29 août 2014 / Mis à jour à 00:58 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
dossier : Excision

Burkina Faso - Congo
Burkina Faso : un gynécologue congolais « répare » les excisions
Interview du Dr Sébastien Madzou, qui a formé des confrères burkinabès. Sébastien Madzou est au Burkina Faso, jusqu’au 2 octobre, pour revoir les femmes dont il a « reconstruit » le clitoris excisé. Une technique que le gynécologue-obstétricien congolais a apprise aux côtés de l’urologue français Pierre Foldes, créateur de la méthode. Celui qui a formé en février une vingtaine de gynécologues burkinabès dresse pour Afrik un bilan de son aventure humanitaire.

La « réparation » des clitoris excisés est un succès au Burkina. C’est le constat de Sébastien Madzou, en séjour au Pays des hommes intègres jusqu’au 2 octobre. Le gynécologue obstétricien, arrivé le 18 septembre, avait déjà effectué, en février dernier, un premier voyage dans l’ancienne Haute Volta. Il avait alors opéré, sous anesthésie générale ou péridurale, une vingtaine de femmes. Avec le concours de confrères burkinabès, qu’il formait en même temps à la technique de reconstruction clitoridienne que lui avait apprise l’urologue français Pierre Foldes, inventeur de la méthode. Ce sont ces patientes que le praticien hospitalier, qui exerce à Angers, est venu visiter. L’occasion de dresser un bilan.

Afrik.com : Combien de femmes burkinabè ont été opérées ?
Sébastien Madzou :
J’en ai opéré une vingtaine en février et les confrères que j’ai formés environ 25.

Afrik.com : Comment ont-elles entendu parler de l’opération ?
Sébastien Madzou :
Le bouche à oreille a très bien marché, notamment en ce qui concerne la clinique Suka. Le seul frein peut être le prix. J’opère bénévolement et le coût revient donc à 25 000 FCFA (environ 38 euros), ce qui comprend l’anesthésie, le bloc opératoire et quelques médicaments. En tant normal, l’opération s’élève à 76 000 FCFA (environ 115 euros) et à entre 150 000 et 200 000 FCFA (de 228 à 304 euros) dans certaines cliniques privées. C’est une somme, mais certaines sont prêtes à payer parce que cela leur revient bien moins cher que de prendre un billet, de payer un visa, de payer l’hôtel pour se faire opérer en France par le Dr Foldes. Du coup, nous avons des femmes qui viennent du Mali. Une est venue spécialement de Belgique et une autre, qui venait de Washington pour voir sa famille et qui a appris l’existence de l’intervention, en a profité pour se faire opérer avant de repartir.

Afrik.com : Quel est le profil des patientes ?
Sébastien Madzou :
Il n’y en a pas. Elles sont d’âge varié et viennent de toutes les couches sociales.

Afrik.com : Sont-elles gênées de voir un gynécologue homme pour préparer l’intervention ?
Sébastien Madzou :
Je ne crois pas. Beaucoup préfèrent les hommes parce qu’elles trouvent qu’ils sont plus doux ! (rires)

Afrik.com : Les maris soutiennent-ils leur femme dans la démarche ?
Sébastien Madzou :
Parfois, ce sont eux qui paient et qui poussent la femme à se faire opérer. J’ai rarement vu un mari s’opposer. Généralement, ils viennent à deux. Les hommes veulent notamment savoir comment cela va se passer une fois l’opération passée. Ils veulent que leur femme restaure son intégrité physique et qu’elle vive pleinement sa sexualité dans le couple.

Afrik.com : Justement. Quels changements notent les femmes opérées ?
Sébastien Madzou :
Dans 80% des cas, les femmes sont satisfaites. D’abord du résultat anatomique, parce qu’elle veulent ressembler à toutes les autres femmes. Ensuite, elles apprécient l’aspect fonctionnel du clitoris. Selon les patientes, il y a une amélioration radicale de la sensibilité et elles sont plus épanouies dans leur sexualité.

Afrik.com : Comment avez-vous décidé de « réparer » les clitoris excisés ?
Sébastien Madzou :
La curiosité, d’abord. J’aime lire la presse féminine et un jour je suis tombé sur un article du magazine Marie Claire où il y avait une interview du Dr Foldes. Je me suis dit : « C’est encore un rigolo ! » Mais je suis parti le voir, car j’étais sensible au sujet de l’excision. Même si elle ne se pratique pas au Congo, j’avais déjà vu des femmes avec la cicatrice laissée par l’excision et je voulais rendre service aux femmes. Alors lorsque le Dr Foldes m’a demandé si je voulais apprendre, j’ai accepté et ensuite et j’ai voulu enseigner à mon tour.

Afrik.com : Avez-vous mis du temps à maîtriser la technique ?
Sébastien Madzou :
Je suis gynécologue donc j’ai un geste chirurgical de base. On peut maîtriser la technique sans problème. Ce n’est pas plus dur qu’une césarienne !

Afrik.com : Comment s’est passée la formation des gynécologues burkinabès ?
Sébastien Madzou :
J’ai formé le Dr Charlemagne Ouedraogo, avec qui j’ai fait mes études à Tours, et il m’a proposé de l’accompagner au Burkina Faso. J’ai accepté et j’ai formé environ 25 gynécologues, dont six ou sept femmes, lors de mon voyage en février. A chaque fois que j’opérais, à la clinique Suka ou au CHU (Centre universitaire hospitalier, ndlr) de Yalgado, il y avait un gynécologue différent qui m’assistait et regardait comment faire.

Afrik.com : Est-il simple, en terme de moyens, de pratiquer cette intervention en Afrique ?
Sébastien Madzou :
Oui, elle ne nécessite pas beaucoup de matériel. Et puis la première fois que le Dr Foldes a mis cette technique au point, c’était en Afrique. Donc avec les moyens du bord.

Afrik.com : Avez-vous, comme le Dr Foldes, reçu des menaces ou des pressions de la part de ceux qui soutiennent l’excision ?
Sébastien Madzou :
Il y a toujours des réfractaires. Je n’ai pas eu de problèmes, mais certains extrémistes disent qu’ils ne faut pas toucher au clitoris, de le laisser là où il est... Peut-être qu’avec la médiatisation je recevrai des menaces, je ne sais pas. En tout cas, il y a plus de soutiens que de détracteurs : nous avons de notre côté plusieurs ministères, le Comité national de lutte contre la pratique de l’excision et la femme du Président (Blaise Compaoré, ndlr).

Afrik.com : Pensez-vous que l’opération devrait être gratuite ?
Sébastien Madzou :
Non, je me bats pour que ce soit payant parce que sinon les gens banalisent l’acte. Il faut un coût, même symbolique, pour que les gens aient le sentiment que c’est sérieux. Il y a quand même un geste chirurgical derrière. Quand c’est gratuit, ça ne marche pas.

- Lire aussi Le clitoris retrouvé


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Pratique culturelle controversée, l’excision rencontre de nombreux détracteurs qu’ils considèrent comme une atteinte à l’intégrité physique et à l’intimité des femmes. Un combat mondial s’est engagé sur la question pour mettre fin à cette tradition.


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