Wadagni-Dangote : ce qui se joue derrière la poignée de main à la Marina


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Wadagni-Dangote : ce qui se joue derrière la poignée de main à la Marina
Romuald Wadagni et Aliko Dangote

Au Bénin, le Palais de la Marina n’a pas désempli ces derniers jours. Après avoir accueilli une délégation nigériane de haut rang la semaine dernière, la présidence béninoise a ouvert à nouveau ses portes, le mardi 28 juillet 2026, à l’homme le plus fortuné du continent, le Nigérian Aliko Dangote. L’audience a été brève dans sa forme, mais elle s’inscrit au cœur d’une coopération économique et diplomatique en pleine accélération entre Cotonou et Abuja.

Un rendez-vous qui ne doit rien au hasard

Reçu par le Président Romuald Wadagni, le magnat nigérian du ciment, du sucre et des engrais n’en était pas à sa première visite dans la capitale béninoise cette année. Il avait déjà foulé le sol de Cotonou le 24 mai dernier, pour assister à l’investiture du chef de l’État. Son retour, deux mois plus tard, confirme l’intérêt que porte le groupe Dangote au marché béninois et, plus largement, à l’ambition industrielle affichée par les nouvelles autorités.

Selon la présidence béninoise, les échanges entre les deux hommes ont porté sur « les perspectives de coopération et les opportunités d’investissement susceptibles de contribuer au développement économique des deux pays ».

Aucun détail chiffré n’a filtré, ni sur les secteurs précis visés ni sur d’éventuels engagements financiers. Mais le simple fait que le milliardaire se déplace en personne, plutôt que d’envoyer une délégation, en dit long sur le sérieux avec lequel le groupe considère cette relation naissante avec le nouveau pouvoir béninois.

Une audience qui prolonge la visite de Shettima

Cette rencontre entre le chef d’Etat béninois et l’homme d’affaires nigérian ne surgit pas de nulle part. Elle fait suite, à quelques jours d’intervalle, à la visite de travail effectuée le vendredi 24 juillet par une importante délégation nigériane conduite par le Vice-Président Kashim Shettima.

Accompagné de plusieurs gouverneurs d’États fédérés et du ministre de l’Agriculture, le numéro deux nigérian avait profité de son séjour pour se rendre sur le site de la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), vitrine de la stratégie béninoise de transformation locale des matières premières.

L’intérêt affiché par Abuja pour le modèle béninois n’est pas anodin. En effet, le Nigéria développe actuellement huit zones agro-industrielles sur son territoire et cherche ouvertement à s’inspirer du savoir-faire béninois pour accélérer sa propre industrialisation.

Au-delà de l’économie, les discussions avaient également porté sur l’intégration sous-régionale et sur la sécurité, le Nigéria ayant réaffirmé sa solidarité pleine et entière face à la menace terroriste et à la criminalité transnationale qui pèsent sur le Bénin et l’ensemble du golfe de Guinée.

Dangote, pièce maîtresse d’un rapprochement économique

Dans ce contexte, la venue d’Aliko Dangote apparaît moins comme une visite protocolaire isolée que comme le prolongement naturel d’une dynamique enclenchée quelques jours plus tôt au plus haut niveau politique.

Fondateur d’un empire industriel présent dans une dizaine de pays africains et classé à maintes reprises à la tête du palmarès Forbes des milliardaires du continent, l’homme d’affaires nigérian dispose d’une capacité d’investissement rare, susceptible de peser lourd dans les projets d’industrialisation portés par Cotonou.

Ni la présidence béninoise ni le groupe Dangote n’ont, pour l’heure, communiqué sur d’éventuels accords concrets issus de cette audience. Les contours précis de la coopération envisagée restent donc à préciser dans les prochaines semaines.

Mais le message politique, lui, est déjà limpide. Sous la présidence de Romuald Wadagni, investi en mai 2026, Cotonou entend accélérer les partenariats industriels avec son voisin nigérian, quitte à multiplier les tête-à-tête au sommet pour convaincre les plus grands investisseurs de la sous-région.

Si les annonces d’investissements concrets restent encore à venir, une chose est sûre, le tempo diplomatique entre Cotonou et Abuja s’est nettement accéléré ces dernières semaines. Et, Aliko Dangote semble bien décidé à ne pas rester spectateur de ce rapprochement.

Casimir Vodjo Kpenou
LIRE LA BIO
Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
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