Tunisie : Siliana en ébullition

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De violents affrontements, entre forces de l’ordre et manifestants, envahissent depuis trois jours la ville de Siliana, située à 127 kilomètres de Tunis. Plus de 300 personnes ont été blessées pour s’être opposés à la politique de leur gouverneur et à la violence policière. Une situation qui contraint le président tunisien à s’exprimer en direct à la télévision ce vendredi.

La colère s’amplifie. Les blessés s’accumulent. La ville de Siliana, au sud-ouest de Tunis, est depuis trois jours le théâtre d’affrontements entre manifestants et force de l’ordre. Une situation qui a entraîné les blessures de plus de 300 personnes, selon la presse locale. En cause, la politique contestée du gouverneur de Siliana, Ahmed Ezzine Mahjoubi, la violence policière et la situation économique dans la région. Les manifestants, qui ont tenté de prendre d’assaut le siège du gouvernorat, réclament la démission du gouverneur Mahjoubi.

Une manifestation de soutien aux populations de Siliana a eu lieu ce vendredi à Tunis, la capitale. Elle a réunie près de 5000 personnes selon un organisateur, 2000 selon un correspondant d’Afrik.com. Le défilé, sous escorte policière, s’est passé dans de bonnes conditions. On dénombre tout de même quelques blessées, notamment par balle à blanc.

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Le chef de l’Etat, Moncef Marzouki, sort de son silence. Ce soir, en direct sur la télévision nationale, il adressera, peu après 19 heures GMT, un discours à la nation. Il devrait appeler au calme et faire le point sur la situation politique et économique du pays. C’est la troisième fois depuis le mois de septembre que le président tunisien prononce une allocution télévisée pour tenter de désamorcer une crise.

La marche de Siliana

De leur côté, le gouverneur de Siliana et le président du gouvernement, Hamadi Jebali, affirment que ce soulèvement est le résultat d’une manœuvre préméditée et orchestrée par des contre-révolutionnaires. Leur but serait de semer le chaos dans la politique du pays. Dans une intervention télévisée, ce jeudi soir dans le journal de la Watanya 2, le gouverneur de Siliana a répondu aux cris de la rue : « Je suis un fonctionnaire nommé par un gouvernement légitime et c’est à lui d’évaluer mon rendement et de juger si j’ai mené à bien ou pas ma mission. De ce fait je garde mon poste ! ». Hamadi Jebali refuse d’exclure le gouverneur de Siliana sous la pression de la rue.

Une décision qui a fait monter d’un cran la colère des Silianais. Selon des témoins oculaires, des dizaines de milliers d’entre eux marchent en ce moment même vers Tunis. Et peu importe les 127 kilomètres qui séparent les deux villes, ces derniers sont déterminés à expédier leur gouverneur. « Nous allons faire une marche symbolique [sur la capitale, Tunis] pour montrer la détermination des habitants à ne plus être marginalisés », a déclaré le secrétaire général régional de l’UGTT, Nejib Sebti, selon l’AFP. « Nous sommes prêts au dialogue mais sans la présence du gouverneur », a-t-il ajouté.

D’importantes difficultés économiques freinent le développement de Siliana où les investissements ont baissé de 44%. Même son de cloche du côté des créations d’emplois. Celles-ci ont baissé de 66% sur les dix premiers mois de 2012 par rapport à la même période l’année dernière.