Une journée pour le créole

Douze à treize millions de personnes s’expriment en créole sur la planète. En France, le 28 octobre – Journée internationale du créole, est célébrée par l’association Eritaj’ qui organise sa traditionnelle dictée. Entretien avec Tony Mango, le président de cette association qui revient sur la place du créole sur le territoire français.

La Journée internationale du Créole, concept emprunté aux Antilles, est organisée annuellement en France depuis 1987 par l’association Eritaj’en région parisienne. En plus de l’habituelle dictée, les participants pourront débattre de l’avenir du créole dans l’Hexagone, thème emblématique chez les créolophones. Surtout depuis le refus du ministère de l’Education nationale d’intégrer cette langue comme épreuve facultative au Baccalauréat. L’association Eritaj’ a été créée en 1994.

Afrik : Combien de personnes utilisent le créole dans le monde ? Et ou parle-t-on cette langue ?

Tony Mango :
Douze à treize millions de personnes parlent créole dans le monde, notamment dans l’espace caribéen et antillais, dans l’Océan indien, en Europe et en Amérique du Nord…partout où il y a la diaspora antillaise.

Afrik : Depuis quand cette Journée internationale du créole existe-t-elle ?

Tony Mango :
Elle existe depuis 1982 dans les pays créolophones et depuis 1987 dans la région parisienne. Depuis 2001, elle a connu quelques changements.

Afrik : Et la dictée a toujours fait partie intégrante de l’événement ?

Tony Mango :
Effectivement, c’est l’un des grands événements de la journée depuis l’origine. C’est très convivial et radicalement différent de la célèbre dictée de Bernard Pivot. C’est avant tout un outil d’appel, un prétexte pour débattre des questions autour du créole et des enjeux liés à cette langue.

Afrik : Quel est le public qui participe à cette dictée ?

Tony Mango :
Le public est assez varié et familial. Il est majoritairement composé de créolophones. Mais on trouve également des non-créolophones.

Afrik : Vous vous battez actuellement pour que le créole soit inscrit en option facultative au Baccalauréat. Pourquoi ?

Tony Mango :
Ce combat s’inscrit dans le cadre de nos revendications depuis plusieurs années pour la reconnaissance de la culture créole, en particulier de la langue créole. Le CAPES (concours de l’Education nationale, ndlr) de créole existe depuis 2001 aux Antilles, il fait donc partie des programmes scolaires là-bas. Et nous ne comprenions pas pourquoi ce ne serait pas le cas ici, étant donné la forte proportion de la population antillaise dans l’Hexagone. Surtout que nous ne demandons pas quelque chose d’inédit. Nous militons donc pour que cela soit possible ici aussi, notamment dans la région parisienne où les Antillais sont le plus nombreux. Beaucoup de non-créolophones nous soutiennent dans ce combat. Nous voulons avant tout défendre et conserver ce qui fait notre identité.

Afrik : Il semblerait que le ministère de l’Education nationale ait répondu négativement à votre demande. Comment interprétez-vous ce refus ?

Tony Mango :
Le ministère nous a répondu que cela n’était pas possible dans l’Hexagone, que cela se fait seulement dans les régions où le créole est en usage. Mais son courrier nous a paru contradictoire. Car il reconnaît que le créole fait partie du patrimoine national, mais insiste sur le fait qu’il ne peut être enseigné à l’échelle nationale. C’est assez paradoxal comme discours.

Afrik : Avez-vous prévu d’autres actions pour continuer votre combat ?

Tony Mango :
Nous faisons circuler une pétition actuellement. Il y a déjà presque 4 000 signatures. Nous avons rendez-vous prochainement avec le ministre de l’Education nationale pour en discuter.

 La dictée créole, ce samedi 28 octobre 2006

MJC MONT-MESLY

100, rue Juliette Savar – 94000 CRETEIL

Entrée libre – Entrée libre – Entrée libre

Contact : 06 67 09 10 26 – eritaj@free.fr