Sida : l’Afrique noire et ses femmes en péril


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L’Afrique subsaharienne reste la plus vulnérable face au VIH/sida. Outre les ravages dus à la désinformation, le rapport Onusida 2005 signale l’inquiétante féminisation de l’épidémie, en insistant sur le cas de la femme en Afrique noire : à l’échelle mondiale, elle est la première victime de la maladie.

Par Abréma Mossou

L’Afrique noire ne représente que 10% de la population mondiale, mais elle concentre 60% des personnes atteintes par le Syndrome de l’immunodéficience acquise (sida) dans le monde. Triste bilan en 2005 : 25,8 millions de personnes vivent avec le sida en Afrique subsaharienne, dont 3,2 millions nouvellement infectées, et 2,4 millions en sont mortes. Sévissant de manière inégale sur le Continent, comme pour les années précédentes, en 2005 le sida n’aura pas épargné le Sud du Sahara. En Afrique du Nord et au Moyen Orient, 510 000 personnes vivent avec la maladie, 67 000 personnes ont contracté la maladie et 58 000 en sont mortes. Le taux de prévalence (taux de personnes infectées) est de 7,2% en Afrique sub-saharienne contre 0,2% en Afrique du Nord. Dans le palmarès macabre des pays où l’on compte le plus de séropositifs, deux sont d’Afrique noire. Derrière l’Inde qui compte 5,1 millions de séropositifs, arrive l’Afrique du Sud avec environ 5 millions de porteurs du virus puis le Nigeria où près de 3,6 millions de personnes sont touchées.

Ces chiffres sont ceux du rapport annuel de l’Organisation des Nations Unies pour le sida (Onusida) en collaboration avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Chaque année, le rapport Onusida/OMS relate les faits les plus récents sur l’épidémie de sida dans le monde. Comportant des cartes et des résumés régionaux, le rapport examine les nouvelles tendances de l’évolution de l’épidémie et comporte une section spéciale sur la prévention du VIH. L’édition 2005, publiée le 21 novembre dernier, présente les plus récentes estimations relatives à l’ampleur et au bilan humain de l’épidémie. Deux constats principaux émanent de ce rapport. Il fait état d’une importante lacune en matière de prévention et de transmission de la maladie ; il alerte, dans un deuxième temps, sur la féminisation de l’épidémie.

L’ignorance persiste, les comportements évoluent

En Asie et partout dans le monde, la désinformation reste un important facteur de propagation du virus. Dans 24 pays d’Afrique subsaharienne (dont le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Nigeria, l’Ouganda et le Sénégal), l’Onusida estime que les deux tiers des femmes de 15 à 24 ans ne savent pas vraiment comment le sida se transmet. Les femmes auraient une moins bonne connaissance du VIH que les hommes ; le fait de vivre en zone rurale et le manque d’instruction marquerait aussi un désavantage.
Bien que l’Afrique australe reste l’épicentre mondial de l’épidémie (plus d’une femme enceinte sur cinq est séropositive), des nouvelles données font part d’un déclin de la progression du VIH, notamment grâce à une évolution des comportements sexuels. Au Zimbabwe, par exemple, le taux d’utilisation du préservatif lors de rapports sexuels occasionnels est de 83% chez les femmes et 86% chez les hommes.

La femme, première cible

Prostituées ou victime de l’infidélité du conjoint, les femmes sont les plus touchées par le sida. Alors qu’elles sont souvent les moteurs de la microéconomie de leur pays et le chef de leur foyer, elles continuent à être affectées de manière disproportionnée par le VIH. Les femmes donnent vie à des condamnés et laissent derrières elles des orphelins. Dans le monde, 17,5 millions de femmes vivent avec le VIH – soit un million de plus qu’en 2003. Elles représentent dorénavant près de 50 % des adultes porteurs du virus. Dans plusieurs pays d’Afrique australe, plus des trois quarts des jeunes vivant avec le VIH sont des femmes. Dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne, les jeunes femmes de 15 à 24 ans ont au moins trois fois plus de chances d’être porteuses du virus que les hommes jeunes.

D’autre part, le problème de transmission de virus de la mère à l’enfant demeure très préoccupant dans les pays du Sud car, au Nord, il a été pratiquement résolu. L’Onusida estime que 35 % des enfants nés de mère séropositive contractent le virus si des traitements préventifs ne sont pas fournis. En France, ce mercredi en conseil des ministres, le président Jacques Chirac s’est dit « préoccupé » par les discriminations provoquées par le fléau en France. Le chef de l’Etat a demandé au gouvernement de faire « un travail de prévention ciblé » en direction des jeunes et des femmes d’origine africaine face à la progression du la pandémie en France.

Utiliser des microbicides pour se protéger

Zeda Rosenberg, président directeur général du Partenariat international pour les microbicides (IPM), déclarait, après lecture du rapport que « partout dans le monde, les femmes ont désespérément besoin de nouvelles stratégies de prévention, telles que les microbicides. Ces derniers sont des produits à application topique intra vaginale que l’on pourrait utiliser pour réduire la transmission du VIH pendant les relations sexuelles. Ces microbicides pourraient être développés sous forme de gelées, de crèmes, de films, de suppositoires, d’éponges ou d’anneau vaginal qui libérerait graduellement un ingrédient actif. Ils pourraient aussi être présentés sous un mode de préparation ou d’administration nouveau, encore à inventer ». Des accords ont été récemment signés entre l’IPM et d’importantes compagnies pharmaceutiques ayant accepté de donner à l’IPM des licences exemptes de redevances pour certains médicaments antiviraux (qui réduisent la progression du VIH) afin qu’ils soient développés comme microbicides.

L’objectif de l’initiative 3X5 -3 millions de personnes ayant accès aux traitements d’ici 2005- de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ne sera pas atteint. Mais selon Badara Samb, du département VIH-sida de l’OMS, il avait été délibérément placé très haut parce qu’il y avait une « obligation morale » de montrer qu’un effort énorme était nécessaire. Seuls 1,5 milliard de dollars étaient disponibles sur les 3,5 milliards qui auraient été nécessaires pour atteindre les objectifs de l’initiative 3X5. Mais là n’est pas le seul problème. Qui dit traitement dit prescription et suivi. Et les Etats ne disposent pas d’assez de médecins et infirmiers pour encadrer les malades.

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