Un roman authentique sur l’Afrique d’aujourd’hui

Figure de la diffusion culturelle au Mali, Aly Diallo est aussi un romancier habile dans le traitement du quotidien des Africains. Un émule de Marcel Aymé ?

Aly Diallo n’est pas seulement le Directeur national des Arts et de la Culture du Mali, ni le bon connaisseur de la musique du vingtième siècle qui coordonne la participation du Mali au Festival de jazz de la Nouvelle-Orléans, c’est aussi un habile romancier, qui sait traiter du quotidien des pays d’Afrique aujourd’hui avec l’humour léger et la vraisemblance décalée d’un Marcel Aymé africain, dont le pessimisme serait allégé par une confiance réaffirmée en l’homme.

La Révolte du Komo, premier roman en français publié dans la nouvelle collection Continents noirs, aux éditions Gallimard, est un chef d’oeuvre de raillerie délicate contre les moeurs politiques d’une jeune république africaine, de pure fiction, dont les habitants sont partagés entre les changements économiques, sociaux et culturels que leur impose l’adaptation au monde moderne et la révérence qu’ils gardent à leurs traditions ancestrales.

La statue du Komo, volée à un village au temps de la colonisation, pourra-t-elle rester au Musée national, ou doit-elle être restituée à ceux qui y reconnaissent une part de leur identité ? L’affaire semble mince, mais s’enfle rapidement, jusqu’à provoquer une mobilisation spectaculaire de tous les fils du pays de Tèrè… « Tant que le Pouvoir les affrontait individuellement, leur imposant des lois importées, qui ne correspondaient en rien à leurs préoccupations, la réaction des gens du village était tout aussi individuelle. Mais à présent qu’il s’immisçait dans la gestion de leur conscience collective, le réflexe collectif de défendre leur patrimoine ressurgissait et réunissait toute la collectivité « .

Livre d’espoir et d’énergie en un temps de mondialisation où ne doivent pas être négligés les liens, invisibles, aux héritages spirituels, intellectuels, culturels : survient un moment où les identités blessées se réveillent, protestant d’avoir été oubliées ou niées, provoquant des événements aussi inattendus et irrépressibles que les colères de la nature : « L’explication de cet insensé collectif ne se trouve nulle part ailleurs que dans le Peuple, qui n’est en fait rien d’autre que cela : une mer immense, un lac Debo tranquille et silencieux qui sait se réveiller brusquement pour dire et affirmer son existence…  »

Autant dire que si, pour le style et l’humour, Marcel Aymé a trouvé son émule malien, Aly Diallo est quand même plus optimiste et croit à la capacité des Etats africains à concilier leurs traditions et leur développement démocratique.

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