Sommet de l’ONU : échec à l’Afrique

La clôture du Sommet du soixantième anniversaire de l’ONU a eu lieu vendredi 16 septembre 2005 au soir, après l’adoption d’une déclaration finale sur le développement, les droits de l’homme, la sécurité internationale et la lutte contre le terrorisme. Rien sur l’élargissement du Conseil de sécurité à des membres africains.

Beaucoup de déception à la lecture de la Déclaration finale du Sommet des soixante ans de l’ONU : alors que ce rendez-vous historique devait être une date symbolique dans l’histoire des institutions internationales, il a accouché d’une souris, d’une texte dicté par les proccupations de l’heure plutôt que d’une nouvelle déclaration fondatrice qui aurait permis une réforme de l’organisation.

Dominique de Villepin, Premier ministre français, qui représentait à New-York le Président Jacques Chirac, a ainsi appelé l’ONU à s’adapter « aux changements du monde pour renforcer sa légitimité » et se doter de « toute son efficacité politique ». Appelant à une « réforme profonde de nos institutions », Dominique de Villepin a souhaité que « l’élargissement du Conseil de sécurité puise aboutir d’ici la fin de l’année ».

Cet élargissement est en effet la seule solution viable pour donner au continent africain une pleine représentation à l’ONU. Deux projets étaient en concurrence : celui que présentaient l’Allemagne, le Brésil, l’Inde et le Japon consistait à faire entrer ces quatre pays, mais aussi deux pays représentant l’Afrique, au Conseil de sécurité, comme membres permanents.

Mais l’Afrique ne fut pas unie à se rallier à ce projet : entrainés par l’Algérie et l’Egypte, de nombreux pays du continent ont fait de la question du « droit de veto » un point d’achoppement. En effet la situation de membre permanent du Conseil de sécurité n’a pour eux de sens que si elle est assortie du « droit de veto », jusque là dévolu aux membres permanents historiques (les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Russie). La querelle du « veto » bloqua toute négociation et la question ne put donc pas être traitée dans le document final.

L’ironie de l’histoire est qu’aujourd’hui environ 70% des décisions de l’ONU, et du Conseil de Sécurité, concernent directement le continent africain. De même les objectifs définis par le Sommet sont largement tournés vers l’Afrique… Mais l’accord ne peut toujours pas se faire pour l’entrée d’un ou de deux pays représentant l’Afrique de manière permanente dans les institutions de l’organisation. Comme si l’Afrique était éternellement « mineure », et qu’elle devait continuer de s’en remettre à d’autres (en l’espèce, les anciennes puissances colonisatrices) pour améliorer son sort!

Il est temps pour l’Union Africaine de prouver qu’elle est capable de mener une négociation réaliste avec l’Allemagne, le Brésil, la Chine et le Japon, afin que le Conseil de sécurité s’élargisse… Le lyrisme de Dominique de Villepin en a montré la voie : « Devant les images d’un monde divisé, brisé, qui trop souvent se succèdent, comment ne pas vouloir bâtir ensemble un monde qui aurait enfin un coeur et des mains à la mesure des attentes des hommes? »

Ce monde là, c’est peut-être la sagesse de l’Afrique millénaire qui peut nous en donner les clefs, pour faire enfin advenir cette « Civilisation de l’Universel » que Leopold Sédar Senghor, ancien président du Sénégal, appelait de ses voeux.