Tunisie : le gouvernement ne démissionne pas, l’opposition manifeste

La crise politique en Tunisie était pourtant en passe d’être résolue avec Ennahda qui avait accepté la feuille de route proposée par le groupe de médiation. Mais l’opposition n’est pas convaincue de la bonne foi du parti islamiste et décide d’organiser une grande manifestation.

L’issue à la crise politique en Tunisie n’est peut-être plus si proche qu’elle ne l’était il y a encore quelques jours. En effet, les tensions politiques ont regagné le pays avec notamment cette manifestation prévue par l’opposition le 23 octobre. Cette dernière accuse la troïka au pouvoir de vouloir retarder le dialogue national et par conséquent la formation d’un nouveau gouvernement d’indépendants. Le Front de salut national, qui regroupe plusieurs partis de l’opposition, « invite les Tunisiens et Tunisiennes dans toutes les régions, en particulier dans la capitale, à une mobilisation massive le mercredi 23 octobre » afin de réclamer « la nomination d’un gouvernement de compétence ». La date choisie pour manifester n’est pas anodine. Elle correspond au deuxième anniversaire de l’élection de l’Assemblée nationale constituante (ANC). Cette même Assemblée qui, deux ans après, n’a toujours pas adopté une nouvelle Constitution, faute de consensus entre Ennahda, leurs alliés et l’opposition.

L’organisation de cette marche irrite le parti islamiste au pouvoir qui accuse l’opposition de vouloir transformer la date du 23 octobre en un jour du « chagrin ». « Ils veulent que ce jour soit celui du chagrin et de la colère au lieu d’être un jour de joie (…) marquant l’anniversaire des premières élections multipartites libres » de l’histoire de la Tunisie, a jugé Ennahda.

De nouvelles conditions

Pourtant, l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), qui a conduit la médiation entre Ennahda et l’opposition, avait annoncé le 28 septembre que la coalition au pouvoir (Ennahda, Ettakatol, CpR) avait accepté la feuille de route proposée par la médiation composée du quartet : UGTT, Ligue tunisienne des droits de l’Homme, Utica et Ordre des avocats. Celle-ci prévoit un dialogue national entre l’opposition et les partis au pouvoir, trois semaines pour former un gouvernement d’indépendants, et un mois pour l’adoption de la nouvelle Constitution. Dans un communiqué publié le même jour, le parti islamiste déclarait être prêt à suivre les recommandations de ce plan. Et ce n’est que le 5 octobre qu’il s’engage à le respecter.

La coalition au pouvoir a donc jusqu’à la fin du mois pour démissionner et laisser la place à un gouvernement indépendant. Respectera-t-elle ce délai ? Rien n’est moins sûr. Pour Ennahda, hors de question que le délai pour la démission du gouvernement prenne effet avant l’ouverture du dialogue national. Toutes ces confusions autour du calendrier avaient poussé l’opposition à réclamer des garanties.

Mais coup de théâtre, le chef du gouvernement Ali Laârayedh a assuré, dans une interview accordée à la chaîne publique Al-Wataniya 1, que la démission de son gouvernement est tributaire de trois conditions : le parachèvement du processus constitutionnel (élaboration de la Constitution), du processus politique (élaboration de la loi électorale de la formation de l’ISIE et de la fixation d’une date pour le scrutin ), et d’un consensus sur la personnalité qui dirigera le prochain Cabinet.

Pas de nouveau gouvernement donc avant l’élaboration d’une nouvelle Constitution. Ennahda met ainsi sur le carreau la feuille de route qu’il s’était engagé à suivre et assure ses arrières. Pour rappel, la Tunisie est plongée dans une profonde crise politique depuis bientôt trois mois, après l’assassinat, le 25 juillet dernier, de l’opposant Mohamed Brahmi.