Zimbabwe: FIDH et ZimRights condamnent les violations graves des droits humains par la police, notamment les exécutions extrajudiciaires, la torture et les enlèvements

Trois femmes dirigeantes du parti d’opposition MDC-A ont été enlevées et torturées par des agents de la force publique la semaine dernière, près de Harare, dans la foulée d’autres actes récents de violence policière au Zimbabwe. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et son organisation membre au Zimbabwe, Zimbabwe Human Rights Association (ZimRights), dénoncent la hausse inquiétante des abus des droits humains par les agents de la force publique et demandent aux autorités zimbabwéennes d’ouvrir des enquêtes sur tous les cas de violence policière contre les civils au Zimbabwe et de traduire les auteurs en justice.

L’incident de la semaine dernière fait suite à l’éxécution extrajudiciaire d’un habitant de la ville de Bulawayo, battu à mort par la police le 30 mars, ainsi qu’aux actes de torture pratiqués par des policiers sur deux femmes accusées d’avoir violé la règle du confinement, à Cowdray Park, à Harare, le 16 avril.

“Au moment où le gouvernement doit se focaliser sur mener la nation dans la lutte contre le COVID-19, il est regrettable que les services et forces de sécurité représentent, eux-mêmes un fléau plus grave que la pandémie qu’ils affirment combattre”, a déclaré Dzikamai Bere, le Directeur national de ZimRights.

Dans le cas récent impliquant trois dirigeantes du parti d’opposition Mouvement pour l’alliance du changement démocratique (MDC-A), ZimRights a établi que, le jeudi 14 mai 2020, trois femmes de ce parti politique — Joanna Mamombe, députée du MDC pour Harare Ouest ; Cecilia Chimbiri, vice-présidente nationale de l’Assemblée des jeunes de l’Alliance du MDC ; et Netsai Marova, secrétaire d’organisation adjointe de l’Assemblée des jeunes de l’Alliance du MDC — ont été retrouvées par des villageois, abandonnées sur le bas-côté de la route, près de Bindura, une ville au nord-est de Harare. Elles présentaient des signes d’abus sévère ; les examens médicaux suggèrent qu’elles ont été soumises à des actes de torture.

Les trois femmes dirigeantes avaient été arretées le jour précédent par la police à un barrage routier sur leur trajet depuis Warren Park, une banlieue de Harare, pour avoir violé la règle du confinement alors qu’elles venaient de prendre part à une manifestation pacifique contre la gestion de la crise du COVID-19. Si la police dément avoir détenu les trois victimes, celles-ci affirment avoir été emmenées au poste de police de Harare central. A leur arrivée au poste de police, les trois activistes politiques ont été regroupées dans un minivan Toyota non immatriculé et conduites dans un endroit isolé, une zone boisée, où elles ont été torturées.

“Une enquête approfondie et indépendante sur cet incident doit être ouverte immédiatement, afin que ces crimes odieux fassent l’objet de poursuites et que les auteurs soient traduits en justice”, a dit Alice Mogwe, Présidente de la FIDH et Présidente de DITSHWANELO – The Botswana Centre for Human Rights.

La FIDH et ZimRights demandent donc aux autorités zimbabwéennes d’ouvrir une enquête sur ce cas et les autres cas de violations graves des droits humains, de traduire les auteurs en justice sans plus tarder, et de respecter les dispositions de la Constitution zimbawéenne et les standards internationaux sur la torture. La torture est l’un des crimes internationaux les plus graves et est interdite par l’article 53 de la Constitution zimbabwéenne.

Contexte :

Depuis janvier 2019, un total de 275 cas de torture par la police ont été documentés par ZimRights, y compris plus de 40 cas d’enlèvements. Il y a eu une explosion de violations des droits humains depuis que le confinement du Zimbabwe a été mis en place le 30 mars 2020, avec les agents de la force publique en tête de liste des auteurs.

La police de la République du Zimbabwe est tenue, par l’article 206 de la Constitution, d’exercer ses fonctions dans le plus grand respect des droits fondamentaux protégés par la Constitution. Alors que la Constitution prévoit en outre l’établissement d’un mécanisme de plainte indépendant, pour entendre les plaintes contre le secteur de sécurité, le gouvernement n’a pas encore pris de mesures pour rendre le mécanisme opérationnel.