Une jeune femme épouse un chien au Ghana

L’affaire n’a pas fait grand-bruit, mais elle est symptomatique des crises que vit l’Afrique. Tandis que, début juillet, le Ghana tout entier préparait la venue de Barack Obama, une jeune femme de 29 ans, Emily Mabou, a épousé un chien de 18 mois, à Aburi, devant un prêtre traditionnel. La mariée, à ses dires, reconnaît en l’animal toutes les qualités de son père: fidèle, attentionné, respectueux de la femme. Elle ne croit plus en l’homme, ce menteur volage. Sa famille a boudé la cérémonie.

Ce mariage pose moult questions existentielles et philosophiques: l’animal assumera-t-il son rôle de mari, notamment sur le plan sexuel? La femme portera-t-elle le nom de son mari? L’humain (le mâle) est-il mauvais au point de le préférer à un animal comme amour?, etc. On aura beau cogiter sur le sujet, il va sans dire que cette jeune femme et le prêtre ne sont pas en bonne santé. Ou bien ils ont joué une farce. Et, dans ce cas, c’est réussi: ils feront parler d’eux longtemps.

L’Afrique ne s’aime plus

Dans son roman posthume, Le commencement des douleurs, Sony Labou Tansi (l’un des grands écrivains congolais, sinon le dernier), soulève un problème majeur: dans une société où la force des éléments est indéniable, peut-on enfreindre la règle sans conséquences néfastes? L’histoire: un savant, Hoscar Hana, enfreint la coutume, par un « baiser appuyé » à une gamine de « neuf ans même pas ». Un bataillon de calamités assiège le pays. Asphyxié.

L’histoire d’Emily Mabou et de son mari sonne comme une métaphore: tout, désormais, repose sur un néant de valeurs. Pour exemple, les femmes et les hommes politiques, en premier, apparaissent tels des anti-valeurs. A croire qu’ils sont dépourvus d’amour, à l’image de cette Ghanéenne (et c’est un point d’analyse important de cette vacuité morale, culturelle, politique, que connaît l’Afrique). On déteste son propre corps; on déteste le pauvre animal; on déteste l’environnement. Or, la société africaine, dans son ensemble, s’est bâtie sur un principe majeur: l’harmonie entre la vie et l’environnement dans lequel on vit. La modernité et la mondialisation ont sonné le glas du Sacré africain (ce qui est différent de tout ce qui relève des dieux), entre autres, le culte des mânes des ancêtres – régulateur de la société, une source de force, de courage et d’amour. L’Afrique a donc besoin d’un retour aux sources, c’est-à-dire de « l’Amour de soi ».