Signes du corps

La nouvelle exposition du musée Dapper, à Paris, explore les « signes du corps ». Des pratiques corporelles, comme le piercing ou le tatouage, qui ont toujours existé dans les sociétés traditionnelles d’Afrique, mais aussi d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Une exposition riche qui invite à une réflexion très contemporaine sur ces mises en scènes corporelles.

« Signes du corps ». C’est la nouvelle exposition du musée Dapper, à Paris, qui, pour une fois, n’est pas uniquement consacrée à l’Afrique. La directrice du musée, Christiane Falgayrettes-Leveau a souhaité ouvrir son espace à l’Asie, à l’Océanie et aux Amériques. Tous ces continents ont en effet connu – ou connaissent encore – des pratiques de tranformation du corps, comme le tatouage ou la scarification, et sont aussi les lieux de création d’ornements corporels parfois très sophistiqués (piercing, boucles d’oreilles…).

C’est donc une plongée au cœur des « marques » corporelles, éphémères ou définitives, à laquelle nous invite le musée Dapper. Il est difficile, voire impossible, de dater les premières apparitions des ces « mises en scènes » corporelles dans les sociétés traditionnelles. Mais les chercheurs ont découvert, au milieu du matériel funéraire, des traces d’ocre rouge ayant servi à peindre le corps dans des sépultures datant du paléolithique. Et la plus ancienne représentation de ces pratiques est, pour le moment, la peinture rupestre (7 000-6 000 ans avant J.-C.) appelée « Dame blanche » ou « Déesse à cornes », trouvée dans le Tassili N’Ajjer, dans le Sahara algérien. On y voit, sur un personnage doté de cornes, des points de couleur répartis sur ses membres…

Du tatouage au piercing

Dans cette riche exposition, on apprend également que le mot tatouage vient du mot tahitien tatau. Pour les anciennes sociétés traditionnelles de Polynésie, le tatau, inventé par les Dieux, avait autant une valeur sacrée qu’esthétique. Le tatouage fut interdit en 1819 par les missionaires qui le jugeaient « païen » et peu hygiénique. Mais la résistance aux colonisateurs a fait que les peuples des îles Marquises et de la Nouvelle-Zélande n’ont jamais abandonné cette tradition artistique. De plus, on observe une renaissance de cet art sacré à Tahiti depuis les années 80.

Pour l’Afrique, l’exposition revient sur les scarifications, résultats de cicatrices créées volontairement, et sur le « piercing subsaharien » : le labret (ou ornement labial). L’origine de cet ornement se perd dans la nuit des temps et son usage pouvait entraîner une déformation spectaculaire de la bouche. Aujourd’hui, il a quasiment disparu. L’exposition met également en lumière les signes corporels réservés aux femmes dans les sociétés africaines, signes qui jalonnent les différentes étapes de la vie féminine. Les femmes étant valorisées en tant que génitrices, c’est autour du ventre que se concentrent les scarifications qui, souvent, soulignent le nombril, comme chez les Luba de République démocratique du Congo (RDC) . Les marques sont réalisées généralement à la puberté ou à la naissance du premier enfant. Chez les Mangbetu de RDC, les femmes étaient scarifiées sur la poitrine et le haut du dos.

Chez les anciens Egyptiens

Enfin, fait totalement méconnu : le piercing aurait existé chez les anciens Egyptiens. Il aurait été « importé » par les peuples voisins, notamment les Mésopotamiens, qui pratiquaient couramment le percement des oreilles (un mode de parure très prisé à la Cour). En Egypte, la pratique n’est avérée qu’à partir de la fin de la XVIIIè dynastie (~1335-1069) , chez quelques personnes aisées qui ont les moyens d’exhiber des boucles. Se faire percer l’oreille devient une habitude avec les Pharaons Ramsès (~1335-1069).

En ce qui concerne le tatouage, selon l’historien Jean Yoyotte, qui a écrit pour le catalogue de l’exposition un texte sur les « Signes du corps chez les anciens Egyptiens » : « L’Egypte pharaonique a pratiqué, sinon inventé, le tatouage vrai*. Cette technique aurait presque exclusivement servi à donner une position sociale à quelques jeunes filles honorablement vouées à la déesse Hathor, et éduquées pour être acrobates, leurs prestations rituelles étant interprétées dans le cadre de la cosmologie solaire. »

*indélébile

Signes du corps, exposition au Musée Dapper, du 23 septembre 2004 au 3 avril 2005.
35, rue Paul Valéry – 75016 Paris – 01 45 00 01 50