
Le projet de liaison ferroviaire entre le Maroc et l’Espagne franchit une petite étape technique. Madrid va faire analyser environ 125 échantillons rocheux prélevés lors de précédents sondages sous le détroit de Gibraltar. L’objectif est de préciser les difficultés que pourrait rencontrer un futur tunnelier avant une éventuelle construction de la galerie de reconnaissance. Cette annonce intervient alors que les conséquences de la crise migratoire de Ceuta continuent d’empoisonner les relations entre les deux voisins. Un rapport de la police espagnole transmis à l’Audience nationale estime que le Maroc aurait « favorisé », « impulsé » et « dirigé » une partie du flux massif enregistré les 30 et 31 juillet.
Le projet de tunnel ferroviaire entre le Maroc et l’Espagne retourne sous terre, mais cette fois dans les laboratoires. La Société espagnole d’études pour la communication fixe à travers le détroit de Gibraltar (SECEGSA) a engagé une nouvelle étude consacrée aux échantillons géologiques récupérés lors de campagnes de sondages marins.
Le marché, d’un montant relativement limité de 132 200 euros hors taxes, porte uniquement sur l’analyse en laboratoire des échantillons géologiques déjà prélevés. À l’échelle d’un projet dont la seule partie espagnole est évaluée à plus de 8,5 milliards d’euros, il s’agit donc davantage d’une étape technique supplémentaire que d’un véritable basculement vers la construction.
125 échantillons passés au crible
Environ 125 carottes et échantillons rocheux provenant de sondages réalisés par SECEGSA et son homologue marocaine, la Société nationale d’études du détroit de Gibraltar (SNED), seront étudiés. Les analyses porteront notamment sur leur composition minéralogique et géochimique, mais aussi sur leurs propriétés mécaniques. Les spécialistes devront notamment mesurer la résistance des matériaux, leur déformabilité et leur abrasivité. Ils rechercheront également la présence de fractures, de failles, de zones altérées et de minéraux argileux susceptibles de gonfler.
Ces informations doivent permettre d’anticiper les conditions auxquelles serait confronté un tunnelier lors du creusement. La présence de formations géologiques complexes constitue en effet l’une des principales difficultés du projet. Le seuil de Camarinal, situé sur le tracé envisagé, concentre notamment des formations de type flysch et fait partie des secteurs les plus délicats à traverser. Le projet prévoit une profondeur pouvant atteindre environ 475 mètres.
Une étape avant le tunnel exploratoire
Cette nouvelle campagne d’analyses ne constitue pas une nouvelle étude générale de faisabilité. Selon la presse espagnole, une étude réalisée par le constructeur allemand Herrenknecht, spécialisé dans les tunneliers, a déjà conclu à la faisabilité technique du projet avec les technologies actuellement disponibles. La nouvelle mission vise plutôt à préciser les conditions géologiques du chantier. Les résultats doivent notamment servir à préparer une galerie de reconnaissance, conçue comme un tunnel exploratoire permettant de mieux connaître le sous-sol avant le creusement des deux tubes ferroviaires définitifs.
Le calendrier du contrat prévoit six mois pour les analyses, auxquels s’ajoutent deux mois pour vérifier et corriger les résultats. La décision concernant le lancement d’une galerie de reconnaissance est attendue en 2027 selon le calendrier actuellement présenté par les promoteurs du projet. Même une décision favorable en 2027 ne signifierait toutefois pas le lancement automatique des travaux. SECEGSA n’a pour mission que de réaliser les études : le passage à la construction nécessiterait un nouvel accord bilatéral entre Madrid et Rabat. Le projet représente un investissement considérable. Les estimations disponibles situent à plus de 8,5 milliards d’euros le coût de la partie espagnole, en intégrant notamment la galerie de reconnaissance, les tunnels ferroviaires définitifs, les terminaux et les équipements associés.
Plus de 8,5 milliards d’euros pour la partie espagnole
En mars 2026, le ministère espagnol des Transports avait autorisé une enveloppe de 1,73 million d’euros pour les études techniques menées par SECEGSA. Cette nouvelle série d’analyses géologiques s’inscrit dans cette succession de travaux préparatoires. Le projet n’en est donc pas encore au stade de la construction. La première étape consiste à réduire les incertitudes liées au sous-sol et à déterminer les conditions techniques nécessaires à une éventuelle phase de creusement. Le tracé étudié atteindrait environ 65 kilomètres. Près de 40 kilomètres du trajet se situera sur le territoire espagnol.
Il serait conçu comme une liaison ferroviaire destinée au transport de voyageurs et de marchandises. Le dispositif envisagé comprendrait deux tunnels ferroviaires ainsi qu’une galerie centrale dédiée aux services et à la sécurité. La liaison pourrait intégrer les réseaux ferroviaires espagnol et marocain. Les études évoquent également des trains internationaux de voyageurs ainsi que des services destinés au transport de marchandises. L’objectif est de créer une continuité ferroviaire entre l’Europe et l’Afrique, avec des connexions vers les réseaux existants.
Une étude relancée au moment d’une nouvelle crise à Ceuta
Malgré les avancées techniques, même dans le scénario le plus avancé, l’horizon reste lointain. Une éventuelle mise en service du tunnel est au mieux envisagée entre 2035 et 2040. La seule construction de la galerie de reconnaissance pourrait nécessiter entre six et neuf ans. La construction de la galerie de reconnaissance pourrait elle-même nécessiter plusieurs années. Le projet repose sur une coopération entre SECEGSA et la SNED. L’idée d’une liaison fixe entre l’Espagne et le Maroc remonte à plusieurs décennies, les deux pays ayant engagé leurs premières démarches communes à la fin des années 1970. Depuis, les études ont porté successivement sur la géologie, la sismicité, l’océanographie et les conditions de creusement.
La relance des études techniques intervient dans un contexte particulier entre Madrid et Rabat. Fin juillet 2026, Ceuta a été confrontée à un afflux massif de migrants venus du Maroc. Plus de 50 000 personnes ont rejoint l’enclave espagnole les 30 et 31 juillet, tandis que les autorités espagnoles ont renforcé le dispositif à la frontière. La crise a ravivé les tensions autour de Ceuta et des relations entre les deux pays. Le gouvernement espagnol a toutefois maintenu son discours sur la coopération avec le Maroc dans plusieurs domaines




