Zimbabwe : la valse des politiques monétaires

Le gouvernement zimbabwéen applique, depuis le 1er août, des mesures monétaires destinées à juguler l’inflation, qui atteint environ 1 200%. Les billets ont perdu trois zéros, les taux d’intérêt ont chuté de 500% et les prix ont été gelés pendant trois semaines. Des initiatives qui devraient soulager le quotidien des Zimbabwéens, mais pour combien de temps ?

Les Zimbabwéens vont pouvoir laisser leur brouette, valise et autre caisse pour faire leurs emplettes. Depuis le 1er août, le gouvernement zimbabwéen applique une nouvelle réforme monétaire, surnommée « Opération lever de soleil », destinée à faire baisser l’inflation galopante. Tournant aujourd’hui autour de 1 200%, le taux le plus élevé du monde, elle avait fini par faire du dollar zimbabwéen (ZWD) une monnaie encombrante : la plus importante coupure était de 100 000 ZWD et ne valait qu’un dollar américain. Du coup, les Zimbabwéens devaient se déplacer avec des monceaux de billets pour faire leurs achats.

Soulager la population… et les ordinateurs

Toutefois, une des dernières mesures gouvernementales pourrait freiner l’inflation. Le gouverneur de la Banque centrale, Gideon Gono, a annoncé que les billets avaient perdu trois zéros, engendrant une dévaluation de 60%. Celui de 100 000 ZWD disparaîtra donc au profit d’un autre de 100 ZWD. Les milliards de fonds zimbabwéens existants dans les pays voisins sont interdits au Zimbabwe tant que l’échange des billets anciens contre les neufs ne sera pas terminé. La population a jusqu’au 21 août pour accomplir cette opération, mais elle ne doit pas dépasser un certain montant de ZWD échangeable par jour, un barème étant établi selon que l’on soit un particulier ou une entreprise.

Un système contraignant, mais la mesure devrait soulager les méninges des habitants. Et les ordinateurs. Le gouverneur de la banque centrale, Gideon Gono, a en effet expliqué que les ordinateurs ne reconnaissaient pas les chiffres qui atteignaient les millions et les milliards de dollars, rapporte l’agence Panapress. Ce qui laisse planer la crainte que les machines tombent en panne ou buggent en présence d’une flopée de zéros.

Le taux d’intérêt chute de 500%

Autre mesure, la chute du taux d’intérêt, qui avait été maintenu à un haut niveau pour juguler la hausse générale des prix. Il passe de 850% à 300% pour les crédits sécurisés et de 900% à 350% pour ceux qui ne le sont pas. « En tant qu’autorité monétaire, nous invitons les sociétés bancaires à réaligner leurs taux d’intérêt en conséquence pour renforcer le mécanisme de transmission de la politique monétaire dans les autres secteurs économiques », a indiqué Gideon Gono. Une initiative qui devrait sortir l’économie de sa torpeur en favorisant les emprunts.

La nouvelle de la dévaluation de la monnaie a poussé certains commerçants à booster les prix. Si celui de l’essence vient de grimper de 50%, poussant les travailleurs à troquer la voiture ou le bus pour la marche ou la bicyclette qui sera peut-être bien le seul produit à accuser une hausse. Les autorités ont en effet gelé les tarifs jusqu’au 21 août, date à laquelle les trocs de billets doivent être terminés. Et gare aux contrevenants : le gouvernement a prévenu que les sociétés qui enfreindraient la loi risquaient une lourde amende. Il a, par ailleurs, ordonné à ceux qui avaient augmenté leurs prix de remettre ceux qui étaient affichés avant la dévaluation. Mais certains préfèrent braver l’interdit pour ne pas être perdants, en espérant ne pas se faire pincer par les autorités.

Arrestations de contrevenants

En attendant, les Zimbabwéens qui ont bâti leur fortune sur des marchés parallèles de devises ou de biens grincent des dents, selon le New York Times. Car, par souci de leur barrer la route, les autorités ont mis en place un dispositif : pour échanger une somme dépassant le plafond, le détenteur devra justifier que son argent a été gagné légalement. Au risque, s’il n’a pas de preuves, de tout perdre ou de se faire arrêter, comme cela a été le cas de plus de 2 000 personnes, selon le journal gouvernemental The Herald.

Des medias rapportent par ailleurs que ceux qui ont acquis une richesse qu’ils ne peuvent entreposer en banque sans éveiller des soupçons dépensent à tout va. L’objectif serait d’acheter des biens de grande valeur pour se débarrasser d’une monnaie qui ne vaudra bientôt plus rien.

Des spécialistes estiment que la nouvelle politique monétaire n’est pas sûre de réduire l’inflation durablement. D’aucuns estiment qu’il faut adopter une réelle stratégie contre elle ou réduire la dette interne pour y parvenir. La route est encore longue.