Sommet de la FAO : la faim progresse en Afrique

Le Comité mondial pour la sécurité alimentaire, réuni à Rome du 30 octobre au 4 novembre 2006, a rendu public le rapport 2006 de la FAO sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde : plus de 800 millions d’hommes souffrent de la faim, un chiffre qui est reparti à la hausse sur les trois dernières années…

 »Le nombre des affamés augmente! » C’est le triste constat que livrait, ce lundi à Rome (Italie), le sénégalais Jacques Diouf, directeur géneral de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO). Il s’exprimait à l’ouverture du Sommet exceptionnel du Comité mondial pour la Sécurité Alimentaire qui se tiendra du 30 octobre au 4 novembre 2006 au siege de la FAO. Ses propos suivaient immédiatement la déclaration émouvante du Pape Benoit XVI qui avait servi d’apéritif aux travaux du Comité, disant notamment :  »C’est un appel à modifier nos modes de vie pour assurer un meilleur partage… La mondialisation impose une stratégie de développement global… »

L’Afrique meurtrie

Deuxième constat accablant de la matinée : l’Afrique est la première frappée par ce retournement de tendance. Le nombre de personnes mal nourries n’a pas cessé de grimper sur le continent, alors qu’il diminue en Amerique latine et dans la zone Caraibe, et qu’il est en baisse en Asie depuis la période 1990-1992.

Seule (légère) satisfaction : du fait de la croissance de la population mondiale, la proportion de mal-nourris diminue un peu. Pour ce qui concerne l’Afrique, elle passe de 36% en 1997 à 32% en 2003. Evolution plus sensible encore en Asie, où la proportion d’êtres humains qui se couchent avec la faim au ventre passe de 20% a 16%… Et en Amérique latine où elle passe en dessous des 10% depuis 2003.

Des objectifs hors d’atteinte

Dix ans après le Sommet mondial de l’alimentation de 1996, qui avait fixé l’objectif d’une diminution de moitié du nombre des mal-nourris avant 2015, objectif réaffirmé par le Sommet du Millenaire en 2000, les progrès réalisés sont plus que limités et le but fixé paraît hors d’atteinte. A moins d’une mobilisation large qui ne peut que dépasser le cadre des institutions nationales ou internationales… Et impliquer les acteurs privés.

 »Nous avons besoin d’une prise de conscience générale, civique, des enjeux non seulement humains mais aussi géopolitiques de la lutte contre la faim à un niveau mondial », déclarait ainsi Charles Millon, ambassadeur de France auprès de la FAO. Il répondait à l’appel du ministre français de l’Agriculture et de la Pêche Dominique Bussereau, parlant à la tribune de  »scandale moral international » et disant notamment que  »la persistance de la faim engage notre responsabilité vis-a-vis des générations futures : elle réduit notre potentiel de développement… »

Le réseau des « Alliances contre la Faim »

La nécéssite d’impliquer mieux les populations donne tout son sens à la constitution, depuis 2003, d’un réseau d’associations baptisé  »Alliances contre la Faim », qui regroupe de nombreux acteurs de la société civile engagés dans la lutte contre la faim dans le monde : agriculteurs, industriels, scientifiques, chercheurs, medias. Au cours de la plénière, cette mobilisation a été exposée par plusieurs intervenants convaincants, comme Luc Guyau, Président de l’Association francaise des Chambres d’Agriculture, ou Jacques Godfrain, ancien Ministre francais de la Coopération, désormais Président de l’Alliance française contre la Faim.

Plus pratiques et frappants encore, les témoignages de plusieurs Alliances, ceux de Renato Maluf, sur les politiques de dialogue public/privé au Brésil pour améliorer la situation alimentaire des plus pauvres, mais surtout d’Etienne Poda, coordonnateur de l’Alliance du Burkina Faso, et du Sierra-Leonnais Francis William Webber, sur le rôle d’une Alliance nationale contre la faim dans la reconstruction de la sécurité alimentaire de la population après un conflit.

Des actions concrètes

C’est d’ailleurs dans le développement de conflits armés en Afrique que le directeur général de la FAO identifie l’une des causes principales de son retard dans la lutte contre la faim. Les misères de la guerre sont un long cortège et la faim reste souvent longtemps présente après le retour de la paix, par suite des destructions et des desorganisations… A cette gangrène l’Afrique paie un lourd tribut!

Il faudra attendre la fin de la semaine pour connaître les nouvelles orientations données à la lutte contre la faim dans le monde… Nul doute qu’elles passent en premier lieu par un appel vibrant à la responsabilité collective de nos contemporains !