Trésors de la sagesse arabe

Les Presses du Châtelet éditent en un superbe album Le Grand livre des proverbes arabes, avec des calligraphies de Ghani Alani reproduites sur de magnifiques pages en couleur. Une pensée millénaire qui exprime un humanisme patient et réaliste.

L’organisation du livre est originale : les idées y sont simplement classés par ordre alphabétique. Ce n’est donc pas un ouvrage de morale, qui rangerait les  » sagesses  » par thèmes ou par catégories. C’est un livre de rêve, où tout part du verbe pour conduire l’esprit du lecteur dans une méditation onirique, entraînée par les dérives sémantiques qui fleurissent autour d’un même mot.

Le mot  » graisse  » par exemple, évoque à l’auteur de cette anthologie deux sagesses populaires :  » A défaut de graisse il reste la laine « . Morale réaliste d’un peuple pasteur, nomade, habitué à se contenter d’un cheptel maigre, et à en tirer le maximum. Et, deuxième proverbe :  » Ton maigre vaut mieux que le gras d’un autre « . Consolation ? Non : fierté, car la graisse n’est pas signe de supériorité, la vraie valeur est dans la volonté, la fermeté, la vertu. La vertu n’empâte pas.

La patrie de l’homme est là où il se trouve bien

Autour du mot  » patrie « , deux hautes références. Abou Tayyib al-Moutanabbi, d’abord, poète arabe classique né en Irak en 915 après Jésus-Christ, philosophe qui savait exprimer sa vision universelle de l’humanité :  » La patrie de l’homme est là où il se trouve bien !  » Tous les sens investissent cette formule : non seulement le sens affectif, le lien entre chaque homme et l’espace auquel il se rattache spontanément, mais aussi le sens politique, aisément contemporain, qui affirme la liberté humaine : chacun a le droit de planter sa patrie dans le lieu où il se sent  » chez lui « …

Et, toujours autour de l’idée de patrie, cette autre sagesse, d’Ali Ben Abi Talib, né en 598, cousin et gendre du prophète Mohammed, calife de 656 à 661, défait par le chef de Omeyyades et gouverneur de Syrie, évincé par ce dernier, puis assassiné à Koufa :  » La richesse de l’homme à l’étranger est une patrie, la pauvreté dans sa patrie est un exil « … Vision réaliste et brutale d’un monde humain qui se structure autour des valeurs matérielles et du respect de l’argent, délaissant les vraies valeurs et les fraternités premières. Vision malheureusement guidée par l’expérience douloureuse et injuste…

Le puissant et le philosophe

C’est d’ailleurs le même Ali qui écrivait :  » Le pauvre est un étranger dans son pays « . A quoi Al-Moutanabbi répond, à quelques siècles de distance :  » Quelle pire pauvreté que de passer son temps à amasser de l’argent ? « . Entre les deux, il y a non seulement le passage du temps, mais la frontière entre deux expériences : celle du puissant, déchu ; celle du philosophe, revenu de tout. Le temps pour les deux fuit aussi vite, l’un nostalgique de son passé, en déplorant la perte, l’autre résigné à son sort, heureux de ce qui lui est donné.

C’est ainsi que chaque mot du Grand livre des proverbes arabes invite à la réflexion et à la contradiction, obligeant à sonder plus avant ces pensées aussi riches que diverses qui ont structuré, jusqu’à nos jours, l’imaginaire et la vision du monde des arabes.

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