Toima Kiroya : « Je veux rompre avec le nomadisme »


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Les Massai de Tanzanie sont encore nombreux à vivre dans le nomadisme. Mais se déplacer d’un lieu à un autre est parfois rude. Il faut constamment se mettre à l’abri des mauvaises surprises climatiques, trouver de quoi se nourrir et protéger son troupeau. De plus, avec ce mode de vie, les nouvelles générations ont peu de chance d’aller à l’école. Toïma Kiroya, Massai tanzanien de 50 ans, œuvre depuis plusieurs années au sein de son village, Emboreet, pour aider sa communauté à se sédentariser, en développant l’accès à l’eau, à la nourriture, à l’éducation… Rencontre avec un Massai atypique.

Toima Kiroya estime que le nomadisme n’est pas une bonne chose et que si les Massai sont nomades c’est parce qu’ils ne trouvent pas ce dont ils ont besoin sur les lieux où ils s’installent. Ses activités pour développer son village lui ont valu le prix Harubuntu des créateurs de richesses en Afrique. Le Massai a eu la chance d’avoir étudié à l’université. Chose très rare au sein de sa communauté. Avec son master de sociologie en poche, il souhaite partager son savoir avec les siens. Il a su vaincre les tabous ancrés pour imposer le progrès.

Afrik.com : Qu’est ce qui vous a mené aux études universitaires, alors que faire des études est très rare chez les Massai ?

Toima Kiroya :
J’ai pu étudier à l’université car le gouvernement tanzanien a donné l’ordre que dans chaque famille nomade il y ait au moins un enfant qui aille à l’école. J’ai de multiples frères et sœurs. Mon père a regardé qui d’entre nous pouvait aller à l’école. Comme j’étais le plus jeune, il m’a alors choisi. J’étudiais dans un internat, qui était très loin de chez nous. En réalité, il n’y avait pas vraiment de chez nous (rire). Chaque fois que je rentrais voir mes proches, ils avaient changé de lieu, donc je ne peux pas vraiment dire que nous avions une maison. J’ai finalement pu étudier jusqu’à l’université, puis je me suis marié. Avec ma femme qui a aussi eu la chance d’avoir étudié à l’université, nous nous somme demandé ce que nous pouvions faire pour aider les membres de notre communauté. Il n’y avait pas d’eau, la pauvreté était très grande. Il fallait qu’on trouve un moyen de sortir les gens de cette situation difficile : le nomadisme, qui contraint les massai à changer tout le temps de lieu.

Afrik.com : Donc contrairement aux idées reçus, les Massai ne sont pas nomades parce qu’ils aiment le nomadisme ?

Toima Kiroya :
Beaucoup de personnes pensent que les Massai aiment le nomadisme mais ce n’est pas le cas. Ils migrent constamment car ils rencontrent à chaque fois de multiples problèmes mettant en péril leur survie. Le nomadisme n’est pas une bonne chose. En étant nomades, nous n’avons pas accès au monde, et les enfants ne peuvent pas aller à l’école. C’est pour toutes ces raisons que je veux rompre avec le nomadisme.

Afrik.com : Quels sont les actions concrètes que vous menez au sein de votre village pour établir le changement ?

Toima Kiroya :
Nous avons trouvé un système avec mon épouse pour ramener de l’eau. Aujourd’hui, les membres de mon village ont accepté de se sédentariser car l’eau est disponible. En fait, ils se sont sédentarisés car ils ont trouvé ce dont ils avaient besoin sur place. Nous avons également créé une école secondaire pour les femmes. Chez nous, il est rare que les femmes se rencontrent, s’échangent des idées, et se développent mutuellement.

Afrik.com : Pourquoi est ce que les Massai sont si réticents à envoyer leurs enfants l’école ?

Toima Kiroya :
Les Massai n’aiment pas envoyer leurs enfants à l’école pour des raisons pratiques. Les familles ont besoin de l’aide des enfants pour effectuer les taches quotidiennes. Ce sont des travaux très durs. Si les plus jeunes vont tous à l’école, il ne restera plus personne pour prêter main forte aux membres de la communauté. Et puis, ils ont aussi souvent peur que leurs enfants perdent ses valeurs en allant à l’école. Qu’ils s’habillent différemment, qu’ils arborent d’autres codes culturels méconnus des traditions massai.

Afrik.com : Maintenant que vous vous êtes sédentarisé. Regrettez-vous votre vie de nomade ?

Toima Kiroya :
Je ne regrette pas. On regrette ce qu’on aime.

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