qu’à la responsabilité.

Pourtant, aucune économie ne prospère durablement lorsque le civisme recule. Aucun programme public ne produit pleinement ses effets lorsque la confiance collective s’affaiblit. Aucun développement ne résiste longtemps à l’érosion du sens du devoir.

Autrement dit, la citoyenneté n’est pas une question accessoire. Elle conditionne, au contraire, la solidité même du projet national.

Réinventer l’éducation à la citoyenneté

Face à cette réalité, la réponse ne peut être uniquement morale. Elle doit également être institutionnelle.

L’une des premières urgences consiste à réinventer l’éducation à la citoyenneté dans les écoles et les universités. Non pas sous la forme de leçons théoriques apprises pour les examens, mais à travers des expériences concrètes de responsabilité collective.

Il peut s’agir de projets communautaires, d’initiatives environnementales, de simulations démocratiques, d’actions de volontariat ou encore d’engagements associatifs. Car la citoyenneté s’acquiert moins dans les discours que dans la pratique.

Former un jeune à la vie civique, ce n’est pas seulement lui apprendre des principes abstraits. C’est lui permettre d’expérimenter ce que signifient, dans la réalité, la responsabilité, la coopération, le respect de la règle commune et le souci de l’intérêt général.

Cette orientation est d’autant plus nécessaire que les sociétés contemporaines exposent les jeunes à des injonctions contradictoires. D’un côté, on valorise la réussite individuelle, la rapidité, la visibilité. De l’autre, on attend d’eux qu’ils incarnent le sens du collectif, le respect des institutions et l’engagement citoyen. Si la société ne construit pas elle-même les espaces de transmission, cette contradiction ne peut que s’aggraver.

L’idée d’un Service national citoyen volontaire

Une deuxième piste mérite d’être explorée : la création d’un Service national citoyen volontaire destiné aux jeunes.

Quelques mois consacrés à des missions d’intérêt général dans les domaines de l’éducation, de l’environnement, de la santé communautaire ou du développement local permettraient de renforcer à la fois le sentiment d’appartenance nationale et la culture de l’engagement.

Une telle initiative aurait plusieurs vertus. Elle permettrait d’abord de donner à la citoyenneté une traduction concrète. Elle offrirait ensuite aux jeunes une expérience collective utile, en dehors des seuls cadres académiques ou professionnels. Elle contribuerait enfin à retisser le lien entre jeunesse, institutions et intérêt général.

L’enjeu n’est pas de créer une obligation rigide, mais d’ouvrir un cadre structuré où les jeunes pourraient faire l’apprentissage de la contribution au bien commun.

Faire du numérique un outil de formation civique

Enfin, à l’heure où les réseaux sociaux façonnent largement les imaginaires, il devient nécessaire de faire du numérique un outil de formation civique.

Pourquoi ne pas développer des plateformes publiques de sensibilisation citoyenne, des concours nationaux de civisme, des campagnes numériques valorisant l’intégrité, le respect de la chose publique et l’engagement communautaire ?

Les technologies qui influencent aujourd’hui les comportements pourraient aussi devenir des instruments de construction citoyenne.

Le numérique ne doit pas être regardé uniquement comme un espace de distraction, de confrontation ou de recherche de visibilité. Il peut aussi devenir un levier de transmission des valeurs civiques, à condition qu’une volonté publique claire s’en saisisse.

Dans une société où une partie importante de la socialisation des jeunes passe désormais par les écrans, ignorer cette dimension reviendrait à abandonner une part décisive de l’éducation citoyenne.

Former des travailleurs, mais aussi des citoyens

La véritable richesse d’une nation ne réside pas seulement dans ses infrastructures, ses ressources naturelles ou ses performances économiques. Elle réside également dans la qualité morale des comportements ordinaires.

La citoyenneté ne naît pas spontanément à l’âge adulte. Elle s’apprend. Elle se cultive. Elle se transmet.

Peut-être est-il temps de remettre cette transmission au cœur de notre projet collectif.

Car le défi de notre génération n’est pas seulement de former des travailleurs compétents. Il est aussi de former des citoyens capables de porter un pays plus loin qu’eux-mêmes.

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