Vers la fin des déplacements forcés de populations en Afrique ?

Le sommet exceptionnel de l’Union africaine (UA), qui se tient jeudi et vendredi à Kampala (Ouganda), devrait voir signée une convention d’une ampleur importante puisqu’interdisant pour la première fois les déplacements massifs de population. C’est à un changement de paradigme dans la gestion des conflits régionaux qu’appelle l’UA, pour privilégier les solutions de long terme : reconstruction et réconciliation.

Mouammar Kadhafi, président en exercice de l’UA et terreur de réfugiés

Le sommet de l’Union africaine sur les réfugiés et déplacés a lieu alors que l’organisation est sous la présidence du très controversé guide libyen Mouammar Kadhafi. Ce dernier est en particulier critiqué pour le rôle de « gendarme de l’Europe » qu’il exerce, en matière d’immigration clandestine, au mépris de la dignité humaine. Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), qui prend en charge 10,4 millions de personnes en Afrique, a d’ailleurs critiqué en septembre cette collaboration avec un pays non signataire de la Convention de Genève de protection des droits humains.

« Il n’y a pas de réfugiés en Lybie », selon le brigadier général Mohamed Bashir Al Shabbani, chargé de l’immigration libyenne, cité dans un rapport très critique de l’ONG Human Rights Watch (HRW), en septembre. « Ce sont des gens qui s’introduisent illégalement dans le pays et on ne peut les qualifier de réfugiés », a-t-il argumenté.

« Des migrants qui ont été détenus en Libye évoquent régulièrement des traitements brutaux et des conditions de surpeuplement et de manque d’hygiène. », explique Bill Frelick, auteur du rapport de HRW. Un comportement aux antipodes de celui prôné dans la convention en discussion lors du sommet de Kampala, dans le cadre duquel Mouammar Kadhafi devait s’exprimer ce jeudi matin.

Ils sont 17 millions, selon l’Union africaine (UA). Les réfugiés et déplacés sont le sujet d’un sommet international de deux jours qui se tient, à partir de ce jeudi, à Kampala (Ouganda). L’UA, organisatrice de l’événement en collaboration avec l’Organisation des nations unies (ONU), souhaite ainsi pouvoir relever « le défi du déplacement forcé en Afrique ».

L’objectif est de parvenir à la ratification, par au moins 15 des 53 pays membres, d’une convention « sur la protection et l’assistance aux déplacés et réfugiés ». Si cette condition était remplie, l’accord pourrait entrer en vigueur ; il s’agirait alors d’une première mondiale, qui interdirait les déplacements forcés de populations à grande échelle, comme ils ont lieu par exemple en Afrique centrale. Une décision d’autant plus importante que l’Afrique est la première terre d’asile au monde pour les réfugiés et personnes déplacées intérieurement (PDI). 46 pays sont représentés ce jeudi.

Revoir la façon de gérer les crises

L’UA recommande par ailleurs des actions préventives contre les déplacements, « forme de protection la plus efficace » à l’égard des populations à risque. Celles-ci consistent en un volontarisme politique en faveur des droits humains, d’une bonne gouvernance et d’un état de droit. Les communautés économiques régionales, comme la Cédéao, sont à ce titre un relais important de l’action de l’UA.

Les Etats sont de plus encouragés à des « mesures audacieuses », confrontés à des afflux de réfugiés et de PDI. L’intégration locale doit ainsi être privilégiée pour les réfugiés ne souhaitant pas retourner au pays. Celle-ci doit, selon l’UA prendre d’abord et avant tout la forme d’un relogement stable, prélude à une solution durable. Le Burkina Faso et le Bénin sont d’ailleurs cités en exemple, comme pionniers dans ce domaine.

Pour en finir avec les conflit récurrents dans certains pays, il s’agit également pour l’UA d’en finir avec les solutions « de courte durée » et qui « manqu[ent] de perspicacité ». La doctrine d’intervention doit être celle de la réconciliation des camps opposés et de la reconstruction.

En 2006, les sommets de l’UA à Ouagadougou (Burkina Faso) et à Banjul (Gambie) ont recommandé la tenue d’un sommet spécial sur le sujet des déplacements forcés. Après des réunions préparatoires en 2008, c’est donc trois ans plus tard que ce dernier a finalement eu lieu. Il devrait se clore par une déclaration solennelle proclamant l’engagement des Etats présents dans l’amélioration de la condition des réfugiés et des déplacés.