Zoubaïr Ben Terdeyet, fondateur du premier cabinet de finance islamique en France

Il court, il court, Zoubaïr Ben Terdeyet, et pas facile de l’attraper, normal, ce jeune consultant en banque et en assurance, fondateur de Isla-Invest Consulting (premier cabinet de la Finance Islamique en France) vient de faire la couverture du Times magazine et ne ménage pas sa peine pour préparer le premier Forum africain de la Finance Islamique, les 2 et 3 avril 2008 à Casablanca, au Maroc. Interview.

Par Nadia Hathroubi-Safsaf

Zoubair Ben Terdeyet, français et musulman, est le PDG d’Isla-Invest Consulting, la première société Française de conseil en investissements financiers et immobiliers conformes aux principes de la Sharia. Créée en 2004, Isla-Invest Consulting a pour mission de répondre aux besoins croissants des musulmans de France à la recherche d’opportunités d’investissements halal. Diplômé de l’université de Paris X (Nanterre), Zoubair Ben Terdeyet a fait carrière dans diverses institutions bancaires, notamment à l’UBS-global Asset management, puis chez Aareal Bank France, banque de financement immobilier. En poste à UBS, maison mère de Noriba bank, fleuron du système financier islamique, il s’est interrogé sur le besoin de conseils conformes à l’éthique musulmane et a commencé à se documenter sur les questions d’éthique dans les milieux financiers. Une démarche qui le conduira au final à créer sa propre société.

Afrik.com : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la finance islamique?

Zoubaïr Ben Terdeyet :
Il s’agit d’un système financier qui s’appuie essentiellement sur la Sharia, ensemble de lois et de règles qui régissent en Islam la vie économique, sociale et politique. Les principes de base de la finance islamique sont l’interdiction de l’intérêt (Riba), de la spéculation (Gharar), de l’incertitude (Mayssir) et du financement des activités illicites dites Haram tel que l’alcool, le tabac, le porc, les jeux de hasard, l’armement, etc. En finance islamique, on met en avant la notion de partage des risques et des profits. La valeur travail est également très importante. Il existe plusieurs instruments de financement qui se rapprochent des diverses structures juridiques que nous connaissons en Occident. Ces instruments sont, par exemple, la Moudaraba, Moucharaka, Murabaha, Ijara ou Bei’Salam dont vous trouverez facilement les définitions sur notre site internet.

Afrik.com : Aujourd’hui on parle beaucoup de la Finance Islamique, quelles sont les raisons de cet essor ?

Zoubaïr Ben Terdeyet :
La finance islamique moderne existe depuis trente ans mais connaît un réel essor depuis quelques années seulement, en partie, à cause de l’envolée du prix du pétrole brut. Son développement est considérable au Moyen orient, en Malaisie et au Pakistan et de plus en plus en Afrique. Une autre explication plausible est le renouveau de la pratique religieuse, les monarchies du Golfe auraient pu se contenter de placer à nouveau leurs pétrodollars dans le système conventionnel comme cela avait été le cas durant les années 70.

Afrik.com : Comment expliquez-vous le retard de la France en la matière ?

Zoubaïr Ben Terdeyet :
Les musulmans de France n’étaient demandeur de tels produits car ils en ignoraient tout simplement l’existence. Originaire en majorité du Maghreb et d’Afrique de l’ouest, cette population n’a jamais connu de système financier islamique dans leur pays d’origine. Ce qui n’est pas le cas des musulmans de Grande Bretagne, d’origine pakistanaise, bangladeshi et du Golfe. La nouvelle génération de franco-musulmans est par contre plus au fait. L’ouverture de l’Islamic Bank of Britain en 2004, en Angleterre, à démontré qu’il pouvait exister une alternative au système classique. L’offre aurait pu créer la demande, mais les banques françaises ont du mal à quantifier l’importance de ce marché et ne veulent se risquer à proposer des produits qu’on pourrait qualifier de « communautaires » et dans ce cas, entrer dans des débats sans fin… Quant aux banquiers du Moyen Orient, ils sont intéressés par le potentiel d’un tel marché (on estime au moins à 6 millions le nombre de musulmans), mais la réglementation française et tous les amalgames qui sont fait autour de l’Islam, ne les encouragent guère à venir.

Afrik.com : Pourquoi avoir choisi le Maroc, pour le 1er Forum africain de la Finance Islamique ?

Zoubaïr Ben Terdeyet :
Le Maroc attire les capitaux du Moyen Orient depuis quelques années avec le souhait pour certain d’entre eux de procéder à des financements Sharia. Le royaume chérifien est donc au fait de ces techniques. Bank Al Maghreb, qui est la banque centrale du pays, est même allée plus loin en autorisant la commercialisation au grand public de produits alternatifs qui sont des produits respectueux de la Sharia. Pour des raisons pratiques, on peut dire que géographiquement, le Maroc est idéalement bien situé car il est au croissement du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, avec une desserte sur Casablanca de très bonne qualité et des infrastructures hôtelière permettant d’accueillir beaucoup de monde.

Afrik.com : Quelles sont vos attentes vis-à-vis de ce forum ?

Zoubaïr Ben Terdeyet :
Nous voulons faire de ce forum un événement incontournable de la finance islamique sur le continent africain. Nous espérons une forte participation de la part des différents acteurs de la finance avec un soutien de la part des autorités publiques. Nous avons déjà des sponsors prestigieux qui nous font confiances ainsi que des partenaires de renom. L’objectif de ce forum sera de répondre à plusieurs interrogations : Quels sont les principes de la finance Islamiques ? Chiffres clés et fonctionnement ? Quelles opportunités pour l’Afrique ? Quels sont les métiers et les produits existants ? Quels sont les défis de la finance islamique en Afrique ? Réunir en un même lieu et au même moment les acteurs du marché, permettra de favoriser les échanges dans le but de réaliser également des affaires.

Afrik.com : Il s’est tenu à Paris, en décembre dernier, un forum de la finance islamique, qu’en est-il sorti ?

Zoubaïr Ben Terdeyet :
Malheureusement, pas grand-chose pour le grand public si telle est votre question. La mise en place d’une banque islamique ou la commercialisation de produits respectueux de la Sharia dans une banque classique, mettra du temps. Nous avons pris un grand retard par rapport aux anglo-saxons. Il est question de mettre en place certaines dispositions fiscales afin de rendre la place de Paris beaucoup plus accueillante pour les capitaux du Moyent Orient afin de permettre l’ émission de Sukuk, la création de fonds de Private Equity ou d’Immobilier. Ma seule crainte est de voir les autorités publiques se concentrer sur les pétrodollars et oublier la population musulmane en France qui sollicite de plus en plus ce type de produits. Il y a aujourd’hui l’émergence d’une vraie classe moyenne musulmane en Europe qui aspire à accéder à la propriété et faire fructifier son épargne tout en respectant ses valeurs, il est dommage que cette demande ne soit pas encore prise en compte.

Le Forum africain de la Finance Islamique se tiendra à Casablanca le 2 et 3 avril 2008

Pour plus d’informations, consultez les sites :

 Forum africain de la finance islamique

 Isla-Invest Consulting

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