Togo : Initiative 150 dénonce la mascarade électorale annoncée du 24 avril

Initiative 150 est un groupe de réflexion créé par la diaspora togolaise. Il est né au lendemain du coup d’Etat du 5 février 2005, à la suite du décès de feu le Général Gnassingbé Eyadéma, Chef de l’Etat togolais. Ce groupe tient à alerter l’opinion internationale sur le drame qui se prépare au Togo si les élections du 24 avril prochain, qui de son avis ne seront pas transparentes, ont effectivement lieu.

Pour que le monde ne dise pas, « Nous ne savions pas ! », Initiative 150, la coalition contre le coup d’Etat au Togo, a tenu une conférence de presse, ce jeudi matin, au Centre d’accueil de la presse étrangère pour faire le point sur la situation politique au Togo. Une situation dominée par une conjoncture socio-politique qui laisse présager du pire, selon Initiative 150, si le scrutin du 24 avril n’est pas reporté pour plus de transparence. Ces élections présidentielles sont, en effet, pour ce groupe de réflexion, une mascarade annoncée qui risque de tourner au drame si la communauté internationale ne se joint pas aux espoirs du peuple togolais qui veut, semble-t-il, tourner définitivement la page sur « 38 ans de dictature ». « Les Togolais attendaient déjà le départ du Président Eyadéma en 2003. Aujourd’hui, c’est donc une exaspération profonde et intime qui les anime », dixit Pascal Agboyibor, membre du groupe Initiative 150, émanation de la société civile togolaise et de sa diaspora. Constitué le 10 février dernier, à la suite du coup d’Etat militaire, puis constitutionnel [[Le 5 février 2005, l’armée togolaise installe Faure Gnassingbé, fils du défunt Président, au pouvoir en lieu et place du Président de l’Assemblée nationale, comme le prévoyait normalement la constitution. Le 26 du même mois, il démissionne mais la Constitution ne sera toujours pas respectée, du moins celle de 1992, la seule que les Togolais reconnaissent vraiment]], qui a suivi le décès du président Gnassingbé Eyadéma, le groupe se définit, selon Maître Agboyibor, « avant tout comme une initiative citoyenne », qui trouve sa justification dans la loi fondamentale togolaise.

Les symptômes de la tragédie togolaise se dessinent…

« Ce coup d’Etat a choqué les gens qui ont une vision moderne de l’Afrique. En 2005, il est assimilé à une régression. Les Togolais se sentiraient honteux si plus tard ils devaient expliquer à leur progéniture qu’ils n’ont rien fait, ajoute-t-il. Par ailleurs, Initiative 150 prend racine, comme son nom l’indique, dans l’article 150 de la constitution togolaise. Une disposition qui en fait l’originalité puisqu’elle est très rare par ailleurs (cette disposition est le seul contrepoids que le législateur s’est offert pour contrer le pouvoir militaire, une constante dans la vie politique togolaise, ndlr) ». Elle dit en substance que tout Togolais doit se soulever si quelqu’un viole la constitution. Et c’est le cas au Togo depuis le décès du Général Gnassingbé et ce par deux fois déjà. En outre, selon le groupe de réflexion, « la date du 24 avril n’est pas réaliste parce que le code électoral prévoit au total un délai de 20 jours pour les contestations d’inscription et de radiation. Ce délai légal et incompressible est tel qu’il n’est pas matériellement possible d’organiser des élections présidentielles en 60 jours », explique M. Aboyibor. Par ailleurs, la Constitution du Togo dit qu’il faut « convoquer le corps électoral » dans un délai de 60 jours à compter du décès du Président de la République, et non forcément que le scrutin doit se tenir dans les 60 jours.

La mise en place de ce groupe de réflexion est l’une des ultimes réponses de la diaspora togolaise, mais aussi africaine face à une situation politique extrêmement singulière. « Nous sommes contre la banalisation de cette élection togolaise », a martelé Pascal Agboyibor. D’autant plus que la communauté internationale s’est prononcée avec véhémence pour le respect de la légalité dans la désignation du successeur de Gnassingbé Eyadéma. Initiative 150 a donc l’espoir que « les autorités morales se révèleront avant la tragédie » qui pourrait frapper le Togo le 24 avril prochain. Car pour Brigitte Améganvi, membre du mouvement, ce scrutin présente tous les symptômes, outre « l’état de terreur qui règne au Togo, d’un coup de force électoral ». Premier élément souligné : la précipitation avec laquelle le gouvernement en place s’est accroché à ce calendrier. Une date fixée « au plus tôt » (la date la plus prématurée envisagée), le 28 février dernier, par les autorités politiques togolaises sous l’égide de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Une organisation dont la coalition de six partis de l’opposition togolaise, vient de réclamer le départ des troupes et des experts présents au Togo. Une décision qui marque le désaveu total d’une parite de la classe politique pour une institution, pourtant soutenue par la communauté internationale, dont « la passivité et le silence » ont été également dénoncées par Initiative 150. Elle note que l’organisation sous-régionale est la proie de conflits d’intérêts. De fait, le Niger, pays d’origine de l’Envoyé spécial de la Cedeao et pays enclavé, serait attaché à un régime Gnassingbé qui lui garantirait le fonctionnement normal du port de Lomé et par là, l’acheminement des produits qui lui sont indispensables. Mais « les camions passeront sur nos corps », affirme Mme Améganvi.

…et Initiative 150 sonne l’alarme

Le deuxième élément, que soulève cette dernière, est le fait que le gouvernement togolais, au fait des délais minimaux (entre deux et trois mois) des institutions internationales, comme les Nations Unies et l’Union européenne, pour envoyer des observateurs internationaux, les ait tout de même sollicité alors que leur absence était certaine. Ces observateurs internationaux sont d’ailleurs les seuls que reconnaît la Constitution. Enfin, troisième élément, les irrégularités que révèlent les données statistiques. Initiative 150 constate le gonflement de ces dernières lorsque l’on compare les chiffres du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) relatifs à l’évolution de la population en âge de voter (18 ans et plus), en 2004, et ceux des fichiers électoraux de 2003 et 2005. De plus, le taux de distribution des cartes d’électeurs est d’environ 52% dans la région maritime, de 48% dans la région des savanes, d’environ 41% à Lomé et, a contrario, de près de 93 % dans la région de Kara. Celle dont est originaire la famille Gnassingbé. Au total, Initiative 150 a affirmé haut et fort, ce jeudi, que la maison Togo va mal et qu’il ne faudra pas qu’elle brûle pour que le monde se précipite à son chevet alors qu’il avait été largement informé de son état critique.