Yahya Jammeh, maître incontesté de la Gambie depuis 20 ans

Yahya Jammeh est à la tête de la Gambie depuis 20 ans, jour pour jour ce mardi. Cette date anniversaire est marquée, comme chaque année, par la commémoration de la « Journée de la liberté » à Banjul, capitale de l’Etat.

Le 22 juillet 1994, le lieutenant Yahya Jammeh, âgé de 29 ans, renverse Dawda Jawara qui contrôlait le pouvoir depuis l’indépendance. Il s’affiche en sauveur et promet de redresser le pays. Les Gambiens vont vite déchanter et subir la paranoïa de ce chef d’Etat. Il installe un régime sécuritaire dont les postes exécutifs sont majoritairement occupés par des personnes de son ethnie minoritaire dans son pays, les Diola, ainsi qu’une police secrète, la NIA, régie par l’impunité.

Des élections partiales

Yahya Jammeh se fait élire au cours d’un scrutin douteux en 1996. Il est ensuite réélu avec 53% des suffrages en 2001, puis avec 67,33% en 2006, et enfin avec 71,5% en 2011. Le tout puissant Président veut une légitimité démocratique mais ne supporte pas la contestation. La plupart de ses opposants sont en exil ou en prison, aussi bien du côté des hommes politiques que des journalistes. Certains comme Deyda Hydara, cofondateur du journal The Point, connu comme critique envers le pouvoir y a laissé la vie. D’autres ont disparu comme Chief Ebrima Manneh du quotidien pro-gouvernemental Daily Observer. « Si quelqu’un attend de moi que je laisse 1% de la population détruire 99% de la population, il se trompe d’endroit », avait-il déclaré en 2011 à l’adresse des journalistes.

Le courroux du chef d’Etat se déverse aussi sur ses proches comme Amadou Scattred Janneh, un ancien ministre de la Communication de 2004 à 2005. Il est d’abord enlevé puis mis en détention secrète avant de réapparaître au cours d’un procès sommaire où il écope d’une peine de travaux forcés à vie pour « trahison ». Il est finalement expulsé aux Etats-Unis. Il décrit sur RFI ses conditions de détentions : « j’ai la chance d’être moitié Gambien, moitié Américain, donc je n’ai jamais été torturé. Mais j’ai vu beaucoup de prisonniers qui ont été torturés : des ongles de pieds arrachés, des chocs électriques, des gens battus ». La peine de mort sévit encore dans ce petit pays de 1,849 million d’habitants où 9 personnes ont été exécutées en 2012, selon un rapport d’Amnesty International de 2014.

Un chef d’Etat thaumaturge

Ce chef d’Etat thaumaturge qui prétend pouvoir guérir le sida, la stérilité ou l’épilepsie à l’aide de plantes traditionnelles et d’incantations mystiques s’attaque aussi à l’homosexualité, passible en principe de 14 ans de prison. Baba Leigh, Imam et défenseur des droits de l’homme explique comment Yahya Jammeh arrive à se maintenir au pouvoir malgré son autoritarisme : « Yahya Jammeh enlève, viole, tue et massacre son peuple. Mais il réussit à se maintenir parce que la Gambie est une nation très pauvre. La communauté internationale reste silencieuse, tout simplement parce qu’elle n’a aucun intérêt en Gambie : le pays n’a pas de pétrole, pas d’or, pas de café, donc ce qui s’y passe ne l’intéresse pas ».

Le taux de croissance du PIB de 6,2% en 2013 masque, aux yeux du monde, les conditions de vie des Gambiens dont le pays est à la 165e place sur 187 pays, selon le classement du niveau de développement humain des pays du monde, établi par l’ONU.