SIDA: faire d’ICASA 2008 « un forum extraordinaire »

La XV Conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA, ou ICASA en anglais) se tiendra du 3 au 7 décembre à Dakar, au Sénégal. IRIN/PlusNews a rencontré le professeur Souleymane Mboup, président de la conférence, pour faire le point sur les préparatifs et les attentes.

IRIN/PlusNews (PN): A moins de trois semaines du début de cette 15ème édition d’ICASA, où en est-on des préparatifs de la conférence ?

Souleymane Mboup (SM) : Organiser une conférence de cette envergure demande une très bonne préparation, surtout parce que nous voulons faire de cette conférence une conférence d’ouverture, de transparence, de rupture et d’excellence, sur le plan de l’organisation et de la qualité scientifique. Nous travaillons d’arrache-pied depuis 18 mois, depuis que nous avons su que le Sénégal allait l’organiser [la conférence était initialement prévue à Libreville, au Gabon, en 2007].

La première étape a été de [convaincre] les gens de revenir soutenir ICASA, parce que certains étaient un peu découragés par des problèmes de transparence, d’organisation et de qualité des dernières [conférences] ICASA.

Le gros problème d’ICASA est le problème financier. C’est une conférence pour laquelle il n’y a pas de budget mobilisé à l’avance, or il fallait mobiliser un budget d’environ cinq millions d’euros [6,4 millions de dollars], d’abord auprès des partenaires qui financent la lutte contre le sida de manière générale, auprès du gouvernement du Sénégal : ces contributions ont été estimées à 65 pour cent du budget total, le reste devant donc venir des inscriptions des participants ainsi que de quelques activités.

A [moins de trois semaines] de l’événement, on peut dire qu’on a mobilisé près de 80 pour cent de ce budget, et qu’une bonne partie est déjà dans les caisses de la conférence. Nous continuons la mobilisation au niveau local et international, mais c’est déjà un succès énorme.

L’autre défi de cette conférence [sur le plan de l’organisation] était l’hébergement : on avait tablé à l’origine sur 5 000 participants mais actuellement, on est à plus de 7 500 inscrits, et [on attend] plus de 500 journalistes. Les hôtels de Dakar sont pleins, mais il y a des capacités énormes en [logements meublés], donc on a la capacité d’héberger tous ceux qui viennent.

PN : Après la XVII Conférence internationale sur le sida, qui s’est tenue en août à Mexico, certains se demandent s’il est utile d’organiser une autre conférence d’envergure internationale sur le sida la même année. Que leur répondez-vous?

SM : Tout d’abord, cette année est un peu exceptionnelle : il y avait toujours eu l’alternance auparavant [conférences AIDS et ICASA d’une année sur l’autre]. Cette année, c’est parce qu’on a “hérité” tardivement de cette conférence qui devait être organisée en 2007 au Gabon, mais qui n’a pas pu l’être à cause de problèmes d’infrastructure. On a demandé à la faire un an plus tard parce qu’on voulait bien la préparer et relever le défi d’en faire une conférence crédible.

Par ailleurs, on s’est rendu compte qu’il est extrêmement important d’organiser des conférences qui donnent l’opportunité de se focaliser sur une région. ICASA est une conférence mondiale puisque les participants viennent de 130 pays, mais elle se focalise sur l’Afrique. Elle offre également beaucoup d’opportunités, car beaucoup de gens [en Afrique] n’ont pas les moyens d’assister à une conférence [internationale]. ICASA est l’opportunité de vraiment échanger sur la lutte contre le sida.

L’Afrique a été le premier continent à établir une conférence régionale, et les autres continents ont suivis. Pour une fois, l’Afrique a vraiment pris les devants. ICASA 2008 va examiner comment l’Afrique a répondu au problème du sida, d’une manière efficace ou moins efficace, et tout le monde se retrouve là-dedans. On veut faire de cette conférence un forum extraordinaire qui permette de faire [émerger] des solutions et des stratégies pour lutter contre l’épidémie sur le continent.

PN : Le thème choisi pour cette 15ème édition d’ICASA est “Réponse de l’Afrique : faire face aux réalités”. Pourquoi ce choix ? Quelles sont, selon vous, ces réalités ?

SM : C’est un thème dans lequel tout le monde se retrouve, les scientifiques, les communautaires et les leaders. On a vu dans les réponses [à l’épidémie en Afrique] de manière générale qu’il y a des points forts, et c’est cela qu’on veut faire ressortir. Mais on parlera aussi, sans doute, des points faibles et des promesses qui n’ont pas été tenues. Nous allons essayer vraiment de faire le point d’une manière objective, pour que cela serve aussi à trouver des solutions pour avancer.

Une des réalités africaines, qui fait l’actualité en ce moment, est celle des groupes vulnérables, dont certains contribuent beaucoup à la lutte contre le sida.

Certains [sont vus] comme de nouveaux phénomènes de société. Par exemple, les MSM [Hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, en anglais] : on ne peut pas se voiler la face, c’est une réalité. Ces populations sont très vulnérables [face au VIH], il suffit de regarder les taux de prévalence extrêmement élevés : ceci est une réalité que l’on doit forcément prendre en compte si on veut aller de l’avant, c’est une question qu’on ne peut pas fuir éternellement.

Beaucoup de pays, dont le Sénégal, par rapport à ce groupe et bien d’autres groupes – comme les travailleuses du sexe – ont eu à ouvrir les yeux et à apprendre. La sensibilisation est très importante, quand on parle de problèmes complexes comme cela, il faut réfléchir à quelle stratégie [adopter], etc… Cela fera largement partie de nos discussions durant la conférence.

Ce sont des exemples très concrets de réalités auxquelles l’Afrique doit faire face. Il y en a beaucoup d’autres dans tous les domaines, nous en parlerons pendant ICASA.

PN : L’avenir des financements internationaux de la lutte contre le sida en Afrique fera-t-il partie des réalités évoquées lors de la conférence, dans le contexte de crise financière mondiale ?

SM : C’est vrai qu’il y a beaucoup de craintes au niveau de l’aide au développement d’une manière générale, mais objectivement, je ne crois pas que ce soit quelque chose qu’on sente réellement.

Par rapport aux attentes que nous avons [vis-à-vis] de l’aide reçue de l’extérieur, nous devrons trouver des stratégies, par exemple, ‘potentialiser’ [davantage] ce que nous avons.

Certainement, si cette crise persiste sur le plan international, cela va nous amener à reconsidérer la situation. Comment peut-on [éviter] de toujours compter uniquement sur l’extérieur ? Pour la lutte contre le sida, c’est certainement dans un contexte global qu’on pourra trouver des solutions.