
La FIFA a confié à l’Argentin Facundo Tello, entouré de quatre compatriotes, le quart de finale France-Maroc de jeudi à Boston. Rien n’indique un parti pris. Mais au lendemain d’un Argentine-Égypte dirigé par le Français François Letexier et vivement contesté à Buenos Aires d’abord puis au Caire ensuite, l’instance s’expose à une nouvelle polémique sur l’apparence d’impartialité.
La FIFA a officialisé mardi la désignation de Facundo Tello pour le quart de finale entre la France et le Maroc, jeudi 9 juillet au Gillette Stadium de Boston (22 h, heure française). L’arbitre de 44 ans sera entouré de quatre compatriotes, Juan Pablo Belatti et Gabriel Chade aux touches, Dario Herrera comme quatrième arbitre et Cristian Navarro à l’assistance vidéo. C’est la première fois depuis le début de ce Mondial 2026 qu’un corps arbitral est composé d’une seule nationalité.
Sur le plan technique, le choix se défend. Tello dispute sa deuxième Coupe du monde, a dirigé plus de 430 matchs depuis 2012, dont la finale de la Copa Libertadores 2024, et a déjà officié à deux reprises dans cette édition (Canada-Bosnie, Afrique du Sud-Corée du Sud). Le terrain symbolique est autrement plus glissant. Depuis la finale du Mondial 2022 et les provocations qui l’ont suivie, la rivalité entre la France et l’Argentine déborde largement le cadre sportif. Confier un match des Bleus à un sifflet argentin, dans ce climat, garantissait que la désignation ferait débat avant même le coup d’envoi.
Tello, un précédent marocain qui date de 2022
Le nom de Tello réveille en outre un souvenir précis. Au Qatar, c’est déjà lui qui avait dirigé le quart de finale Maroc-Portugal, remporté 1-0 par les Lions de l’Atlas. Après leur élimination, plusieurs joueurs portugais s’en étaient pris à l’arbitrage, certains jugeant inacceptable qu’un Argentin dirige un match aussi sensible alors que l’Albiceleste restait en course. Quatre ans plus tard, la FIFA lui confie de nouveau un quart de finale du Maroc, cette fois face à la France.
Officiellement, l’instance rappelle que ses arbitres sont sélectionnés sur leurs performances, sous l’autorité de la commission d’arbitrage présidée par Pierluigi Collina. Rien ne permet d’affirmer que Tello abordera la rencontre avec un parti pris. Reste que dans une Coupe du monde où chaque décision est disséquée image par image, c’est l’apparence d’impartialité qui fait débat, avant même le premier coup de sifflet.
Le précédent Letexier
La FIFA pourra répondre qu’elle a déjà assumé le risque inverse. Pour le huitième de finale Argentine-Égypte, disputé mardi à Atlanta, elle avait désigné le Français François Letexier, accompagné de ses compatriotes Cyril Mugnier et Mehdi Rahmouni. La nomination avait provoqué une levée de boucliers en Argentine, où supporters et médias redoutaient qu’un arbitre français soit sensible à la rivalité née de 2022. Le quotidien La Nacion s’étonnait de voir désigné un Français, présenté comme l’un des plus grands rivaux de l’Argentine.
Le match a retourné le soupçon. Menée 2-0 après les buts de Yasser Ibrahim et de Ziko, l’Albiceleste a renversé la rencontre dans le dernier quart d’heure (3-2), Enzo Fernández inscrivant le but victorieux dans le temps additionnel. Côté égyptien, l’arbitrage a laissé une amertume profonde avec un but refusé après intervention de la VAR pour une faute au départ de l’action, un penalty réclamé dans la surface argentine juste avant la contre-attaque fatale, puis une série d’expulsions sur le banc des Pharaons dans la confusion finale. Le sélectionneur Hossam Hassan a publiquement dénoncé un match selon lui truqué, accusant l’organisation de vouloir maintenir Lionel Messi dans le tournoi.
Accuser Letexier d’avoir favorisé l’Argentine n’est pas corroboré par l’analyse détaillée des situations qui semble plutôt montrer qu’il a pris les bonnes décisions et a eu les nerfs solides. Mais le précédent censé démontrer que la nationalité de l’arbitre ne pèse pas sur ses décisions a surtout transféré les doutes d’un camp à l’autre.
Le Maroc, poids lourd de la FIFA
Dans le cas de France-Maroc, un autre élément nourrit la lecture politique. En effet, le poids croissant du royaume dans l’écosystème de la FIFA peut peser. Le Maroc coorganisera la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, et Gianni Infantino a inauguré à Rabat le bureau africain de l’instance, en saluant publiquement l’impulsion donnée par Mohammed VI au football marocain.
Ces éléments composent le contexte dans lequel sera lue, jeudi soir, la prestation d’un corps arbitral intégralement argentin, dirigé par un homme dont le dernier quart de finale du Maroc s’était déjà terminé dans la contestation. En cas de décision litigieuse au Gillette Stadium, la FIFA ne pourra pas dire qu’elle n’avait pas été prévenue.



